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Les rebelles
congolais ont réussi à sauver une cohésion
de façade
DE tous les mouvements insurrectionnels qui combattent
le régime de Kinshasa, le RCD, Rassemblement congolais
pour la Démocratie, est celui qui a subi, au fil des jours,
d'importants changements affectant aussi bien ses structures
que son personnel politique. Né début août
1998 à Kabuga, dans la banlieue de Kigali, le Rassemblement
comptait à sa naissance une vingtaine de membres. Ceux
qu'on appelle les "fondateurs", signataires du premier
protocole d'accord et qui étaient au courant, selon l'expression
du président Émile Ilunga Kalambo, que "quelque
chose allait se passer" (le Soft International n°759,
daté du 3 septembre 1999) et qui avaient pu à temps
joindre le Rwanda. Ce premier protocole d'accord a été
revisité lors de la crise qui vit le départ de
Goma du professeur Ernest Mwamba Dia Wamba. Par la suite, il
y a eu une ruée vers le mouvement anti-Kabila et ceux
qui n'avaient pu faire le déplacement vont rejoindre au
fur et à mesure la ville de Goma, redevenue siège
rebelle. Au moment où les mouvements rebelles paraissent
aller vers l'unification de la lutte, le Soft International refait
le chemin parcouru par le RCD. Si les textes ont beaucoup changé,
le personnel politique, en dépit de féroces dissensions
politiques internes, est resté incroyablement le même.
Le Mouvement a réussi un coup de maître : sauver
une cohésion de façade maintes fois mise à
rude épreuve. Le RCD a connu quelques défections,
la plus importante puisque la plus médiatique étant
celle de Z'Ahidi Arthur Ngoma, qui quitta le RCD le 17 février
1999 pour rejoindre, de manière camouflée, Laurent-Désiré
Kabila. Officiellement, Z'Ahidi reprochait au RCD de ne pas "être
représentatif des Congolais." Expliquant que les
"contradictions du RCD masquaient mal une opération
militaire venant de l'extérieur", il appelait à
une "solution politique par la négociation politique,
seule voie qui nous est offerte de sortir de la spirale de la
guerre." En réalité, Z'Ahidi a réagi
à un cinglant échec électoral. Mis en minorité
lors d'une élection à l'Assemblée des membres,
il passait du poste de 2ème vice-président du RCD,
où il avait été coopté, à
celui de vice-président de l'Assemblée. Il perdait
dans l'ordre protocolaire la position trois pour la position
cinq. Les textes ont changé plus sérieusement.
Le premier changement intervînt lors des travaux de l'Assemblée
des membres (12 novembre 1998-24 janvier 1999.) À l'issue
de ces travaux, il fut décidé que le Mouvement
insurrectionnel se transformait en une formation politico-militaire
ayant pour priorité la conduite de la guerre sur tous
les fronts : militaire, politique, médiatique et diplomatique,
sans cependant marginaliser les impératifs de la démocratisation
et de la reconstruction. Cela supposait une bonne distribution
de la justice, l'assurance de la paix, l'éradication des
violences ethniques et de l'impunité en faveur de la transformation
soutenue et durable de l'environnement économique, politique,
social et culturel par les Congolais et pour les Congolais. Le
caractère politico-militaire du mouvement se traduisait
par l'entrée des représentants de l'armée
dans tous les organes et leur participation dans les délibérations
et décisions du RCD. Il fut aussi décidé
que les militaires allaient suivre une formation politique alors
que leurs homologues civils recevraient celle du métier
des armes. Les travaux de l'Assemblée des membres décidaient
d'ouvrir et d'élargir le mouvement à de nouveaux
membres en respectant les critères de représentativité
de toutes les provinces et de collégialité. Le
nombre des membres de l'Assemblée passait de 28 à
147, à raison de 10 membres par province totalement libérée,
7 par province partiellement libérée et 5 par province
non encore libérée, en plus des membres fondateurs.
Les Assises de Goma créaient en outre un troisième
organe dénommé Conseil Politique, en plus de l'Assemblée
et du Comité Exécutif. Ce nouvel organe, assurant
la direction politique du mouvement, est composé de dix
membres, tandis que son bureau permanent en comptait quatre,
élus par l'Assemblée. La dernière restructuration
date de fin-mai avec la double éviction à la tête
du mouvement des deux responsables qui se disputaient le leadership
: Ernest Wamba Dia Wamba et Vincent de Paul Lunda Bululu, l'un
président, l'autre coordonnateur de l'Exécutif.
Le protocole d'accord était amendé une deuxième
fois, le Bureau Politique remplaçant l'Assemblée
et était créé le Collège des fondateurs.
TM
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