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Le Rassemblement
pour la Démocratie à la veille d'une restructuration
en profondeur
SELON toute vraisemblance, le mouvement rebelle congolais
se trouvait début-mai à la veille d'un nouveau
souffle qui pourrait se manifester par des nouvelles et profondes
réformes en son sein. Personne ne savait, en pratique,
comment cela allait se réaliser mais tout portait à
croire qu'une sérieuse retouche des structures du RCD
(Rassemblement congolais pour la Démocratie) était
d'actualité après surtout le nouveau coup de colère
du président Ernest Wamba Dia Wamba qui a quitté
Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, siège
du principal mouvement rebelle depuis deux mois pour s'installer
à Kisangani en effectuant toutefois des brèves
visites à Kigali, au Rwanda mais surtout à Kampala
en Ouganda afin de ne pas se couper de ces deux alliés
dont les soldats se battent aux côtés des rebelles
congolais.
Le 11 avril, Wamba a exposé sa vision des réformes
attendues lors d'une audience que lui avait accordée à
Kigali le vice-président et ministre de la Défense,
le général-major Paul Kagame. Deux jours plus tard,
l'homme d'affaires Jean-Pierre Bemba, président de l'autre
mouvement rebelle, le MLC (Mouvement de libération du
Congo) dont le Q.G est à Kisangani, faisait à son
tour le voyage de Kigali sans être reçu au moment
même où des rumeurs non confirmées faisaient
état d'un déplacement de Mgr Laurent Monsengwo
Pasinya, l'archevêque de Kisangani qui a un plan pour le
retour de la paix au Congo et a réuni à Pretoria,
il y a deux mois, une rencontre sur la R-dC sous les auspices
d'une ONG sud-africaine, "Accord", appuyée par
le gouvernement du président Nelson Mandela. On rappelle
que dans une interview accordée au Soft International
(n°756, 8 mars), Wamba avait été très
critique du déroulement des travaux de l'Assemblée
des fondateurs (novembre-février) qui n'avaient réglé
des questions qu'il jugeait cruciales à la bonne marche
du mouvement. L'Assemblée n'avait pas levé l'option
entre deux "tendances."
Ni convergences. "Celle, expliquait Wamba, qui conçoit
la politique simplement comme l'État et qui presque refuse
la séparation entre le mouvement et l'État et pense
que les administrations peuvent assurer la mobilisation de la
population (et qui) malheureusement met l'accent plus sur le
partage des postes exécutifs que sur le travail de mobilisation
pour gagner la guerre avant la mise en place des structures gouvernementales"
et celle qui pense que "dans l'étape actuelle, la
question majeure est d'organiser la population, de maîtriser
la guerre, d'approfondir la conscience politique de la population
comme moyen de la préparer pour impulser les tendances
démocratiques sur l'État (et qui) exigeait donc
la séparation entre le mouvement et les structures étatiques
et administratives, seul moyen d'assurer un droit de regard sur
les structures étatiques à partir de la pression
de la population mobilisée indépendamment des structures
étatiques." Cette dernière tendance à
laquelle s'apparente Wamba, pense, ajoutait le président,
"que même pendant la guerre qui se veut une guerre
pour la paix durable et pour la démocratisation et donc
pour la transformation de la machine d'État, les conditions
de la conscience démocratique doivent être mises
en place pour qu'enfin, à l'issue de la guerre, les pressions
de la victoire ne puissent se traduire en tendances dictatoriales
et en rejet d'autres forces politiques autres que celles du RCD."
Wamba nous expliquait que "le manque de convergence de ces
deux positions s'est manifesté par l'échec de résoudre
cette question qui a été reportée à
une session extraordinaire prochaine de l'assemblée des
membres."
Ni vision commune. Si les choses devaient se dérouler
normalement, la restructuration pourrait donc venir d'une session
extraordinaire de l'Assemblée des membres qui débattrait
tout aussi bien du "caractère ambigu" du RCD
(Mouvement populaire? Mouvement révolutionnaire? Pré-parti?)
que de la deuxième phase de l'ouverture et de l'élargissement
de la rébellion. Le fait que les travaux de l'Assemblée
des fondateurs n'aient pas réglé ces "question
de fond" explique qu'à ce jour, "nous ne soyions
pas parvenus à mettre en place un vrai programme politique
minimum et que nous n'ayions pas une vraie vision commune, un
projet de société à réaliser",
nous déclarait encore Wamba. Le Comité exécutif
a annoncé pour le 16 mai la tenue à Goma d'une
réunion extraordinaire de l'Assemblée sans requérir
l'avis ni du Président du RCD, ni du Président
de l'Assemblée Nyamwisi Mbusa - ce qui exacerbait encore
la crise. Les deux hommes ne paraissaient pas s'en sentir concernés.
Organe en-deçà de l'Assemblée, le Comité
exécutif est-il lui-même habilité à
annoncer une telle réunion? Wamba aurait contre-attaqué
en convoquant à son tour une Assemblée pour le
15 mai cette fois à Kisangani. La tension était
vive au sein de la rébellion. Lors d'une réunion
à Goma fin-mars, l'armée, bien que se proclamant
républicaine, avait envoyé un signal fort aux "hommes
politiques" qui tenait lieu d'avertissement, leur enjoignant
de se montrer plus responsables afin d'éviter "trop
de confusion." Le message était bien clair. Selon
une idée qui fait son chemin, les transformations envisagées
pourraient aussi être abordées lors d'une "Conférence"
prévue toutefois, selon des "légalistes",
par aucun texte du RCD mais d'aucuns objectent que la crise a
atteint un tel niveau qu'il faut prescrire aux grands maux une
médication de cheval. La "Conférence"
réunirait les trois organes du RCD (Conseil politique,
organe d'orientation du Mouvement, Assemblée des membres
composée de 147 membres et Comité Exécutif
qui, avec 24 chefs des départements, joue le rôle
de gouvernement.) Elle se tiendrait en présence des représentants
des deux pays alliés. Assemblée extraordinaire
ou Conférence du RCD? Il faut rappeler que cette lutte
fratricide pour la prise de contrôle du RCD exaspère
les Alliés et pourrait les conduire non pas - comme d'aucuns
pourraient le croire - à abandonner le mouvement rebelle
mais à encourager d'une manière plus volontariste
la montée en puissance d'hommes nouveaux, ayant de l'engagement,
de l'audace et de l'expérience. La formule de "fondateurs"
s'octroyant le droit de vie et de mort sur les autres membres
du Mouvement - et qui n'ont pas plus de mérites que d'autres
- a fait long feu. Dans l'interview qu'il accorde au Soft International
(lire pages 16-20), le Général-Major Paul Kagame
est clair lorsque, pour la toute première fois, il exprime
publiquement son dépit pour "l'absence de leadership
du RCD" qui a échoué dans le travail de mobilisation,
ce qui explique, dit-il, les déboires de la rébellion.
T. MATOTU
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