- lun, 08/06/2026 - 15:14
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1665 | LUNDI 8 JUIN 2026.
Tout est chaos, l'Enfer, l'incompétence des autorités de la ville mais pas elles seules.
Une ville de Kinshasa qui compte plus de 6 millions de motocyclettes et leurs «Wewa», ces moto-taximen qu'aucune autorité ne saurait réglementer. Environ 3 millions de véhicules automobiles pour la plupart dans un état déplorable! Chiffres communiqués par le gouverneur de la ville Daniel Bumba Lubaki qui glacent le sang mais qui datent d’un an. Qu'en est-il depuis dans les rues et avenues de cette ville-capitale de ces moyens de transport qui se déversent chaque jour dans le désordre absolu dans ce que jadis on appelait fièrement «Kin-la belle» désormais «Kin-l'Enfer» ? Finalement, existe-t-il une solution à ce bordel routier quotidien, à ces embouteillages qui étouffent toute vie à Kinshasa ?
«Il n’est pas exagérer d’avancer une estimation de 4 à 5 millions de véhicules dont 86% ont plus de quinze ans et dix millions de motos», confie au Soft International un expert de la Commission Nationale de Prévention Routière, CNPR.
Et ce, pour 1.006 kms de routes asphaltées dont 75% en total délabrement, en clair, infréquentables, sur une voirie d’un linéaire de 3.991 kms. En clair, la longueur totale du réseau routier ou des voies de circulation empruntables à Kinshasa serait de 1000 kms sur près de 4.000 kms...
C'EST L'ENFER.
Mars 2024, le Directeur général de l’Office des Voiries et Drainage, OVD, Victor Tumba Tshikela, déclare que son service ne considérait que 700 kms de routes revêtues pour la capitale dont 200 jugés prioritaires repris dans un projet pluriannuel de financement du gouvernement.
Il faut donc corriger : pour 4.000 kms de voies routières existantes (disons espaces routiers) à Kinshasa, l'OVD ne prendrait en charge que 200 kms ! 200 kms sur lesquels s'entassent chaque jour 4 à 5 millions de véhicules! Tous les composants d’un cocktail explosif réunis pour rendre impossible de circulation une mégalopole de 17,8 millions d’habitants.
Aller à Kinshasa d'une commune à l'autre ou d'u coin à l'autre, c'est transformer les trajets non en épreuve de patience mais en casse-tête. Mieux en Enfer. Un fait à retenir à Kinshasa : trop de véhicules individuels ou personnels, des camionnettes de transport de passagers dans un état déplorable, d'énormes véhicules de transport de fuel ou de matériaux de construction se disputent chaque minute un passage à Kinshasa pour être et survivre.
La ville-capitale ne dispose d'aucun moyen de transport en commun. Le projet TransCo lancé en janvier 2013 avec grand bruit par « l'homme de la bonne gouvernance» - le premier ministre Augustin Matata Ponyon Mapon désormais opposant - est l'ombre de lui-même (tout comme son autre projet Congo Airways introuvable...).
Trop de véhicules tombés en panne, abandonnés pour la vie sur la voie publique et souvent au milieu de la voie de circulation. Il n’y a pas de structure de contrôle technique des véhicules qui donne le go head à ceux-ci. Ni aucune fourrière où des véhicules, des voitures, des motos, doivent être conduits et gardés par les services municipaux après avoir été saisis, stationnés en infraction ou un service de police pour ce faire. Comment des véhicules en total état de délabrement exposés sur des sites à l’étranger peuvent avoir été achetés et importés à Kinshasa?
Et ce n'est pas tout. Trop de routes abîmées. Pourquoi n'entretient-on pas les voies de circulation dans la ville-capitale ou n’en construit-on pas de nouvelles et laisse-t-on les automobilistes s'escarper jour et nuit sur des voies pitoyablement encombrées?
Certes, il y a le projet des Rocades Sud-Est et Sud-Ouest qu'érige le programme sino-congolais, mais quand ce projet verra-t-il le jour, et quel problème réglera-t-il, quand ces Rocades sont si éloignées du centre des affaires, là où les Kinois s’affrontent et qui, pour exister, doivent traverser de bout et bout le boulevard du 30 juin, le cœur de la ville, ce qui est un défi quotidien ?
Trop de marchés déversés sur la voie publique rendent impossible la mobilité. Trop de tas d'immondices, trop d'odeurs nauséabondes au point où les Kinois ne savent pas où tenir et comment tenir son nez! Où sont les services d'assainissement de la ville, ces infrastructures qui gèrent les eaux usées (domestiques et industrielles), les eaux pluviales et les déchets solides, préservent la santé publique, protègent l'environnement, préviennent les inondations?
