En province, quatre têtes de gouverneur sur la table
  • jeu, 05/12/2019 - 03:36

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1474|JEUDI 5 DECEMBRE 2019.

Incroyable! Voilà que ça reprend comme la saison dernière. De plus belle. La chasse aux gouverneurs de province. «Si ce n’est toi, c’est donc ton frère». Et l’autre : «Je n’en ai point». Et de reprendre la parole : «c’est donc quelqu’un des tiens...» (Jean de La Fontaine, le loup et l’agneau). Quand le loup veut dévorer l’agneau, tous les arguments sont bons... Le FCC tient-il tant à dévorer les gouverneurs indépendants, qui ne sont pas de son bord?
En province, les motions de défiance fusent. Mais ce climat ne s’observe qu’au sein des Assemblées provinciales qui ont, face à elles, des gouverneurs indépendants, sans étiquette politique sauf exception: le Kongo Central où Atou Matubuana Nkuluki reste malgré tout clivant...

HAUT-LOMAMI, SANKURU,
ITURI, KONGO CENTRAL.

Du Haut-Lomami au Sankuru jusqu’en Ituri, les Assemblées provinciales ne décollèrent pas. Que veulent-elles?
Tout a commencé au Haut Lomami, où le gouverneur Marcel Lenge Masangu a été éjecté vendredi 8 novembre 2019 suite à une motion de défiance du député Samuel Yumba. Grief : s’être constitué comme acteur qui freine le développement de la province. Les élus n’ont pas digéré le propos du gouverneur qui indique que la province n’a pas assez de moyens pour se développer comme un coût de baguette magique. Rien que cela a donné aux élus du grain. Marcel Lenge n’a pu trouver mieux que de se confier à la justice. L’affaire est portée à la Cour d’Appel de Kamina, et, dans l’intervalle, la province chavire. La question : n’est-il pas trop tôt de réclamer le développement économique sept mois après?
Puis, le Sankuru. Que de questions quand on sait le débat qui a prévalu avant l’élection du gouverneur Joseph-Stéphane Mukumadi. Grief : il a pris trop de retard à former son gouvernement. Faut-il y voir une main noire dans une province qui était toute offerte à l’ex-ministre Lambert Mende Omalanga?
Selon une source à Lusambo, «le Gouverneur Mukumadi est accusé d’incompétence parce qu’il a mis du temps à former le gouvernement provincial. Ce retard était mal perçu par l’ensemble du peuple sankurois et l’Assemblée provinciale». Du coup, le gouverneur a démissionné... Faux, rétorque le Gouverneur. Dans un communiqué du 30 novembre, il s’insurge contre ce qu’il qualifie de «supputations politiciennes», indique n’avoir pas démissionné, ni n’en a la moindre intention. Ce dernier porte à la connaissance du public que, depuis son investiture, il a résolu de faire une rupture avec le passé et s’est engagé pour le développement durable de sa province avec l’appui du Gouvernement central. Il dit avoir mis en place un gouvernement provincial «de salut public» en conformité avec les lois et ce, après consultations internes avec les députés provinciaux de la province du Sankuru.
Il dit avoir adressé une correspondance à l’Assemblée provinciale de Sankuru en date du 20 novembre 2019, sollicitant la disponibilité des membres de l’hémicycle provincial aux fins de la présentation de son programme quinquennal 2019-2023.
Mais cela a connu un petit couac après que lui et le Président de l’Assemblée provincial aient reçu, peu après, une invitation du Vice-premier Ministre et Ministre de l’intérieur et de la sécurité, Gilbert Kakonde, de se rendre à Kinshasa, toutes affaires cessantes.
En Ituri, c’est une vraie crise politique. L’Assemblée provinciale a destitué le gouverneur, Jean Bamanisa Saidi après une motion de défiance votée le 20 novembre 2019.
Après cette destitution, les députés provinciaux de l’Ituri ont plaidé pour la réouverture de leur Assemblée provinciale dans une déclaration faite le 29 novembre dernier. Les députés, signataires de la motion de défiance, déclarent ne plus reconnaître Jean Bamanisa Saidi comme gouverneur. Ils lui demandent de déposer sa démission auprès des autorités compétentes à Kinshasa. Ils demandent au Chef de l’Etat de bien vouloir habiliter le vice-gouverneur comme intérimaire, en attendant l’élection du nouveau gouverneur.
Après cette destitution, un groupe de jeunes attaché à l’exécutif a initié une pétition, qui a récolté plus de 60.000 signatures pendant qu’il en faut 100.000 pour exiger la dissolution de l’Assemblée provinciale que ces jeunes qualifient d’égoïstes travaillant pour leur propre intérêt. Le gouverneur déchu a rejeté s destitution et a décidé d’amener l’affaire devant la justice.
Au Kongo Central, la crise a créé un bicéphalisme au sein du parlement. D’un côté, des élus déterminés à effacer l’héritage Mbadu Nsitu, accusé de tous les maux et d’antivaleurs. Dans le collimateur, le gouverneur Atou Matubuana Nkuluki, tout récemment réhabilité par le gouvernement central après avoir été cité dans un scandale sexuel. Pour avoir œuvré longtemps aux côtés de Mbadu, une grande partie des Ne Kongo qu’incarnent ces élus locaux l’accusent de «foutre la merde aux valeurs ancestrales, modestie, retenue…».
D’autres élus veulent incarner le changement. Comptant sur la redynamisation de leurs institutions, ils luttent pour doter de leur province des nouveaux dirigeants capables de porter le changement. Ils veulent se défaire de leur président Anatole Matusila Ma Lungeni qu’ils accusent être un homme qui «gouverne par défi et dictature».
JULIEN MAO MAMPO.


Related Posts