- lun, 19/10/2026 - 12:29
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1679 | LUNDI 19 OCTOBRE 2026.
« Congolais, arrêtons de congoliser des guerres des puissances extérieures qui profitent des calendriers à l'étranger ».
On peut tout invoquer, pérorer, faire le volubile, nul individu raisonnable ne saurait accepter, nulle part au monde, l'acte posé par Joseph Kabila lundi 12 octobre 2026 à Goma, devant des médias, contre son pays, le Congo. Nul.
Trois jours auparavant, vendredi 9 octobre, il avait fait une « adresse à la nation » diffusée sur les réseaux sociaux, la deuxième depuis qu'il avait quitté le pouvoir en janvier 2019 et organisé avec son successeur une «passation civilisée du pouvoir ».
Il venait d'accomplir dix-huit ans à la tête de l'État et était le seul ce jour-là à avoir osé défier le maréchal Mobutu qui avait fait trente-deux ans.
Il avait lancé un appel alarmant sur la situation du Congo: « Le Congo est en péril, le sauver est un impératif et une urgence ». Il promettait d'y revenir «dans les heures, jours et semaines».
« N’étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir, je partagerai donc avec notre peuple dans les heures, jours et semaines à venir ma conviction sur ce que nous devons entreprendre ensemble pour répondre à la gravité et à l’urgence de la situation », avait-il précisé.
Il était arrivé tout jeune au pouvoir, à l'âge de 29 ans, en 2001, en succédant à son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné par son garde du corps.
Joseph Kabila ne connaissait pas le Congo, ne savait pas parler en public, était incapable de prendre la parole en public; Souffrait-il de glossophobie ?
Il avait avoué n'avoir pas trouvé 15 collaborateurs pour construire un pays qu'il avait dirigé de 2001 à 2019.
Il avait eu ces mots: « Mobutu a dirigé ce pays pendant plus de 37 ans. Il a créé une classe politique et une mentalité et nous ne nous en sommes pas débarrassés.
Les anciennes méthodes sont mauvaises - corruption, mauvaise gestion, mauvaise gouvernance et tout le reste. Notre plus grande erreur est que nous n'avons pas trouvé le temps de former nos propres cadres. On n'a pas besoin de mille personnes pour transformer un pays.
Non, il faut 3, 4, 10, 15 personnes avec les convictions nécessaires, déterminées et résolues. Est-ce que j'ai ces 15 personnes ? Probablement 5, 6, 7, pas encore 15 ».
HIER IL NIAIT TOUT...
À Gaborone, au Botswana, en août 2018 lors du dernier sommet de la SADC auquel il avait pris part comme président de la République, devant ses collègues chefs d'État, il n'avait pas fait ses adieux. Il avait déclaré : «Je ne vous dis pas au revoir, mais à bientôt».
Les critiques qu'il formule désormais à l'égard de son successeur, qu'il qualifie de «dictateur», de «tyran», de «barbare» qui l'auraient poussé à sortir de sa tanière, en prenant la tête d'une énième rébellion dont il était si proche - des rapports documentés des Nations unies l'attestent -, jurant publiquement de reprendre le pouvoir «par tous les moyens, y compris en recourant à la force» - Moïse Nyarugabo Muhizi Mugeyo et Corneille Nangaa Yobeluo étant ceux qui, en l'espèce, s'affichent à la première rangée face aux médias - laissent sans voix les Congolais, le monde, les médias qui en savaient tout.
Comment un ancien président, désormais âgé de 55 ans, qui a fui son pays pour l'exil, fut aperçu en Afrique du Sud en 2024 pour soit-disant des études, accusé de « trahison » et « crimes de guerre » par la justice militaire, condamné à mort par contumace, fin septembre 2025, est l'objet d'un mandat d’arrêt, cité comme l'un des initiateurs des rebelles AFC et M23 pro-rwandais, sanctionné par les États-Unis, qui l'accusent d'essayer de déstabiliser le gouvernement congolais en appuyant la rébellion, lui niant fermement ces accusations, charge un bureau d'avocats à se rendre devant la justice américaine, peut penser reprendre le pouvoir ?
Au fait, a-t-il fini par trouver ses 15 personnes qui lui avaient tant manqué lors de ses dix-huit ans passés à la tête du pays ou rêve-t-il de rééditer l’immense exploit du Brazza-congolais, Denis Sassou Nguesso qui, après avoir été président du pays, de 1979 à 1992, a retrouvé son fauteuil en 1997, après cinq mois de guerre civile ? Outre Sassou, connaît-on un autre qui a pu assouvir ce rêve ?
Peut-être l’Ougandais Yoweri Kaguta Museveni qui l'avait tant détesté, qui paraît avoir attendu plus longtemps, avait repris le maquis pendant six ans, à la tête de l’Armée de Résistance Nationale, NRA, avant d’accéder au pouvoir en 1986, l'inspirerait-il désormais ?
Le jour de l'Indépendance, le 30 juin 1960, à Léopoldville (Kinshasa), le roi des Belges, Baudouin 1er, s'adressant aux Congolais et aux pères de l'Indépendance, a eu des mots qui font plus d'écho dans ces années-ci que jamais : « Votre tâche est immense et vous êtes les premiers à vous en rendre compte.
Les dangers principaux qui vous menacent sont l'inexpérience des populations à se gouverner, les luttes tribales qui jadis ont fait tant de mal et qui à aucun prix ne doivent reprendre l'attraction que peuvent exercer sur certaines régions des puissances étrangères prêtes à profiter de la moindre défaillance.
Vos dirigeants connaîtront la tâche difficile de gouverner. Il leur faudra mettre au premier plan de leurs préoccupations, quel que soit le parti auquel ils appartiennent, les intérêts généraux du pays. Ils devront apprendre au peuple congolais que l'indépendance ne se réalise pas par la satisfaction immédiate des jouissances faciles, mais par le travail, par le respect de la liberté d'autrui et des droits de la minorité, par la tolérance et l'ordre, sans lesquels aucun régime démocratique ne peut subsister. (...)
Le monde entier a les yeux fixés sur vous. À l'heure où le Congo choisit souverainement son style de vie, Je souhaite que le peuple congolais conserve et développe le patrimoine des valeurs spirituelles, morales et religieuses qui nous est commun et qui transcende les vicissitudes politiques et les différences de race ou de frontière. Restez unis et vous saurez vous montrer dignes du grand rôle que vous êtes appelés à jouer dans l'histoire de l'Afrique ».
Hier, Joseph Kabila niait tout, ne cessait de parler d'«allégations».
Le 12 octobre 2026, la terre entière a vu l'ancien président assis entre deux chefs rebelles pro-rwandais, anti-Congo, qui ont donné la mort à des millions de leurs compatriotes, brûlé des villages, violé des femmes, jeté des familles hors de chez elles. Son mot d'ordre : «La dictature doit prendre fin». Laquelle?
«Si les Congolais doivent aujourd'hui choisir entre la soumission, l'exil ou le cimetière, alors Félix Tshisekedi doit lui aussi faire un choix. S'il veut la paix, nous sommes disposés à la lui offrir et à la recevoir en retour. Mais s'il veut la guerre, alors, il l'aura également...
Nous sommes prêts et les dispositions nécessaires ont déjà été prises», assène Moïse Nyarugabo Muhizi Mugeyo. Des propos mille fois entendus de la bouche du président rwandais Paul Kagame.
Pour les Congolais, l'heure a sonné d'aimer leur pays, le Congo, d'arrêter d'être des «Congolais de service», des Congolais au service.
KKMTRY.





