La communication : vecteur d'intégration des pays des Grands lacs

DANS ces mêmes colonnes, dans la toute récente livraison du "Soft International", nous évoquions la question de la circulation des biens et des personnes comme voie obligée à la solution de la crise des pays des Grands lacs. La "circulation" rappelle certes l'idée de "mouvement" et dans un certain sens uniquement les échanges économiques et (ou) politiques. Traditionnellement, pareils échanges étaient amplement assurés par les voies de transport terrestres, ferroviaires, maritimes et aériens. La région n'en manque pas mais elles sont en elles-mêmes insuffisantes pour assurer une intégration économique efficace et durable.

Les moyens de communication qu'offrent les nouvelles technologies peuvent pallier à cette insuffisance et tout indique que mieux coordonnés, les réseaux actuellement existants dans la région pourraient donner un "coup de fouet" non seulement aux échanges politiques et économiques, mais aussi et surtout au dialogue entre les peuples au sens des populations des Grands lacs. Il n'est pas sans intérêt de relever ici que l'idée n'est pas nouvelle. La CEPGL s'était déjà donnée comme objectif, il y a une dizaine d'années, d'intégrer les réseaux des télécommunications des pays membres, à savoir : le Burundi, le Rwanda et le Zaïre (actuellement R-dC.) Elle n'y réussit point à cause du goulot d'étranglement que constituait le Zaïre de cette époque. Relier le Burundi et le Rwanda a toujours été chose aisée en raison de l'étroitesse du territoire et de la bonne gestion de leurs réseaux respectifs. Le problème devint quasi insoluble lorsqu'il fut question de relier d'une part le Burudi au Zaïre et d'autre part le Rwanda au Zaïre.

La raison de cet échec est à peine croyable : aucune des villes frontalières - Uvira pour le Burundi, Goma et Bukavu pour le Rwanda - ne possédait un réseau pouvant recevoir une liaison avec une ville frontalière correspondante : Bujumbura, Gisenyi, Cyangungu. Une précision tout de même : si Uvira et Goma ne disposaient pas de réseau du tout, Bukavu en avait un mais vétuste et non relié à aucune autre ville du Zaïre, encore moins à Kinshasa, la capitale. Pourtant, le pays avait investi une fortune pour bâtir un réseau de télécommunications nationale par satellites juste pour distribuer la télévision (l'image du Guide devait être distribuée partout) mais sans (presque pas) de voies téléphoniques qui auraient pu assurer la rentabilité dudit réseau. Le manque de ressources pour asurer la maintenance, joint à la démotivation du personnel pourtant hautement qualifié et formé à gands frais, ne pouvait que précipiter l'effondrement de ce bijou technologique qui s'est finalement avéré "un éléphant blanc" comme tant d'autres hélas.

L'OBK qui regroupe les pays riverains de l'Akagera réussit mieux en mettant en place un réseau de télécommunications terrestres reliant le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie et l'Ouganda. Ce réseau fonctionne encore tant bien que mal. Il suffit de précéder par le préfixe 072, le numéro d'appel de correspondant dans chacun des pays ci-haut cités. Le tarif régional est accessible à plus de monde que l'international qui est encore trop cher dans nos pays. Malheureusement, l'OBK elle-même est une organisation en vieilleuse et la maintenance de son réseau est assurée par les entreprises publiques des télécommunications des pays membres pas toujours très performantes. De plus, la R-dC (ex-Zaïre) qui n'est pas membre de cette organisation, ne bénéficie pas de ce réseau à supposer même que les conditions techniques pour son déploiement soient remplies Ce qui est évidemment une grande lacune, la R-dC étant une pièce maîtresse dans la région des Grands lacs.

On pourrait bien sûr communquer par le "réseau international" de chaque pays concerné. Outre le coût dissuasif de la communication, la R-dC reste un goulot d'étranglement dans la mesure où seules quelques villes comme Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Bukavu et Mbuji-Mayi disposent des liaisons internationales. Et encore, depuis seulement relativement peu, grâce à un réseau privé de téléphonie cellulaire. À l'heure actuelle, il est donc possible de relier grâce aux liaisons internationales de TELECEL, le Burundi et les principales villes de la R-dC notamment les villes frontalières d'Uvira, Bukavu et Goma. Même le Rwanda; où il n'existe pas de réseau TELECEL, pourrait, par un transit international, accéder tant au réseau du Burundi qu'à ceux de la R-dC. L'intégration des réseaux des pays des Grands lacs est enfin techniquement réalisable, TELECEL ayant couvert le "chenon manquant" qu'était la R-dC. Depuis lors s'est ajouté un nouveau réseau intégrateur, MTN-RWANDACELL, qui permet grâce au téléphone mobile, de joindre n'importe quelle vile frontalière de la R-dC, un peu comme TELECEL le fait avec les villes frontières rwandaises.

Reste posé le problème du coût de la communcation si on part de l'hypothèse que l'intégration des réseaux serait assurée par le téléphone mobile (cellulaire) en principe plus cher! Le problème n'est pas insurmontable dans la mesure où l'évolution actuelle de la technologie va dans le sens de la baisse du coût des équipements. Une entente entre les différents opérateurs de la région permettrait l'interconnexion de tous les réseaux (Rwandacell, Telecel-Burundi, Telecel-Congo, etc.) et ainsi fixer un prix unique pour le "local" et le "régional" accessible à la grande masse tout en gardant un taux de rentabilité raisonnable, grâce aux économies d'échel. Seul le coût du poste d'abonné demeure un problème mais des formules de subvention existent. En attendant, la multiplication des cabines publiques permettrait à tous ceux qui éprouvent le besoin de communiquer dans la région de le faire sans beaucoup de frais ni de longs déplacements.

Ainsi, aura-t-on enfin atteint un des préalables à la véritable intégration économique, voire politique de la Région, avant d'atteindre par la même voie (la communication) celle de toute l'Afrique. Dans un prochain article, nous parlerons de l'audio-visuel et des médias en général, autres vecteurs puissants de l'intégration.

NKUBITO Y.R
Johannesbourg.