Comment vivre dans la capitale congolaise ? Pourquoi ce qui est ailleurs, dans d'autres villes du pays, comme Lubumbashi, Kolwezi, Goma, etc., et dans des villes africaines, n'est pas à Kinshasa? L'incompétence des autorités de la ville mais pas elles seules!
Comment peut-on logiquement comprendre que des tas de véhicules se déversent chaque jour dans la capitale là où il n'existe aucune hypothèse de circulation automobile ? Quelle (s) autorité (s) laisse (nt) venir et entrer tant de charrois dans la ville où on assiste désormais à un incroyable phénomène avec dans chaque parcelle trois ou quatre véhicules entassés s'ils ne sont pas garés sur la voie publique ? Comment qualifier ce phénomène?
Ne s'agit-il pas d'un cas d'irresponsabilité politique avéré ? Que font les services de police ? De quoi s'occupent nos procureurs ? Et les élus locaux ou nationaux ? Comment expliquer que la capitale se soit tant détériorée, soit devenue à ce point invivable sans que nul au niveau politique local ou national n'ait rien vu venir et n'ait rien pu faire ? Comment envisager une vie demain dans cette ville-capitale si celle-ci est déjà invivable aujourd'hui? Quelle image laisserons-nous à nos enfants et à nos arrière-enfants? Les dirigeants avaient-ils été à la hauteur de quelque chose ?
Le trop minable et médiatisé programme «Kin Ezo Bonga» de Daniel Bumba Lubaki qui voulait certainement faire effacer «Kin propre» de son prédécesseur Gentiny Ngobila Mbaka n’avait-il eu d’effets que sur les finances publiques? Au moins, sous «Kin propre», la ville avait été sortie de la liste de 25 villes les plus sales du monde, se rappelle un membre du cabinet du ministre des Finances.
Le ministre Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi s’en est ouvertement exprimé allant jusqu'à suggérer, afin qu'aucun Congolais n'en ignore rien, que l’Hôtel de ville n'avait jamais sorti un seul centime pour la réhabilitation d'une seule voie de circulation de la capitale. Des dépenses toujours au galop pour des résultats inexistants au point que l’argentier national a pensé pouvoir gérer lui-même certains chantiers.
DES PROJETS SANS DÉBUT QUELCONQUE.
Hier « Kin-la-Belle » sous Mobutu - Kinshasa est désormais une ville qui ne saurait être visitée par aucun touriste. Le Président de la République, dans son dernier discours sur l’état de la Nation, avait parlé d'une ville dans l’état crapaudière. Peut-on dire mieux? Oublie-t-on ce que la Constitution, en son art. 53 écrit ?
« Toute personne a droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral. Elle a le devoir de le défendre. L’État veille à la protection de l’environnement et à la santé des populations ».
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, OMS, Kinshasa aurait pu être placée sous état d’urgence ou de siège. Avec un volume de 2.5 des Particules Matter, l'unité des mesures de dangereuses matières microscopiques solides ou liquides en suspension dans l'air, la capitale a une mauvaise qualité de l'air qui contient des particules très fines nuisibles à la santé humaine, lesquelles investissent les voies respiratoires et causent de sérieux dégâts cardiovasculaires.
Depuis octobre 2025, l’OMS a mis la ville à l'index. Début 2026, cette fois, c'est la firme spécialisée suisse QAir qui s'inquiétait que l’indice de qualité de l’air ait atteint 201, un niveau qualifié de très malsain selon les normes internationales. Et, selon l'OMS, les très fines particules qui flottent dans l'air ambiant résultent des activités humaines, essentiellement la circulation routière mais aussi les industries manufacturières, etc.
Selon une étude scientifique publiée en 2023, 7.800 tonnes de déchets solides municipaux sont produites chaque jour à Kinshasa. Plus de deux ans après, la barre symbolique de 10.000 tonnes de déchets/jour pourraient avoir été largement dépassée. Pis, le principal site de traitement et enfouissement dans la banlieue est, commune de la N'sele, à plus de 40 kms du centre-ville, fait l'objet d'une guerre de propriété entre l'Hôtel de ville et une influente dame.
Reste que les projets n'ont pas manqué.
Le ministère national l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle économie du climat a revu la politique nationale d’assainissement en intégrant la lutte contre le réchauffement climatique, les mécanismes spécifiques visant à réduire toutes les formes de pollution, notamment celle de l’air.
Mais, à ce jour, aucune mise en application. Problème ? L'absence de coordination entre différents ministères impliqués dans la problématique de la pollution. Sont intéressés le ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement, ceux de l’Intérieur, du Commerce, de la Santé. Il va donc falloir attendre...
