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ARMÉE ET CORRUPTION.


Jean-Pierre Ondekane Inkale: «Je sais comment et pourquoi j’ai été chassé de l’armée». PHOTO LE SOFT NUMÉRIQUE.

Détournements au sein de l’armée: le général Ondekane reconnaît l’existence de contingents fictifs payés par le Trésor

MISE EN LIGNE LE 31 MARS 2005 | LE SOFT INTERNATIONAL N°814 | DATÉ 31 MARS 2005.
Le général de Division Jean-Pierre Ondekane Inkale, jusqu’il y a peu ministre de la Défense, de la Démobilisation et des Anciens combattants de la R-dCongo reconnaît l’existence des effectifs fictifs au sein de l’armée, les détournements systématiques opérés par des officiers sur des fonds affectés au paiement de la solde des militaires et à la logistique mais se déclare «blanc comme neige». Dans une interview exclusive au «Soft International» (édition 814, datée 31 mars 2005), cet homme, ancien chef militaire de l’armée rebelle du RCD-Goma, reconnaît avoir bénéficié de certaines faveurs matérielles du défunt président Laurent-Désiré Kabila contre qui il prendra les armes plus tard.

Lors de la bataille de Kanyabayonga qui a vu la victoire d’un contingent armé rwandophone congolais du Nord-Kivu prendre le dessus sur l’armée gouvernementale venue de Kinshasa, Ondekane Inkale dit avoir vu un pont financier être érigé au-dessus de sa tête et n’avoir vu passer aucun dollar, cette opération dépendant des seuls ministres du Budget, le MLC François Mwamba et des Finances, le PPRD André Futa.

Une interview qui met à nu les problèmes de l’armée et de la sécurité de l’ex-Zaïre.

Combien d’effectifs l’armée compte-elle?
Au départ, il y avait 274.000 éléments, toutes composantes réunies. Il y avait trois composantes disposant des armées. Le Gouvernement avait quelque 170.000 hommes, le RCD 46.000, et le MLC 20.000. Si on y ajoute les entités RCD/KisML, RCD-N, on arrive à 274.000 hommes.


Pourtant, sur la paie, il y a 344.000 soldats?
Ce nombre est arrivé quand nous avons incorporé les effectifs du secrétariat général. Début 2004, on nous a transmis les effectifs des Maï-Maï de Kisangani, Bunyakiri, Katanga, etc., soit, quelque 22.000. Le général Sylvain Buki et d’autres sont là. Ils peuvent témoigner. Demandez-leur pourquoi ils nous ont envoyé ces effectifs. Cela nous a créé un problème. J’ai même refusé de transmettre ces listes au ministère du Budget. Je me rappelle avoir eu des séances de travail houleuses avec le ministre du Budget François Mwamba. Ainsi, nous sommes passés de 274.000 à 304.000, puis à 344.000.
Moi, je ne peux pas fabriquer des effectifs qui sont déclarés par l’État-major général et le secrétariat général qui gèrent les hommes. Pour que le ministre soit au courant des effectifs réels, il doit imposer un contrôle. J’ai initié un projet de décret approuvé par le Gouvernement. Le chef de l’État a signé le décret instituant une Commission de contrôle de contrôle des effectifs militaires. Mais le Gouvernement n’a jamais donné un dollar pour mettre à l’œuvre la Commission restée lettre morte jusqu’à ce jour. Le général Olengha est là. Il a fait son état des besoins et je suis allé plusieurs fois au Gouvernement réclamer les fonds. Mon collègue des Finances Philippe Futa m’a promis qu’à son retour d’un voyage aux États-Unis, il décaisserait les crédits. Peine perdue.


De combien d’argent votre Commission avait-elle besoin pour se mettre au travail?
De plusieurs centaines de milliers de dollars. Quand l’affaire des fictifs a bardé, j’ai soutenu le dossier au Conseil supérieur de la Défense. Tous savaient que le ministre de la Défense réclamait des fonds pour que la Commission travaille. J’avais ce souci parce que je ne voulais pas avoir une armée fantôme: celle qui aurait sur papier autant d’effectifs alors que la réalité sur le terrain serait autre.


