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 Le général Jean-Pierre Ondekane s'est vu retirer son mandat à la Commission de suivi pour «déviationnisme.»
La transition sera un exercice épuisant et périlleux pour ses animateurs
Kinshasa, Bruxelles, Kigali, Goma, 22 juil, Afp, lesoftonline.net
Le président Joseph Kabila avait tort en affirmant le 30 juin dernier à Mbandaka, province de l’Équateur, que «les concepts de composantes et entités ayant prévalu lors du Dialogue inter-congolais étaient dépassés.» Ces concepts n’ont jamais été aussi forts que désormais. Lors de l’annonce par décret de la nomination des quatre Vice-présidents, des 35 ministres et 25 vice-ministres, le jeune chef de l’État avait déclaré : «Puisque nous entamons la transition, ces étiquettes qui induisent des attitudes d'exclusion, doivent disparaître».
Sauf vœux pieux, le jeune président sait désormais que jamais les nouveaux dirigeants n’auront été aussi amarrés à leurs composantes et entités d'origine que maintenant. Il a donc fait une fausse analyse.
Un impôt de 20 pc.
Nombre de composantes ont fait signer un acte d'engagement à leurs «heureux promus» avant d’accepter de leur confier un mandat. Il s’agit d’une sorte de document de conformité. Un ministre, député, sénateur, officier de l’armée, demain un p-dg ou un ambassadeur arrivé à cette fonction dans le cadre du «partage horizontal et vertical du pouvoir», appartient d’abord à son ex-rébellion ou son ex-mouvement à qui il doit allégeance et doit le confirmer chaque jour davantage. D’où le refus logique de prêter serment - encore moins de «loyauté» - devant le chef de l’État. Si d’aventure, le dirigeant vient à faillir au principe d’«honorabilité», en réalité de conformité, il se verra d’office signifier le retrait de son mandat et remplacer par un autre.
D’autres mouvements ont poussé plus loin le bouchon dans cet «acte d’engagement» puisqu’ils ont imposé un impôt à leurs membres. Chacun d’eux doit verser 20 pc de ses émoluments à son ex-rébellion aussi longtemps qu’il exercera le mandat. Soit jusqu’aux élections dans deux ou trois ans. L’argent appelé à engranger les comptes des ex-rébellions désormais transformées en partis politiques, doit logiquement servir à financer l’ancien mouvement armé et à financer la campagne électorale, but ultime de la transition.
Professeur de droit constitutionnel à l’Université de Kinshasa, Célestin Kabuya Lumuna Sando a raison quand il affirme à l’AFP, que «les acteurs de la transition n'existent que par l'étiquette de la composante ou entité qui les a désignés au poste qu'ils occupent» et qu’ils sont «prisonniers» de l'appartenance à leurs ex-rébellions ou mouvements. Les concepts de «composantes» et «entités» utilisés dans le cadre du DIC, le Dialogue inter-congolais, que le président Joseph Kabila a jugé dépassés, sont au contraire déterminants. Chef de l’État, garant de la Nation de droit ou de facto, magistrat suprême, Joseph Kabila aurait dû négocier - et aurait eu raison - des rectificatifs démocratiques nécessaires et utiles. Il n’a rien fait. Fortement, iI a contribué à ériger un «régime de composantes» - le régime de partis ingouvernable du type de la IVème République française - et a rendu hautement vulnérables les animateurs des nouvelles institutions en renvoyant aux calendes grecques la réconciliation nationale.
La Constitution de la transition, adoptée par les 350 délégués du Dialogue et promulguée le 5 avril 2003, stipule que les «portefeuilles ministériels sont répartis entre composantes et entités du DIC». Portent le qualificatif de «composantes» l'ex-gouvernement, le RCD, Rassemblement congolais pour la démocratie, le MLC, Mouvement de Libération du Congo, l'opposition politique et les forces vives (société civile), tandis que les «entités» regroupent le RCD-Kis-ML, Rassemblement congolais pour la démocratie - Kisangani -Mouvement de Libération, le RCD-N, Rassemblement congolais pour la démocratie-National et les milices Maï-Maï.
