- ven, 25/09/2026 - 14:50
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1676 | JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026.
Jusqu’où ira la camorra chinoise dans la région du copperbelt congolais, l'espace Grand Katanga? Ce jour-là, le Gouv’ du Haut-Katanga, la province hier citée comme le ventre du Congo, Martin Kazembe Shula, n’a pas su contenir son émotion.
Martin Kazembe Shula est resté de longues secondes bouche bée devant un sujet chinois qui s’est substitué à la fois, à l’Office des Routes et au Fonds national d’entretien routier, FONER, dans un carrefour sur la RN 38, à l’abri des regards mais passage obligé des camions remplis à babord de produits miniers en voie d’exportation.
Kambove, à moins de 150 kms de Lubumbashi et 250 kms de Kasumbalesa, sur la RN 38, à la bifurcation des routes sablonneuses de Kilelabalanda, Miringi et Tshinkolobwe, le cortège du Gouv’ est immobilisé devant un long filet comme on en voit sur une cour de tennis.
C’est un poste de péage... qui n’est ni de la province ni du gouvernement central. Le poste a été improvisé, voilà plusieurs mois, par neuf individus de nationalité chinoise, tous en séjour irrégulier au Congo, dont le caïd fait le percepteur du péage. Seuls quatre disposent d’un passeport avec un visa de touriste expiré. Martin Kazembe Shula ne croit pas ses yeux. Des quittances délivrées par l’escroc chinois sont authentiques.
Et l’homme s’en défend. « Le péage, c’est parce que nous arrosons la route et jugulons les panaches de poussières », explique-t-il au gouverneur. Ses compères s’activent, en effet, à puiser l’eau des rivières environnantes pour arroser la voie qui ouvre sur le pays voisin, la Zambie.
LE GOUV' S'EN REMET À KINSHASA.
Et la rémunération est à la hauteur de la laborieuse tâches. Les poids lourds et autres grands camions de marchandises paient 150 $US au péage. Selon des témoignages, mille grands véhicules essentiellement des transporteurs miniers passent au quotidien au péage illégal des Chinois, sans compter le 1$US pour les véhicules légers & berlines, des jeeps, des 4x4 et Pick-up paient 2 $US et les grands bus de transport (+50 places) paient environ 5$US.
La bande de maffieux chinois bénéficient de l’appui de certains éléments de la police lourdement armés comme dissuader toute action réfractaire au péage. Ces policiers ont tous été arrêtés.
Mais le Gouv' du Haut-Katanga a préferé s’en remettre â Kinshasa notamment â la Direction générale de migration, DGM, pour gérer le cas. Martin Kazembe Shula déplore la multiplicité des services et taxes dans des postes non reconnus ni par la province ni par le gouvernement central.
À propos, le Comité de pilotage de la Commission permanente interministérielle chargée de la rationalisation de la parafiscalité, COPIRAP, n’a pas pu localiser 25 prétendues structures étatiques qui perçoivent de l’argent au nom de l’État.
Le 18 septembre 2026, au Centre financier de Kinshasa, la COPIRAP a publié les résultats liminaires de la cartographie de la parafiscalité au Congo. Portée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, sous la supervision du Vice-premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito Fumutshi, et du ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, cette initiative vise à faire la lumière sur les prélèvements des organismes publics.
Le constat indique que 96 experts ont inspecté 380 structures (soit un taux de couverture de 94 %) et répertorié pas moins de 1 072 actes générateurs de recettes. Sur le plan de recettes, la moisson financière paraît impressionnante, avec des prélèvements qui ont atteint 3 523,5 milliards de CDF en 2024 sous l’encadrement de la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participation, DGRAD. Cependant cette pléthore des services d’assiettes et la mutiplicité des taxes, redevances et droits qu’ils impliquent profitent autant au Trésor public? L’accumulation d’actes parafiscaux entraîne souvent un morcellement des flux financiers au profit de structures autonomes, étouffant au passage le climat des affaires sous une lourdeur administrative asphyxiante. La dispersion des ressources entre des centaines d’organismes affaiblit la traçabilité des fonds publics au lieu de maximiser le budget général de l’État. Voilà sans doute pourquoi le gouvernement envisage d’élaguer ce maquis fiscal.
Les travaux bilatéraux à venir devront déterminer quels actes maintenir, fusionner ou supprimer. Des prélèvements clés, notamment ceux liés aux visas d’offres d’emploi ou aux cartes de travail pour étrangers gérés par l’ONEM, pourraient ainsi être rapatriés directement dans le budget de l’État pour rationaliser la collecte et alléger la pression sur le secteur privé. Et pour autant, la DGRAD peine toujours à dépasser ses assignations.
Reste des questions face à une telle situation. Par exemple, l'État n'est-il donc pas présent partout dans le pays au point où des étrangers en situation illégale prennent autant plaisir ?
POLD LEVI MAWEJA.