La solde, elle, a continué à être débloquée…
L’argent a continué à sortir. Sur quelle base, j’aurais pu soustraire des effectifs dûment déclarés sans un contrôle préalable? Les entités et les composantes étaient souveraines. L’Accord global et inclusif dit que la nouvelle armée sera formée d’éléments issus des composantes et entités. Les gens étaient orgueilleux au début. Ils voulaient montrer qu’ils géraient des grandes armées et déclaraient des effectifs que nous devrions considérer comme tels.
Je dois dire que la solde que l’on donne aux militaires est insignifiante. Lorsque l’AFDL est arrivée au pouvoir, elle a refusé de reconnaître les grades. Tout le monde était appelé commandant. Combien touche aujourd’hui un commandant? 5.150 FC. Soit moins de 10 dollars? Un général de division comme moi touche 22.000 FC, moins de 50 dollars. Quand vous prenez tous ces effectifs, le montant est autour de 2 milliards de FC. Quant aux fonds dits de ménage qui sont de l’ordre de 2 millions de dollars/mois, je dois dire qu’ils n’arrivent même pas chez le ministre. Mon successeur s’est découragé en voyant comment cet argent est géré. Le ministère de la Défense ne reçoit que 47.000 dollars pour ses unités rattachées. Et, il les répartit à raison de 5 dollars/personne sur la base des effectifs qu’on lui a transmis. Vous pouvez vérifier, les documents sont là.


C’est l’État-major général qui roule…?
Il s’est tapé ce droit de garder des fictifs qu’il n’a jamais déclarés pour rester peut-être avec cet argent. Lorsque nous avons fait pression, chaque commandant a fini par déclarer ses fictifs. Pourquoi ne l’avaient-ils pas fait auparavant? Peut-être attendaient-ils le passage de la Commission pour des arrangements éventuels. Mais c’était mal connaître Olengha qui n’est pas un général qu’on pourrait facilement manipuler.
Il faut souligner que les composantes et les entités avaient communiqué les effectifs sur base des renseignements des commandants en chef des armées. Or, vous savez que ces commandants vivaient de ça parce qu’il n’y avait pas de frais de fonctionnement, ni de frais funéraires, encore moins de frais de transport. Il y a beaucoup de frais qui manquent au sein de notre armée. Lorsqu’il y a eu pression, et qu’ils ont su que la Commission allait enquêter, ils ont commencé à nous envoyer des documents où ils déclaraient les éléments fictifs. Par quel miracle le ministre aurait pu savoir combien de Maï-Maï fictifs il y avait à Bunyakiri?


L’armée ne pose-t-elle pas problème?
Oui mais les raisons sont multiples. Il ne faut pas seulement y voir le commandement de l’armée, il faut aussi prendre en compte les moyens que le Gouvernement met à la disposition de l’armée. Les normes militaires sont-elles respectées?


Si on détourne 1,7 million de dollars/mois, cet argent aurait pu servir ailleurs?
Tout à fait. Mais si on payait bien ces militaires, si on donnait correctement les fonds de commandement, je crois qu’ils auraient peur de garder des fictifs et continuer à se payer sur les effectifs. Il y a beaucoup de raisons qui font que les choses deviennent bizarres. Moi, j’ai plaidé pour que bien de choses changent. J’ai même préparé un nouveau barème de salaires.


Êtes-vous au courant de 500.000 dollars volatilisés à Goma…
Vous parlez du général Obed?


On n’est pas au courant...
Vous parlez de Mufu? Mais même Obed a détourné de l’argent. Obed prétendait qu’il ne recevait rien du ministère de la Défense et de l’État-major général. Quand nous avons vérifié, la Banque Centrale nous a renvoyé les documents des fonds qui arrivaient à Goma. Obed ne payait pas et ceci a créé un problème. Toutes les autorités savent. Il n’y a pas que Mufu, il y a aussi Obed qui a chipoté sur l’argent des militaires. Il n’a jamais subi des sanctions.


Vous disiez hors micro que l’on ne soigne souvent que la fièvre, non la maladie...
Oui, l’on veut soigner la fièvre, on ignore les microbes. En refusant de les détruire, on n’avance pas.