Dans chacune de ces composantes et entités, des hommes et des femmes, clairement identifiés, ont mené pendant presque deux ans négociations, rencontres, travaux en commission pour faire aboutir le processus de paix et contribuer à la mise en place des institutions de la transition.
«Mais, n'ayant pas été élus, ils n'existent, dans le schéma des institutions que par leur appartenance à tel ou tel mouvement», explique Kabuya. Position aléatoire qui ne les protège ni des «révolutions internes» ni de «disgrâces» décidées par un chef tout puissant - c’est le cas du MLC, par un regroupement de barons - c’est le cas du collège des fondateurs du RCD, et parfois par le parrain, étranger ou national.
Ainsi, Jean-Pierre Bemba a le droit de vie et de mort sur ses «hommes». Il a imposé un ministre du MLC, Roger Nimy, au RCD-National de Roger Lumbala, son appendice. Dans l’affaire de la grève de serment, il a désavoué ses Hauts représentants à la Commission de suivi, Me Alexis Thambwe Mwamba et Olivier Kamitatu Etsu, le premier est ministre du Plan, le second président de l’Assemblée nationale. Furieux, les deux hommes ont présenté leur démission. Si, cette fois, Jean-Pierre Bemba a refusé cette démission, rien n’indique qu’il lui réservera le même accueil la prochaine fois, estiment les observateurs. Ce désaveu a sonné comme un coup de semonce et a fortement fragilisé ces deux barons du MLC.
C'est le cas de l'ex-président du RCD, Adolphe Onusumba Yemba, qui pouvait prétendre à l'une des quatre vice-présidences de la République ou à un portefeuille ministériel plus valorisant, qui a été «débarqué» à la toute dernière minute par ses pairs du collège des fondateurs et remplacé à la tête de l'ex-rébellion par le secrétaire général Azarias Ruberwa Manywa, pour ne se retrouver que comme 2ème Vice-président de l'Assemblée nationale. Soit, rien !
Les deux Hauts représentants du RCD, le général de division Jean-Pierre Ondekane et le ministre du Portefeuille Joseph Mudumbi ont, dans les mêmes conditions, été «rappelés» de la Commission de suivi et remplacés, sans ménagement, par Moïse Nyarugabo et Jean-Marie Emungu. Il avait suffi que le même collège siégeant à Goma le décide. Ils avaient été soupçonnés d’avoir été «recrutés» par la mouvance présidentielle kabiliste, de n’avoir pas défendu, avec la ferveur nécessaire, les thèses du RCD mais, au contraire, d’avoir entériné, la nomination de Z’Ahidi Arthur Ngoma au poste de Vice-président de la République. Ironie du sort, la nouvelle équipée n’a pas fait mieux. Accusée d’avoir initié l’indésirable serment de loyauté à Joseph Kabila, elle se trouve, à son tour, dans la tourmente
«Cette mésaventure peut arriver à n'importe lequel des ministres ou responsables des institutions qui aurait cessé de plaire. Chacun d'eux est bien prisonnier de son mouvement», confie un constitutionaliste occidental, dont les propos sont rapportés par l’AFP.
Car le système mis en place par l’équipe de la facilitation onuso-botswano-sudafricaine, menée par l'ex-président botswanais Ketumile Masire et par l’ancien Premier ministre sénégalais Mustapha Niasse - qui a abouti au Dialogue inter-congolais et à l'accord global de gouvernement signé le 17 décembre 2002 à Pretoria - est «le moins démocratique qui soit», estime Kabuya.
Les ministres, députés et sénateurs ont montré patte blanche à leurs parrains. Aussi longtemps qu’ils seront demandeurs de «mandats hors électoraux » et qu’ils ne sauraient être démocratiquement et légitiment récupérés, ils leur appartiennent à jamais La transition, que Joseph Kabila a prévue «agitée», promet d'être, pour chacun de ses acteurs, «un exercice épuisant», périlleux, de haute voltige.
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lesoftonline.net 21/07/2003
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