Grâce à la coopération française, en août 2015, la ville fut dotée d’un Plan Particulier d’Aménagement (PPA) dans sa partie nord ainsi que d’un Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise (SOSAK) qui furent rendus publics. Mais depuis, pas un début de commencement.
Le Programme des Nations unies pour le développement, PNUD, qui avait déjà prévenu dans une étude en 2013 que Kinshasa sera impraticable à l’horizon 2025, offre à présent à la capitale d’utiliser ses centaines de tonnes des déchets en inputs pour l’énergie électrique qui fait tant défaut à la capitale.
D’après le rapport du PNUD intitulé « Quelle seconde vie donner aux excréments humains », il est possible de créer de l'électricité à partir de fosses septiques grâce à un procédé appelé méthanisation. Les bactéries décomposent les matières fécales et produisent du biogaz (composé principalement de méthane).
Ce gaz est ensuite brûlé dans un moteur à cogénération pour alimenter une génératrice électrique. Les vieilles communes de Barumbu, Lingwala, Kinshasa ou encore le quartier coupe-gorge de Kingabwa qui ont la particularité de compter en chapelets des parcelles surpeuplées avec des fosses septiques hors usage peuvent don en tirer profit.
Le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en a visiblement pris la mesure après sa dernière visite du site du marché central appelé Zando. Une grande enclave de porcherie dominée par des Ruwenzori d’immondices...
Il a en direct déchargé Daniel Bumba Lubaki de certaines responsabilités de la ville liées notamment à l’assainissement après avoir sermonné publiquement un homme poussé dans le tréfonds d'opinion favorable. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a confié la charge à une task-force des FARDC, les Forces Armées Congolaises, chapeautée par un galonné qui a déjà fait ses preuves avec le Service National.
Une décision ovationnée par une large frange de l’opinion dans la capitale, à lire les réactions sur les réseaux sociaux. Tous les regards sont désormais tournés vers le lieutenant-général Jules Kasongo Kabwik.
Le cas de la ville-capitale est tel qu’il émeut à l’étranger. Chercheurs à l’Université libre de Bruxelles, Eléonore Wolff et Virginie Delbart citent Kinshasa parmi les mégapoles africaines qui grossissent chaque année sans savoir comment accueillir leurs nouveaux habitants.
«Kinshasa est la plus folle», avisent-ils. La capitale congolaise, troisième ville d’Afrique en démographie, est une cité-État à l’administration fantôme, sur laquelle nul n’a de véritable emprise. Même Google Maps est déboussolé.
Les chercheurs disent avoir recours à des images satellitaires pour esquisser les grandes lignes de la morphologie de ce monstre.
Quelles solutions à ces grands axes qui relient les communes, les commerces, les habitudes quotidiennes, et où se concentrent des mouvements ? Pourquoi les hommes politiques congolais qui aiment tant l'étranger ne reviennent-ils pas au pays avec des solutions que d'autres pays dans le monde ont trouvées et ont su appliquer chez eux ?
Tel le cas du Texas, cet État du sud des États-Unis qui a ses merveilles d’ingénierie.
Dans cet État à la frontière du Mexique - qui n'est qu'un exemple parmi d'autres -, des déplacements se déroulent sans escale ou sans freinage, l'automobile passe plus de temps en l'air et ne glisse que sur des ponts et des routes surélevées, qui rappellent nos «sauts-de-mouton».
Les autoroutes - les «highways» - sont dotées d'immenses échangeurs à plusieurs niveaux, qui sont des espaces de circulation interdits aux piétons et aux cyclomoteurs, disposent de plusieurs voies, rapides (express), moins rapides. Au conducteur de choisir la voie qu'il veut emprunter selon qu'il est pressé ou non. Et d'en payer le prix...
Dès lors que l'immense boulevard Lumumba qui traverse quatre communes de la ville est, comme la route de Matadi, l'un des axes névralgiques et les plus encombrés de Kinshasa, où les conducteurs s'étouffent comme nulle part avec son flux constant de véhicules, de camionnettes, de motos, de «long vehicles» qui est néanmoins un maillon important du réseau de circulation, qui tient la ville en vie économiquement, une ligne de vie qui alimente constamment l’économie et l'existence de la ville, qu'attend le gouvernement dont c'est le rôle clé pour jeter un pont le long du fleuve, entre la première gare à la Gombe et l'aéroport international de N'djili?
Quel investisseur ne serait pas tenté par un tel projet en faisant récupérer ses fonds par le système de péage et quel Kinois hésiterait à mettre 5 $US pour traverser la ville par une voie express? Tout n'est-il pas intelligence ?
D. DADEI.
POLD. L. MAWEJA.