C’est quoi les microbes?
C’est d’abord ce qui manque à l’armée: l’organisation, la gestion, la politique de Défense, etc. Il y a manque de moyens conséquents pour soutenir une armée nationale. Il n’y a pas que les fonds de ménage, c’est-à-dire la nourriture, la cuisine collective des militaires, dont l’armée a besoin. Il y a les frais funéraires, les frais de logement, d’entretien des véhicules, les frais de mission, les frais de transport, etc.
Donc il y a beaucoup d’autres frais qui ne sont pas couverts par les fonds que l’on donne aujourd’hui à nos commandants. Alors, comme ces fonds sont totalement ignorés, que reste-t-il? L’armée coûte cher mais c’est vrai, ce n’est pas pour autant que les commandants doivent se permettre de prendre ce qui est destiné aux militaires pour leurs besoins propres. Le problème c’est le Gouvernement qui ne nous a pas beaucoup aidés. Le Gouvernement a énormément de faiblesses.


Mais le Gouvernement c’est vous!…
Je le dis en âme et conscience. On a passé trop de mois sans déployer la Brigade de l’Ituri, tout simplement parce que la formation n’était pas encore terminée. On ne donne rien à l’armée mais, en même temps, on donne beaucoup d’argent pour arrêter les érosions.
On néglige l’objectif principal qui consiste à former la nouvelle armée afin de créer les conditions optimales de sécurité dans le pays et permettre la tenue d’élections normales. Ce sont des choses que nous devons dire tout haut. Si, moi, je ne l’ai pas dit à ce moment-là, et même si je ne dois pas le dire aujourd’hui, je le dis quand même parce qu’il y a trop de négligences.


Dans certaines conditions, ne peut-on envisager de se passer de l’armée? Le pays a-t-il besoin d’une armée qui pose problème?
Franchement, si vous le faites, vous allez disparaître comme pays. Vous n’aurez pas un pays.
D’autres pays et d’autres armées vous envahiraient et vous allez fuir ce pays. Un pays sans armée c’est comme un corps sans vie. On ne peut pas se passer de l’armée parce qu’elle est la colonne vertébrale d’une nation. Le Congo est un pays riche. S’il néglige l’armée, je ne vois pas comment il protégerait toutes ces richesses, et sa population.


Un pays ne pourrait-il pas être plus réaliste, envisager, par exemple, dans l’intervalle, une forme autre de défense, passer des accords de paix, réduire l’importance en nombre de l’armée? Il existe des cas dans l’histoire...
Le Congo est un pays souverain. Il doit avoir son armée pour sa protection.


L’armée s’est-elle jamais battue?
L’armée de Mobutu a fait preuve de ce qu’elle pouvait faire à l’époque où elle était bien soignée, bien entraînée et bien formée. La 31ème Brigade a fait des exploits au Tchad, c’est connu. Ce fut une armée forte. Voyez la Guerre des 80 jours, la Guerre de Moba, etc. Alors, pourquoi l’armée a-t-elle déposé les armes?
C’est parce qu’il y a eu tout ce que je viens d’évoquer dont les politiciens ne s’occupent pas. Ils abandonnent le ministère de la Défense dans la rue. L’armée ne pose pas problème. Ce sont les politiques qui posent problème. Ils commencent même à instrumentaliser l’armée pour leurs intérêts politiques. Imaginez un camp militaire comme Kokolo où vous trouvez huit familles dans une même maison. Ces familles n’ont ni logement, ni à manger. Est-ce qu’un militaire peut vivre avec 5 dollars par mois?


Comment vivent-ils?
Difficilement. C’est pourquoi vous les voyez dans la rue. Je vous dis qu’il faut d’abord résoudre ce problème - tuer ces microbes.


Les microbes, selon vous, c’est le défaut de l’argent. N’est-ce pas au contraire un état d’esprit? Ne faut-il pas commencer par changer cet état d’esprit plutôt que de déverser des millions sur l’armée qui vont finalement être détournés par des généraux? Une révolution a eu lieu dans ce pays, des généraux nouveaux arrivent, mais ce sont des hommes corrompus! Y a-t-il pas problème?
Les nouveaux généraux sont corrompus! C’est vous qui le dites. Vous n’avez pas de preuves qu’ils sont corrompus...


