Certainement l'aventure la plus rocambolesque de fin de siècle
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Rébellion dans la rébellion. Réfugié aux États-Unis où vivent ses enfants et sa femme, une ancienne étudiante en journalisme, il a rejoint tardivement la ville rebelle de Goma en jurant lui aussi de combattre le nouveau dictateur congolais Laurent-Désiré Kabila. Mishiki venait de très loin. L'entrée au gouvernement Kengo ne porta pas bonheur à un homme qui fut un des "maîtres parlementaires-debout" de la rue contestataire Pétunias, le quartier général de l'Udps à Limeté. Mishiki fut défenestré du parti du vieil opposant, jaloux de le voir rallier "un groupe de traîtres à la Patrie" plutôt que de rester lié à la personne de l'opposant. Mishiki n'eut d'autre choix que d'organiser sa fuite en avant en allant errer de capitale en capitale, surtout au lendemain de la chute de Mobutu, à la recherche d'une niche hospitalière, avec une préférence pour l'Amérique du nord. Il y apprend l'anglais, langue idéale du siècle passé et du siècle entamé mais travaille surtout à retisser sa toile. Quand il débarque, début décembre 1998 à Goma, siège du RCD, le Rassemblement congolais pour la Démocratie mais aussi capitale de sa province d'origine, Mishiki porte plus qu'une ambition dans ses valises. Il est le porte-parole d'une rébellion dans la rébellion - "le courant rénovateur du RCD", Mouvement auquel il dit avoir adhéré depuis ... Bruxelles, en remplissant un formulaire de feuille volante mais aucun acte de reconaissance ne lui a été délivré. Avant de débarquer à Goma, avec quelques amis aussi frondeurs tout comme lui dont le Congolais-haïtien Jean-François David, l'architecte de bâtiment Michel Tshibwabwa, le monétariste Émile Ngoy Kasongo, le promoteur des matches de football Mboyo Ilombe alias Pélé Mongo, toujours président de Vita-Club de Kinshasa, l'homme d'affaires Charly Essalo, Mishiki s'arrête à Kampala et à Kigali où il s'assure sinon de l'engagement du moins de la bienveillance des personnalités en vue. L'accueil que Goma a réservé au groupe n'est cependant pas rassurant. Menacé d'arrestation et d'emprisonnement dans sa propre ville, Mishiki brandit à son tour la menace de faire descendre des collines les jacqueries "Maï-Maï" dont il s'auto-proclame leader incontestable. Plus sérieusement, le groupe doit son salut à ses protections extérieures qui lui garantissent, fusils d'assaut et lance-roquettes à l'appui, la sécurité physique nécessaire. La maison, à la porte du quartier chic de Himbi, que le groupe a prise en location, est l'une des mieux gardées du siège rebelle. Il n'empêche : les "rénovateurs" restent des rebuts du RCD. L'appui inattendu qu'ils trouvent auprès du vice-président Arthur Z'Ahidi Ngoma qui leur propose une admission en bloc dans l'assemblée des membres contre une promesse de le soutenir dans l'assaut qu'il prépare contre la direction du RCD et auprès de Jacques Dépelchin, un proche du président Ernest Wamba Dia Wamba en voyage mais qui vote pour les rénovateurs pour d'autres raisons, sonne l'hallali du groupe. Z'Ahidi Ngoma qui a échoué dans sa tentative de prendre sinon la présidence, du moins la coordination du Mouvement, a quitté précipitamment Goma mais l'acte de décès des rénovateurs va être délivré lors d'une nouvelle épreuve de force, très sérieuse celle-là : l'affrontement armé qui met fin à la présidence du professeur Wamba. Son Altesse Prince Royal. Dans ce nouvel épisode de la lutte pour le pouvoir, le gros des rénovateurs, Mishiki en tête, a pris la défense du camp Wamba, soutenu avec chars de combat, par un contingent armé ougandais. Quand Wamba déménage de Goma et s'installe à Kisangani, il s'y