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LA B.C.R., Banque Commerciale du Rwanda, a célébré
samedi le 15 janvier 2000 le cinquième anniversaire de
sa réouverture. La manifestation a été présidée
par M. Donald Kaberuga, ministre des Finances et de la Planification
Économique, Représentant le Gouvernement d'Union
Nationale. Avaient rehaussé de leur présence cette
manifestation : le Président de la Cour Suprême,
Madame la Présidente, épouse du Chef de l'État,
des Ministres et Secrétaires d'État. Était
aussi présent le gouverneur de la BNR, la Banque Nationale
du Rwanda, François Mutemberezi. Dans son allocution de
circonstance, le gouverneur a rendu un vibrant hommage à
la B.C.R, déclarant notamment que "depuis sa réouverture,
la B.C.R. a collaboré de façon étroite avec
l'autorité monétaire par son souci permanent de
respecter les lois et règlements en vigueur, notamment
dans le domaine de la réglementation des changes, contribuant
ainsi à la stabilisation de la monnaie nationale. Elle
s'est également investie dans la reconstruction du pays
par l'octroi de crédits d'investissement, et la réouverture
de ses agences témoigne du rôle qu'elle a choisi
de jouer pour contribuer au redémarrage de l'économie
nationale." Il a ajouté qu'"aujourd'hui, cinq
ans après, la B.C.R. se présente comme une banque
moderne, réhabilitée de fond en comble, pourvue
en personnel compétent et motivé, ainsi qu'en matériel
de pointe. Elle a élargi de façon sensible le volume
de ses opérations, tant au niveau local qu'à l'étranger,
ce qui lui permet de figurer dans les premiers rangs au sein
du secteur bancaire rwandais."
Dans l'édition datée du 10 juillet 1999, n°758
du "Soft International", John Nyombayire, l'un des
deux Directeurs Généraux de la B.C.R., présentait
comme suit le succès recueilli par la B.C.R. : "Nous
venons de réaliser un investissement de l'ordre de 5 millions
de dollars qui nous a permis de créer un cadre de travail
au siège central à Kigali et qui permet de donner
confiance à quiconque viendrait de l'extérieur
et qui ne peut que, ce faisant, nous créditer d'une image
de banque. À la suite de cette réhabilitation du
bâtiment, nous avons entrepris de nous doter d'un système
informatique de pointe avec des terminaux aux guichets permettant
même de vérifier les spécimens de signature
scannés. Cela fait honneur à notre banque."
S'il reconnaît l'existence des problèmes, John Nyombayire
ne fait pas de fausse modestie : "Sincèrement, nous
pouvons aujourd'hui nous permettre d'envisager l'avenir de notre
banque de manière optimiste. Nul qui a été
au départ de la réouverture de cette banque ne
pouvait parier sur son succès. Si ce succès a été
possible, c'est suite à la seule volonté de l'homme.
Bien entendu, nous n'en sommes pas les seuls artisans. Lors du
génocide, la banque a malheureusement déploré
des pertes en vies humaines. Avant le génocide, la banque
employait plus de 500 cadres et agents. À sa relance,
nous n'avons retrouvé, après un appel au retour
largement diffusé, que 144 agents dont seulement deux
ou trois cadres. Tous les autres étaient des employés
de maison ou des jardiniers qui ne pouvaient servir dans la reprise
des activités de la banque. De retour de l'ex-Zaïre,
j'ai personnellement participé aux travaux d'expertise
visant à évaluer les chances de relance des activités.
Il s'agissait de savoir si la banque avait une chance de repartir
ou si cela n'en valait pas la peine et que, par conséquent,
il fallait la liquider simplement et créer une nouvelle
banque. J'ai personnellement opté pour la liquidation de
la banque. Car trop de vols avaient été opérés
et la banque, par conséquent, avait enregistré
une lourde perte de son portefeuille. Il est clair qu'en dernier
ressort, la décision revenait aux actionnaires dont l'État
qui a estimé que cette banque était une banque
emblématique et que la laisser tomber était un
mauvais signal envoyé au marché. Les actionnaires
se sont alors mis d'accord pour tenter l'expérience de
la réouverture. Or, il restait à résoudre
l'épineux problème de ressources humaines. Heureusement
pour nous, parmi ceux qui revenaient de l'exil, certains avaient
une expérience dans le domaine bancaire. Nous avons donc,
pour le management, largement recruté dans cette ex-diaspora.
C'est avec elle que nous sommes parvenus à construire
la B.C.R. nouvelle. Il ne faut pas oublier l'État, donc
le gouvernement d'Union nationale via la Banque centrale et le
ministère des Finances dont les mesures extrêmement
courageuses ont permis de tracer un cadre qui a permis aux banques
de fonctionner. Il nous fallait très vite nous mettre
au travail. La comptabilisation n'était pas à jour.
Il fallait redresser les équilibres, comptabiliser tout
ce qui était resté en suspens depuis de nombreux
mois, rééquilibrer les balances. Le réseau
des agences était détruit à 90 pc. Il fallait
le redresser. À Kigali, l'infrastructure informatique
a été saboté. Il fallait entrer dedans pour
savoir ce qui s'était passé. Et, peu à peu,
patiemment, avec les collaborateurs, on a rebâti la B.C.R.
que vous voyez aujourd'hui. Bravo en tout cas aux autorités
notamment dans leurs décisions sur la monnaie, le crédit
et le change, qui ont laissé le professionnalisme s'exprimer
librement en veillant cependant au grain et comme il sied. Une
loi promulguée fin 1996 début 1997 defiscalisait
certaines provisions affectées à certains risques.
Car le portefeuille de la banque a été compromis
à 50 pc avec des clients décédés,
des affaires détruites, des clients partis en laissant
des dettes. Nous avons fait un plan triennal accepté par
la Banque centrale et par la Banque mondiale."
Ce plan arrivait à échéance en décembre
dernier. La B.C.R. n'a pas reçu de l'extérieur
un apport de fonds propres. Elle a confié cependant un
mouvement plus important à ses correspondants étrangers.
Elle en a tiré un cash-flow qui est allé principalement
à l'amortissement des créances compromises. La
confiance a été rétablie. La B.C.R. attend
donc l'apport de fonds frais. Au lendemain du génocide,
le Rwanda avait atteint le niveau moins zéro. Plus de
70 pc du PIB du pays avait été détruit.
Le gouvernement s'est donc lancé dans une politique monétaire
extrêmement rigoureuse qui s'est manifestée par
une démonétisation début 95 de billets et
une dévaluation très courageuses faisant passer
le dollar de 240 FRW à 140 FRW mais aussi par la libéralisation
du système de change et par l'octroi de l'autonomie à
la Banque centrale. Celle-ci, explique John Nyombayire, a été
"responsabilisée et très prudemment, la Banque
centrale a tenu le système, sans l'asphyxier. On en est
ainsi arrivé à créer des marchés,
un marché monétaire et un marché de change
qui, peu à peu, se développent avec des instruments
que nous essayons au fur et à mesure de mettre sur pied
et d'affiner."
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