Les détournements dont vous parlez, ce sont des généraux. Après la MONUC, l’ambassadeur de France à Kinshasa dénonce les 8 millions de dollars/mois détournés. Ne prenez-vous pas cela au sérieux?
Il y a un problème d’impunité au sein de l’armée…


Problème d’état d’esprit?
L’état d’esprit, vous avez raison…


Ce n’est pas de l’argent qu’il faudrait, des milliards à déverser tant qu’on n’a pas réglé le problème à la racine? On est d’accord?
Il ne faut pas venir avec des milliards sans soigner ceux qui vont gérer ces milliards. Il faut soigner d’abord ceux qui gèrent ces milliards. Pouvez-vous vous imaginer qu’on a nommé des généraux, des commandants de région et, jusqu’aujourd’hui, on n’a jamais acheté un seul véhicule pour ces commandants? Ils sont à pied, ils se débrouillent…
À part dans ce pays, avez-vous déjà vu un général à pied? Un général qui transpire dans la rue parce qu’il n’a pas de véhicule et marche à pied! Nous avons posé ce problème, transmis des dossiers au niveau du Conseil supérieur de la Défense, du ministère du Budget… On a refusé d’acheter les véhicules. Mettez-vous à la place de cet homme qui a juré de donner sa vie jusqu’au sacrifice suprême…
Vous lui payez moins de 50 dollars, il a des enfants. Comment va-t-il vivre? C’est ça le vrai microbe. Donc l’état d’esprit c’est d’être d’abord en mesure de donner à manger à son chien pour qu’il soit calme à la maison. Il ne va pas chercher à aller mordre les gens dans la rue parce qu’il n’a pas mangé.


Sauf si c’est un chien fou… Vous avez beau lui donner à manger, il ira mordre les gens !
Je ne veux pas donner l’impression de m’en prendre farouchement aux officieux malgré leurs défauts. Chacun de nous a ses défauts. Je sais qu’il y a des mauvais parmi nous, mais on ne peut pas - dire que tous les généraux volent. D’ailleurs, ce n’est pas une affaire qui se passe seulement dans la ville de Kinshasa ou au niveau de l’État-major général que je ne veux pas défendre. Mais lorsqu’on a demandé les éléments fictifs, ce sont les commandants des unités qui ont envoyé ces effectifs fictifs, c’est eux qui gèrent ces effectifs fictifs.
C’est toute l’armée aujourd’hui qui est atteinte par ce problème. Il n’y a pas de sérieux dans ce que nous faisons. Nous montons une grande armée sans mettre des moyens conséquents pour la supporter. Je vous ai dit qu’une armée coûte cher. Savez-vous qu’un caporal, un sergent du pays d’en face touche plus qu’un général de division comme moi.


Il y a là une direction assurée, un État!
Je ne veux pas critiquer les gens mais beaucoup de personnes l’ont dit. Moi, je ne veux pas me prononcer sur cela. Je parle des officiers et de l’armée. Je vous ai dit le montant alloué au ministère de la Défense, les fameux fonds de ménage qu’on a consentis après beaucoup de discussions ne couvrent même pas toute l’étendue de la République, mais seulement la ville de Kinshasa.


Kanyabayonga! L’armée a perdu la guerre là-bas!
Croyez-vous qu’on puisse faire la guerre sans moyens? Moi, j’ai fait la guerre. Quand vous envoyez des unités sans moyens de communication mais les hommes peuvent s’entretuer entre eux! Ils sont allés là-bas, mais comment? Quand je disais qu’il ne faut pas envoyer précipitamment les troupes, qu’il fallait préparer les hommes, trouver la solution à l’amiable au lieu d’engager les hostilités - je savais qu’il n’y avait pas de moyens suffisants.
Mais personne ne m’a écouté. Les hommes n’étaient pas prêts à faire la guerre, les moyens étaient insuffisants. Même un commandant de compagnie face à l’ennemi n’a pas de munitions suffisantes pour contrer l’ennemi qui veut avancer vers lui, il n’a pas de moyens de communication pour être en contact avec celui qui est à sa droite ou à sa gauche.


