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UNIQUEMENT «LE SOFT».


Le général Jean-Pierre Ondekane, l'ex-ministre de la Défense de la R-dC. Il a soulevé un coin du voile. PHOTO LE SOFT NUMÉRIQUE.

L’armée FARD et la fausse paie

MISE EN LIGNE LE 14 JUIN | LE SOFT INTERNATIONAL | ÉDITION NATIONALE | N°818-1 DATÉ 10 JUIN.
Dans un communiqué du 9 juin dernier, le CIAT, Comité International d'Accompagnement de la Transition «insiste» notamment «particulièrement pour qu'un contrôle efficace, transparent et complet de la chaîne de dépense du gouvernement soit effectivement mis en place».

Le communiqué poursuit: «Il est, en effet, inacceptable que les fonds destinés à rémunérer les enseignants, les fonctionnaires, les policiers et les militaires ne leur parviennent pas parce qu'ils sont détournés par des individus placés dans des positions hiérarchiques élevées».

«À cet égard, ajoute encore le communiqué, le CIAT appuie totalement le programme de réforme du Fonds monétaire international et exige l'amélioration des mesures rigoureuses d'audit et de contrôle interne. Les responsables de détournement et de corruption trahissent leur pays et doivent être poursuivis. Dans cette perspective, le CIAT invite l'Assemblée nationale à exercer activement son contrôle comme elle l'a déjà fait dans le cas de la gestion des entreprises publiques».

Quand sonnera le glas, le monde découvrira une transition dans l’ex-Zaïre pleine de cadavres pieusement conservés dans des placards de Leurs Excellences. En début d’année, à la faveur d’un remaniement très attendu, le très galonné Conseil supérieur de la Défense promettait au bon petit peuple r-dcongolais de commencer à ouvrir certains de ces énormes meubles dont on disait qu’ils dégageaient une très forte odeur des cadavres en putréfaction qui faisaient aboyer des chiens errants. Alors qu’approche à pas de géant la fatidique date du 30 juin, rien n’est venu éclaircir un épais mystère.

Pourtant, rien que dans l’affaire de la fausse paie des militaires des FARDC (Forces armées de la R-dCongo), MONUC et diplomates ont nerveusement déboulé dans l’arène. Sans résultat. «Le Soft» est, aujourd’hui, en mesure d’en soulever un coin du voile.

Rien que dans les garnisons de la Capitale, en deux ans au moins, 58.000 salaires ont été régulièrement payés. Le comptage, ordonné plus tard, n’a fait état que de 28.000 soldats. Soit 30.000 salaires fictifs. À Kindu, dans le Maniema, 11.000 soldats ont été régulièrement versés. En réalité, la troupe n’était forte que de 4.000 hommes. 7.000 faux soldats ont donc été payés, deux ans durant.

Dans la Fonction publique, on est pas logé à meilleure enseigne. Les différents ministres ont déclaré et continué à déclarer 170.000 fonctionnaires et agents de l’État! Des Sudafs n’en ont pas dénombré plus de 107.000! Soit 63.000 fonctionnaires et agents fictifs!

Où sont partis ces salaires, deux ans durant voire plus, versés par le Trésor public et perçus par des comptables de l’État? On en devine la reponse...

Uniquement «le Soft».


ENQUÊTE.
Il n’y a rien de changé… Le constat, tragique, est des Belges. Las de jouer les pères protecteurs, Louis Michel a craqué.

Lors de son tout récent voyage à Kinshasa, l’ex-ministre belge des Affaires étrangères, actuel commissaire européen en charge du Développement international, a donc craché sa vérité.

Expliquant à force mains, et devant l’autre Européen, l’Espagnol Javier Solana, le «Monsieur Diplomatie» de l’Union Européenne, ce qui se passe quand un commandant militaire ex-zaïrois reçoit la cargaison d’argent, il dit: «D’abord, il met la caisse entre ses jambes, engouffre liasse après liasse dans les différentes poches de son treillis; s’il en reste encore, il les planque dans ses chaussettes, dans ses chaussures, et même, à l’endroit où, généralement, il camouffle la baïonnette mettant celle-ci à nu. C’est quand il est assez chargé sur son corps qu’il cède la place à son adjoint. Celui-ci procède de la même manière. Ainsi de suite...»


ON EN SAIT PLUS.
Et le Belge de hurler, de sa voie rocailleuse: «quoi donc qui a changé? Rien! Rien!» («Le Soft», n°718, daté 6 juin 2005).

Désormais, on en sait plus sur ces 10 millions de dollars (8 millions de solde et 2 millions de fonds de ménage) qui disparaissaient chaque mois entre le ministère de la Défense et l’état-major général des FARDC (Forces armées de la R-dCongo) et à propos desquels MONUC et diplomates accrédités dans la Capitale ont donné de la voix. Rien que dans les garnisons de Kinshasa, en deux ans au moins, 58.000 salaires ont été régulièrement payés.

Le comptage, ordonné plus tard, n’a fait état que de 28.000 soldats! Soit 30.000 salaires ont été détournés, mensuellement, depuis deux ans. Faites les sommations: une rondelette somme d’argent...

À Kindu, capitale de la province du Maniema, Ministère du Budget, celui des Finances et le Trésor public ont régulièrement payé 11.000 soldats. En réalité, la troupe n’était forte que de 4.000 hommes. 7.000 faux soldats ont donc été payés, deux ans durant. Faites les sommations: une rondelette somme d’argent...