trouve avec Willy Mishiki, qui a retrouvé sa fonction favorite d'activiste. Il répand alors sur tous les médias grâce au téléphone satellitaire protégé de Wamba, la nouvelle du "RCD légal et légitime." Malheureusement, Mishiki ne fait pas le poids face à l'entourage de son président qui compte d'autres loups aux dents idéologiques autrement plus acérées : l'ancien lieutenant d'Arthur Ngoma, Sesanga Epungu, l'ancien Udps Honoré Kadima mais surtout le couple très dur ex-Palu (parti lumumbiste unifié) Shambuyi et Dépelchin. Originaire de la localité de Walikale au Nord-Kivu, usant et abusant à satiété de la menace de recourir aux "Maï-Maï" qui tapissent la contrée, la Province Orientale ne livre pas l'espace rêvé à Mishiki désormais affublé du titre de "Son Altesse Prince Royal." Contre quelques concessions politiques savoureuses alors que se précisent à Kisangani les préparatifs d'un affrontement géant lors de la fête de l'Assomption, les 14, 15 et 16 août, le nouveau "Prince" fait sa rentrée à Goma. Pas avant d'avoir squatté à Kigali, téléphone Iridium en l'air, dont il est le premier à tenir ici le modèle. On aurait en effet tort de dire que Mishiki est revenu à Goma sur la pointe des pieds. L'homme a pris de l'envergure, tout au moins au plan matériel. Quand on sait que l'argent est le nerf de la guerre, il s'agit là d'une solide avance. Jaguar et Grand Cherokee. Mishiki mène un grand train de vie, roule carosse sur les routes cabossées de pierres de laves volcaniques. Outre l'énorme téléphone mobile satellitaire frimeur qu'il tend généreusement à qui veut appeler au bout du monde, il a, à la clé, étincellantes, limousine Jaguar et jeep Grand Cherokee expédiées à grands frais depuis l'Europe par conteneurs aériens! Si, à la douane à Goma, son charroi automobile se bute à d'innaceptables tracasseries de la part de l'administration tâtillonne, qu'importe! L'escorte rebrousse chemin et emprunte le poste douanier de Wamba, qui pratique des tarifs plus démocratiques. Les deux voitures finissent par s'immobiliser le long du principal boulevard de Goma, conduisant à l'aéroport, bien en face des bureaux désaffectés de la société Planet'Air, là où, précisément, Mishiki dit se reconvertir allègrement dans l'organisation de la société civile congolaise et l'action humanitaire et a ouvert une ONG, le Mouvement pour la Sécurité, la Paix et le Développement, MSPD. Il y occupe dans un immeuble neuf tentaculaire des bureaux au mobilier high tech et art-déco italien, certainement les plus beaux de la ville. Si, près de deux ans après le début de son insurrection, le RCD s'empêtre incroyablement encore dans un projet de mise en place d'une radio ondes courtes qui permettrait de véhiculer plus loin son discours de changement et ne sachant, semble-t-il pas où trouver les fonds nécessaires, Mishiki a fait venir et a fait entrer à Goma une chaîne de dix stations de radio qui ont commencé à émettre en confort modulation de fréquence, au grand dam des services de sécurité du RCD, qui n'ont rien vu venir et du Département de la Communication et de la Culture, qui a ordonné l'arrêt des "essais pirates" et demandé la saisie des équipements introduits sans avoir respecté la procédure légale en vigueur. Mais...quelle main généreuse se cache derrière ces opérations financières spectaculaires? Que cherche-t-elle en réalité? Alors que se met en place cet étalage matérielo-financier, dans les capitales occidentales, des informations frisant un scandale d'État et une immense escroquerie tiennent le haut du pavé des journaux : l'accord de création d'une Banque centrale "exclusive" au Congo, chargée de battre une monnaie garantie par l'or et le diamant ! Signataires de l'accord : Wamba Dia Wamba, représentant la République démocratique du Congo, le général de brigade ougandais James Kazini et... Willy Mishiki! Témoins : deux propriétaires d'une société basée dans un paradis fiscal, les Bahamas, la Atlantic Pacific Enterprises, à savoir MM. John A. Myburgh et Valentina Piskounova. Signataire : le président de la "First International Bank of Grenada", Van A. Brink. Une feuille confidentielle basée à Paris, la Indian Ocean Newsletter, fait savoir cependant que sous le mystérieux nom de Van A. Brink se cache en réalité un certain Gilbert Allen Zigler, courtier américain tombé en faillite il y a cinq ans mais qui veut manifestement rebondir au Congo. Déjà, il a créé un comptoir "on-line" sous le nom de "World Investor's Stock Exhange" basé à Grenada et se dit ambassadeur d'une République virtuelle "Melchizedek" - qui n'existe que sur Internet ! Mais cette histoire rocambolesque ne s'arrête pas là. En mai dernier, Keith Mitchell, Premier ministre de Grenade, soupçonnant la First de pratiquer le blanchiment d'argent de la drogue ou d'être mêlée dans le "système pyramidal", a enquis le FBI (Federal Bureau of Investigations) américain de plonger dans les papiers de la First. Rien à ce jour cependant n'est venu confirmer les soupçons de Keith Mitchell. Il n'empêche ! Dans les milieux financiers internationaux, Gilbert Allen Zigler alias Van A. Brink reste hautement suspect. Quand il tente à Kampala de prendre le contrôle d'une banque commerciale, la Banque d'Ouganda se doit d'intervenir et d'arrêter net l'achat. Des millions de $ à la pelle. Voilà qu'un fax adressé à "l'Honorable Prince Willy Mishiki, Sheraton Kampala Hotel" est multiplié en des centaines de copies et distribué à Kampala, Kigali et Goma. Écrite de nulle part, datée du 25 novembre dernier, sur du papier à en-tête du bureau du président de l'"Union Reserve System", le fax qui est tombé peu après minuit, heure de Kampala, promet ce qui a été très peu entendu ces dernières années en République démocratique du Congo. C'est-à-dire des millions de... dollars à ramasser, pratiquement, par qui veut et à la pelle. Van A. Brink qui signe ce fax long de trois pages explique qu'il s'agit de fonds destinés à l'aide humanitaire et au développement de la R-dC. Au total 60 à 75 millions de dollars. Preuve - s'il en est une - "de bonne foi de la First International Bank of Grenada et de l'Union Reserve System à venir en aide au peuple congolais." Textuel ! Selon le fax, les deux institutions financières ont promis au "RCD-ML-Kisangani de Wamba", au "MLC de Jean-Pierre Bemba", au "RCD-Ilunga de Goma", au gouvernement Kabila chacun un montant de 16 millions de dollars mais aussi au MSPD du "Prince" Mishiki. Van A. Brink voit rondement les choses. Il souhaite qu'une cérémonie officielle ait lieu à St. George's, Grenada, West Indies, pour donner tout l'éclat au lancement du projet et invite, tous frais à la charge de la First et de l'URS, une dizaine de responsables du RCD-Goma, du MLC-Bemba, du MSPD de Mishiki à se rendre dans la capitale de la petite île des Antilles britanniques pour présenter leurs projets d'aide et de développement en faveur du peuple congolais. Invités aussi des journalistes congolais de la radio-télévision, deux journalistes européens, la Belge Marie-France Cros de la Libre Belgique et la Britannique Elizabeth Jones de Channel 4 et de la BBC-TV, deux professeurs congolais basés à Bruxelles, Jean-Jacques Kanku et Bamba-di-Lelo mais aussi Sa Majesté royale, le Mwami Kalunda Ndandu, roi des Hunde et neuf autres rois ou chefs coutumiers congolais. Chefs coutumiers à bord. Willy Mishiki qui affectionne de jouer dans la cour des grands, était déjà ( SUITE ) |