Vous êtes ministre de la Défense quand Kanyabayonga s’engage!
Vous voulez dire que je ne faisais rien?


Vous avez laissé partir les hommes...
La décision de faire la guerre ne dépend pas du ministre. Ce n’est pas dans les attributions du ministre de déclarer la guerre. Il n’est pas compétent de mouvementer les hommes sur le terrain. Il s’occupe de la mise en condition des unités, ce qui m’a même été privé pendant cette période là.


Les 8 millions de dollars, les avez-vous venir ou pas?
C’est un rêve, je n’ai pas vu ça et je ne peux pas dire des choses que je ne connais pas. Même les 13 millions de la guerre de Kanyabayonga que l’on chante chaque jour à la radio et à la télévision, je n’ai pas vu ça. Ce n’est pas passé par le ministère de la Défense.


Les guerres de Bukavu et de Kanyabayonga, qu’est-ce que vous en dites?
Bukavu a été pour moi une réussite, on ne peut pas dire qu’on a échoué. À Kanyabayongo, les gens sont allés vite en besogne. Quand on prépare une guerre, il faut tout mettre en place avant de déployer les hommes. C’est la vie des hommes qui doit être protégée dans tout ce que nous faisons. Au plan financier, dans cette guerre, un pont a été érigé au-dessus de ma tête.


Vous êtes blanc comme neige?
Blanc comme neige. Dieu me voit. Demandez aux gens de la Commission érigée au ministère de la Défense...


Êtes-vous prêt à déposer devant n’importe quelle Commission en clamant votre innocence?
Prêt et devant n’importe quelle Commission. D’ailleurs, je ne suis pas concerné et la Commission ne m’a jamais convoqué. Elle a vu, sur les documents financiers qui permettent de suivre les comptes, que je ne suis nulle part concerné par ces détournements.


Donc on ne vous a jamais interrogé, même pas en Commission de Chambre?
La Commission parlementaire n’est même pas encore saisie puisque la question est encore au niveau du Conseil supérieur de la Défense.


Même à l’époque de la grande corruption de six ministres, n’avez-vous jamais été entendu par Bakandeja?
Je ne suis ni ministre de l’Énergie, ni du Portefeuille. Je constate que les gens tiennent à salir politiquement les autres même s’ils n’ont rien trouvé de mal. Ils ont le souci permanent de détruire. D’autres vont jusqu’à penser à l’élimination physique d’adversaires politiques...


Vous dites que vous recevez un salaire de 22.000 FC…
Je ne reçois pas cet argent. Depuis je suis à Kinshasa, je n’ai jamais reçu un salaire de militaire.


Comment vivez-vous?
On m’a payé mon décompte final. 21.000 dollars payés en francs congolais, avec des liasses incomplètes. Nous avons fait des réclamations et nous attendons. Mais avant de venir à Kinshasa, j’étais un chef rebelle, avec des responsabilités, et je touchais de l’argent! J’ai été 1er Vice-président du RCD, chef du Haut commandement militaire, chef d’état-major général. Aujourd’hui, pensez-vous que le peu d’argent que je peux avoir pour nourrir mes enfants doit nécessairement venir de ce Gouvernement?


Avez-vous eu de l’argent pendant la rébellion?
J’ai assumé des fonctions dans ce pays, j’ai été commandant de la 10ème Brigade sous Mzee…


Donc, vous avez mis de côté un pactole?
Je ne bois pas, je ne fume pas. Vous ne me voyez pas dans les restaurants chaque jour…


Vous menez grand train de vie!
Quel train de vie? Qui n’aime pas la vie dans ce monde?