Last but not least, à la Fonction publique, les différents ministres ont déclaré et continué de déclarer 170.000 fonctionnaires et agents de l’État! Après vérification des effectifs opérée par des experts Sudafs, on a effacé des listes 63.000 fonctionnaires. Ceux-ci n’ont existé ni hier, ni aujourd’hui!

«Des millions d’hectolitres de fuel partis en fumée pour des vols d’avions bidons; des aéronefs affrétés et payés rubis sur l’ongle faisant semblant de transporter des vivres pour des contingents armés au front des Kivu alors qu’il ne se serait agi que du transport d’un ou deux sacs de riz et de haricots payés, des factures faisant foi, cinq fois le prix à Kinshasa là où une bonne gestion aurait permis une acquisition de ces vivres à Goma où les prix sont plus abordables; des tonnes d’eau minérale et des milliards de kilomètres de papier hygiénique acquis pour le compte de l’armée pendant que cette même armée n’est guère habillée. Dans ce marché des approvisionnements trônait un Libanais du nom d’Ibrahim de la société Sofinex, mais un homme d’affaires r-dcongolais, du nom de Ledia, y trouverait largement ses parts. Dossier dévastateur», écrivait, en accroche, «le Soft» (éd. internationale n°812, daté 21 février 2005).


ON PUISE A PLEINES MAINS.
Aujourd’hui, tout le monde accuse. Rien n’a changé. Les mêmes hommes ont pu s’adapter. Libanais et le R-dcongolais Ledia continuent à servir l’armée, au ministère de la Défense. Pieusement.

La différence est que les millions ont changé de poche.

Un galonné se confie au «Soft»: «Ondekane avait au moins la réputation d’être moins rapace et d’avoir... quelques états d’âme. Contrairement à son style de vie, c’est un homme qui prie. Désormais, ce n’est plus le cas. On puise à pleines mains. Ainsi, les 2 millions de dollars mensuels destinés au fameux fonds de ménage ont été autrement fractionnés. Les deux tiers restent au Ministère qui se charge lui-même de les faire parvenir directement auprès des commandants de région. Allez savoir si l’intention déclarée est réalité!»

Dans une interview au «Soft», le général Jean-Pierre Ondekane Inkala avouait notamment le fait que des commandants aient délibérément gonflé les effectifs de l’armée.

«Au départ, il y avait 274.000 éléments, toutes composantes réunies. Le Gouvernement avait quelque 170.000 hommes, le RCD 46.000, et le MLC 20.000. Si on y ajoute les entités RCD/KisML, RCD-N, on arrive à 274.000 hommes».

Puis, «nous sommes passés de 274.000 à 304.000, puis à 344.000. Nous avons incorporé les effectifs du secrétariat général, puis des effectifs des Maï-Maï de Kisangani, Bunyakiri, Katanga, etc., soit, quelque 22.000. Le général Sylvain Buki et d’autres sont là. Ils peuvent témoigner. Demandez-leur pourquoi ils nous ont envoyé ces effectifs. Cela nous a créé un problème. J’ai même refusé de transmettre ces listes au ministère du Budget. Je me rappelle avoir eu des séances de travail houleuses avec le ministre du Budget François Mwamba».


INSOLENT TRAIN DE VIE.
«Moi, je ne peux pas fabriquer des effectifs qui sont déclarés par l’État-major général et le secrétariat général qui gèrent les hommes. Pour que le ministre soit au courant des effectifs réels, il doit imposer un contrôle. J’ai initié un projet de décret approuvé par le Gouvernement. Le chef de l’État a signé le décret instituant une Commission de contrôle de contrôle des effectifs militaires. Mais le Gouvernement n’a jamais donné un dollar pour mettre à l’œuvre la Commission restée lettre morte jusqu’à ce jour».

Puis d’ajouter: «Quand l’affaire des fictifs a bardé, j’ai soutenu le dossier au Conseil supérieur de la Défense. Mais l’argent a continué à sortir. Sur quelle base, j’aurais pu soustraire des effectifs dûment déclarés sans un contrôle préalable? Les entités et les composantes étaient souveraines. L’Accord global et inclusif dit que la nouvelle armée sera formée d’éléments issus des composantes et entités. Les gens étaient orgueilleux au début. Ils voulaient montrer qu’ils géraient des grandes armées et déclaraient des effectifs que nous devrions considérer comme tels».

On comprend mieux le grand train de vie que mènent galonnés et différents ministres de la Défense.

Sous prétexte de représenter «le Congo de demain», des rapaces sortis de nulle part, sans référence, trônent aujourd’hui au sein des Institutions et des organes de l’État où ils opèrent des investissements immobiliers financés par des hommes d’affaires fournisseurs du ministère…

De rutilants véhicules tout terrain débarquent à Kinshasa par avion avant que d’autres n’embarquent pour l’arrière-pays dans des projets familiaux. Des bureaux sont réfectionnés sans raison sauf que le prédécesseur aurait dû mieux les décorer… Le grand paraître est désormais la seule justification d’un poste ministériel…

Quand le Belge Karel De Gucht parle de la R-Congo comme d’un «État sans» ou d’un État raté...», on y trouve là toute la fondation.

Louis Michel a préconisé de «privatiser la paie de l’armée» en en confiant la charge à une entreprise privée. Pourvu que celle-ci la reçoive directement de l’étranger. Car il y a toujours un péage...

ALUNGA MBUWA.
lesoftonline.net 14/06/2005

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