Le retour des Mobutistes purs et durs

ON savait qu'ils n'étaient pas hommes à jeter aussi facilement l'éponge mais l'attente se faisait un peu longue. Enfin, ils sont là : les vrais, les purs, les durs Mobutistes et fiers de l'être. Ils avaient entrepris un retour à petits pas, interviewes par-ci, lettres confidentielles par-là, vraies fausses attaques armées, etc. Les voici là où ils vont faire le plus mal : les médias. Et un titre, en lui-même, tout un programme : Zaïre - qui dit mieux? mais libre. On ne sait pas très bien qui signe les articles, généralement longs, allure documentaire oblige ! de ce magazine - les noms des signataires sont jusqu'ici inconnus dans la profession. On ne connaît pas plus leur adresse, postale, web ou physique - sauf celle, physique, de l'imprimeur où doit être adressé tout courrier - Nouvelles imprimeries Havaux, rue A. Levêque, 37c, 1400 Nivelles, Belgique. Zaïre libre est donc un journal... virtuel. Pour que Havaux, très connu des milieux congolais, eût accepté de domicilier ce journal, il doit s'être assuré de très sérieuses arrières financières, encore qu'il s'agit d'un titre hard et trop exposé aux actions de gros bras. Le grand titre en "une", en rouge, est d'ailleurs tout un programme : un orang-outang qui rappelle un visage familier... Sur la photo du primate noir (illuminé par trois points : ses deux yeux et la bouche qui paraissent cracher du feu) un titre tout aussi rouge : "le début de la fin de Kabila. Le Président "autoproclamé" retourné dans la brousse avec ses amis." Un autre titre sur la même photo du gorille de montagne : "le pays dépouillé de ses animaux sauvages." Il est vrai qu'un léopard - signe du pouvoir mobutien - illustre en retrait le titre. Juste au dessous, une photo d'un être humain, enfin : Vunduawe Te Pemako - tiens ! tiens! - dans toute sa splendeur, en costume trois pièces, le doigt menaçant en l'air. Le titre est plus complet comme suit : Interview exclusive du professeur Vunduawe Te Pemako : "Nous sommes Zaïrois et non Congolais." Pour que personne n'en ignore rien, Vunduawe Te Pemako est bien en rouge. Sur 8 pages pour un journal qui compte 40 pages, cet homme qui fut plusieurs fois ministre de Mobutu dont à l'Intérieur, éphémère président du MPR-fait privé, puis des FDU (Forces démocratiques unies, dites mouvance présidentielle), directeur de cabinet de Mobutu à son départ en exil, Félix Vunduawe Te Pemako, Docteur en Droit Public de Louvain, est resté égal à lui-même. Il appelle un chat un chat, ce qui le conduit souvent, sous un régime qu'il veut servir, à la porte de la prison. C'est lui, le professeur Vunduawe, l'homme, qui, pour la petite histoire, fit forte impression sur le Président François Mitterrand, au sommet de Port-Louis, à l'île Maurice. C'est lui qui revient et, comme aux plus beaux jours du Mobutisme, professe, doctoral, livre de Droit et, pour cet homme de rigueur scientifique absolue, archives et cartes datant de 1640, à la main. Outre la longue "chronique d'un retour (dans la brousse) annoncé" de Kabila, une autre interview (drôle de rapprochement) du mercenaire français Bob Denard, qui parle de son livre, "Corsaire de la République." Tout ça sur du papier grand luxe plastic auquel recourent les banques ayant fait fortune pour leurs rapports financiers. On oublie un autre titre, "Mobutu toujours vivant", sur une photo du Maréchal dans sa cage dorée en bois sculpté, lors de l'intronisation à N'Sele, souliers en peau de crocodile sur une vraie peau de léopard. On risque d'oublier un autre symbole : le logo Zaïre Libre est imprimé sur rouge-jeune-vert, couleurs du drapeau national zaïrois. Certes, tout un programme. Au prochain numéro.

T. MATOTU