Peut-on dire que ce sont vos biens immobiliers de l’époque qui vous font vivre aujourd’hui?
C’est trop dire. Je vais dire qu’au ministère de la Défense, j’ai effectué beaucoup de missions. Quand j’étais commandant de brigade, j’ai reçu des dons de mon chef commandant suprême de l’époque, Mzee Kabila. Il m’a acheté une voiture, la Toyota Land Cruiser enviée par tous les officiers. Il m’a fait ce don parce que j’étais un brave officier qui faisait la guerre. J’ai amené ici une cassette pour montrer les hommes capturés à Beni et Butembo. J’ai eu des cadeaux du président de la République. J’ai érigé une zone tampon pour empêcher les Interahamwe d’entrer au Rwanda, j’ai nettoyé Masisi, Rutshuru jusqu’à amener les hommes au-delà de Walikale. Il m’a félicité parce que je travaillais bien.
Aujourd’hui, l’on voit des gens émerger, devenir ministre depuis le néant. Dans ce pays, il y a des gens qui ont gravi les échelons normalement et, moi, j’ai occupé des fonctions. Donc, pendant tout ce temps, un homme intelligent ne peut-il rien épargner? Vivait-il comme un animal? Que voulez-vous? Me voir marcher à pied, quémander de la nourriture… Quand je suis venu à Kinshasa, un ami m’a offert une grande Jeep neuve sortie de chez AFRIMA après qu’il m’ait vu à bord d’une Mercedes de mon frère.


Vous gardez votre escorte armée!
Oui, je suis général de brigade nommé. C’est l’armée qui met cette escorte à ma disposition.


Vous êtes le seul général du RCD dont le grade a été reconnu par le Président!
Pas du tout. Malick n’est-il pas général du RCD? Et Buki? Et Bob Ngoyi? Eux, ont été nommés dès le départ parce qu’ils étaient désignés à des postes militaires. Moi, j’étais ministre et on attendait que la commission puisse siéger pour reconnaître les grades de tous.


N’avez-vous pas négocié votre nomination?
Pas du tout. Je suis le n°1 de l’armée du RCD. Si vous regardez dans le décret qu’Onusumba a signé du temps où il était président du RCD, c’est le nom de Ondekane, général de division qui vient en tête, suivi du général de Division Sylvain Buki, etc. J’ai donc, depuis, été nommé par mon parti.


Pas Onusumba?
Onusumba a été nommé en dehors de la structure militaire. C’est un grade politique qu’on lui a octroyé. On avait convoqué le secrétaire général et d’autres responsables politiques pour lui donner le grade de général. S’il n’a pas été reconnu à ce moment-là, c’est parce que son nom ne figurait pas sur l’OG qu’il avait lui-même signé. Sa nomination a été prise en dehors de celle générale de l’armée. J’ai appris qu’on m’impute cette responsabilité...
La commission avait des critères pour reconnaître les grades. Il fallait notamment figurer sur la liste signée par le responsable de la composante. Onusumba, lui-même, a signé un OG. Il a oublié de mettre son propre nom. Qu’est-ce que moi j’ai à voir dans cette affaire?


Comment aimez-vous être appelé: ministre, général Ondekane?
Appelez-moi général de Division, je suerai très content. Même ceux qui sont ministres vont quitter le Gouvernement. Moi, je mourrai avec ce titre de Général.


Donc vous êtes soldat?
Je suis soldat.


Pas politique?
Nous sommes dans un contexte exceptionnel, ne l’oublions pas. Je suis signataire de beaucoup d’accords, j’ai été ministre. J’ai signé l’Accord de Lusaka, le Mémorandum militaire, la Constitution et les principes fondamentaux. Je ne suis pas un militaire ordinaire.


Politique ou apolitique?
Quand la transition se terminera, il n’y aura plus de période exceptionnelle où les généraux seront désignés par les Vice-présidents.


Comment vous voyez-vous à la fin de la transition? Politique ou militaire?
L’avenir nous le dira.


N’avez-vous pas encore décidé?
Pas encore.


Irez-vous aux élections?
Pas du tout. Je peux recommander quelqu’un d’autre. Je ne me prononce pas encore, j’observe la situation. La Bible dit: dans d’autres situations, les sages se taisent. On m’a chassé du Gouvernement de la manière que tout le monde sait. On sait qui a demandé mon départ, c’est connu. On me l’a rapporté et c’est tout ce que je sais. Pour faire partir un ministre du Gouvernement, la Constitution est claire: détournement des deniers publics, corruption, incompétence, etc.


Ou ne pas plaire à un chef, le chef de composante. C’est une raison, non?
C’est une raison politique - tout à fait. Et vous avez raison.

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