"Vouloir rejeter le mot "Zaïre", parce qu'il évoque Mobutu, relève des "intelligences inférieures", dixit VTP

Ci-après le pladoyer de VTM. "Il est assez symptomatique de constater que très nombreux sont ceux qui, pour éviter toute confusion, préfèrent utiliser les expressions "ex-Zaïre", "Congo-Zaïre", "Congo-Kinshasa" ou carrément "RDC" en sigle pour désigner mon pays afin de le distinguer du "Congo-Brazzaville" ou "République du Congo." C'est autant reconnaître qu'il y a un problème quelque part. De quoi s'agit-il exactement? Voici un bref rappel historique. Le samedi 17 mai 1997, aussitôt après que les troupes de l'Alliance rebelle eussent pris Kinshasa sans coup férir, Laurent-Désiré Kabila s'empressa de "s'auto-proclamer" : "Président de la République démocratique du Congo", débaptisant ainsi du même coup et arbitrairement la "République du Zaïre." Un juriste tatillon et orthodoxe eût dit que Kabila s'était "autoproclamé" président d'une République inexistante juridiquement. Qu'il se soit proclamé "chef de l'État" d'un pays dont il venait de ramasser le pouvoir abandonné par le Maréchal Mobutu en fuite, cela passait encore, à la rigueur. Car c'était le voeu quasi général du peuple zaïrois face à l'impuissance manifeste du pouvoir en place, pratiquement à bout de souffle. Près de trente-deux ans auparavant Laurent-Désiré Kabila, Joseph-Désiré Mobutu avait accédé à la magistrature suprême de ce même pays dans des conditions semblables. Encore que, en 1965, c'était l'Armée nationale (et non pas une nébuleuse d'armées étrangères) qui avait pris le pouvoir par la force. Soit. Du moment que le peuple l'avait approuvé, la cause était entendue. Passons donc. Mais aller jusqu'à changer, dans la foulée, le nom du pays, c'était tout de même trop à la fois. En effet, il n'était pas évident que le changement du nom du pays fasse partie de l'assentiment populaire exprimé lors de la chute du régime précédent. C'est là une question sentimentalement délicate, politiquement sensible et surtout intellectuellement discutable. Le débat est essentiellement politique. Il faut reconnaître cependant que le Président Mobutu savait, lui, mettre les formes pour faire passer ses décisions tant sur le plan politique que sur le plan juridique. C'est ainsi que, s'agissant en l'occurrence de l'appellation du pays, il avait préparé l'opinion nationale sur le plan psycho-politique. Il avait déjà, le 24 juin 1967, créé la nouvelle unité monétaire appelée "zaïre" remplaçant le "franc congolais." Ainsi le mot "zaïre" était déjà familier depuis 1967. Enfin, il avait veuillé aussi à mettre la forme appropriée pour changer le nom du pays. En effet, sur décision d'État du bureau politique du MPR du 27 octobre 1971, l'Assemblée nationale a révisé la Constitution du 24 juin 1967 par la loi constitutionnelle n°71-006 du 29 octobre 1971, prenant effet rétroactivement le 27 octobre 1971. Dès lors, la "République Démocratique du Congo" (Constitution du 1er août 1964) est devenue la "République du Zaïre." Et on a tiré toutes les conséquences en substituant les vocables "Zaïrois", "Bas-Zaïre" et "Haut-Zaïre" à ceux de "Congolais", "Kongo central" et "Province orientale." Ce changement de nom dicté par des considérations d'ordre politique dans le contexte de la décolonisation mentale par le retour à l'authenticté, reposait sur des arguments historiques et scientifiques incontestablement solides. Historiquement, il existe des cartes géographiques datées des années 1640, donc bien longtemps avant la fondation du fameux "État indépendant du Congo" en 1885, par Léopold II, roi des Belges, qui s'était lui aussi "auto-proclamé" : "Roi-Souverain" du nouvel État. Des cartes qui désignaient déjà sous le nom de "Zaïre" cette "terra incognita", ce vaste territoire inconnu du "pays du fleuve Zaïre" situé au coeur de l'Afrique centrale. De même, dans les années 1940 et 1950, à l'époque coloniale belge, il existait en Belgique, précisément à Anvers, une maison d'édition appelée "Éditions Zaïre" et une revue scientifique et culturelle intitulée "Zaïre." Les historiens s'accordent à affirmer que le nom "Zaïre" est la transcription erronée phonétiquement du mot "nzadi" par le célèbre explorateur portugais Diego Caô qui découvrit, à la fin du XVème siècle, l'embouchure du fleuve "Nzadi", tel que l'appelaient les populations autochtones bakongo du littoral. Le Zaïre est donc, d'après les données historiques, "le pays du fleuve Zaïre", selon la belle expression de Joseph Cornet, qui, peu avant le changement de nom du pays, publia, en 1971, un livre préfacé par le Président Mobutu, sous le titre partculièrement évocateur de "Art de l'Afrique noire au pays du fleuve Zaïre." Voilà, entre autres, l'une des sources d'inspiration historique du Président de la République. C'est dire que le changement du nom du pays en 1971, quoique dicté par des motivations politiques, procédait d'une démarche intellectuelle fondée sur des arguments historiques et scientifiques solides. Vouloir rejeter l'appellation "Zaïre" au seul motif qu'elle évoque l'époque de Mobutu, c'est faire preuve de motivation politicienne, c'est-à-dire d'esprit terre-à-terre, caractéristique des "intelligences inférieures." De même, la procédure constitutionnelle suivie pour opérer le changement du nom du pays en 1971 avait été parfaitement conforme à la légalité. Tel était en effet le système politique de l'époque reposant sur la Constitution du 24 juin 1967, laquelle adoptée par la voie du référendum de juin 1967, pouvait être révisée soit par référendum, soit par l'Assemblée nationale. C'est la seconde qui fut retenue, celle de la révision par l'Assemblée nationale. Avec le recul et, compte tenu du caractère affectif de cette question, on peut regretter, aujourd'hui, que le Président Mobutu, n'ait pas été politiquement mieux avisé, à l'époque, de choisir la voie du référendum pour confirmer la décision du Bureau politique du 27 octobre 1971 portant changement de nom du pays. Grâce à cet argument politique supplémentaire fondé sur la légitimité politique populaire directe, il eût ainsi conforté le changement opéré. Précaution utile, mais illusoire, après tout. Tant il est vrai, qu'en Afrique sub-saharienne, même à l'heure de la démocratisation, des Constitutions démocratiques adoptées par la voie du référendum et des Présidents de la République tout aussi démocratiquement élus au suffrage universel direct, sont impunément bafoués par la force des armes."
in Zaïre libre, n°1, jan-fév 2000.