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Mort par violence

MISE EN LIGNE LE 11 JUIN 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1051 DATÉ 11 JUIN 2010.
Avec les déclarations du Procureur général de la République, il se confirme que Chebeya a été tué par la police, sans doute dans ses locaux. Accablant!

C’était un secret de Polichinelle, cela a été confirmé jeudi 10 juin par le Procureur général de la République: Floribert Chebeya Bahizire, l’activiste des Droits de l’homme dont le corps sans vie a été retrouvé la semaine dernière dans un quartier à l’extrémité Ouest de la Capitale, est mort par violence. Il a été tué de violence humaine. Derrière ce mort se trouve un assassin (ou un meurtrier), les choses ne peuvent être plus claires. Floribert Chebeya Bahizire a trouvé la mort assassiné. C’est désormais établi.

«Lors de la dernière communication abordant le cas de Floribert Chebeya Bahizire, directeur exécutif de l’ONG La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’homme, j’avais expressément parlé de la découverte d’un corps sans vie. Aujourd’hui, les éléments obtenus tendent à établir un cas de meurtre», a déclaré le Procureur Général de la République, Floribert Kabange Numbi lors d’une courte déclaration de presse faite jeudi à son office.

Du coup, c’est la thèse officielle de la Police Nationale Congolaise qui vole en l’air.

Certes, le PGR - sans doute pour la forme - a ajouté que le Parquet général de la République attend les résultats de l’autopsie pour confirmer sa thèse. Et, qu’en ce qui concerne la disparition du chauffeur Fidèle Bazana Edadi, le membre de l’ONG qui accompagnait son directeur le jour de la mort de celui-ci, les enquêtes se poursuivent.

À CE STADE, LA POLICE A MENTI, ELLE DOIT SAVOIR POURQUOI.
La Police Nationale Congolaise, dans un communiqué officiel, rendu public la semaine dernière, mercredi 2 juin, déclarait que le cadavre d’un homme découvert non loin du centre d’accueil Joli Site, dans la commune de Mont Ngafula, à l’Ouest de la Capitale, avait été trouvé «sans aucune trace visible de violence». Se basant sans aucun doute sur l’examen effectué par la police scientifique…

La Police Nationale Congolaise éloignait ainsi sinon tentait d’éloigner la thèse de l’assassinat. Selon des informations recoupées par Le Soft International, cette déclaration était loin de la vérité des faits.

Notre journal l’avait déjà laissé entendre. Il y avait eu certainement dissimulation du rapport d’examen de la police scientifique qui avait fait état d’un cou qui paraissait tordu à la suite certainement de la virulence de la torture perpétrée sur le défenseur des droits de l’homme.

Le problème qui reste - mais c’est un détail, un détail néanmoins important pour les magistrats et qui déterminera le niveau de la peine à encourir par les coupables si le procès venait à avoir lieu - est celui de savoir s’il s’agit d’une mort préméditée (volonté manifeste établie dès le départ d’ôter une vie manifestement gênante) ou d’une mort occasionnée par des scènes de torture.

On peut supposer que pour des raisons diverses, Floribert Chebeya Bahizire âgé de 47 ans, aurait pu ne pas supporter la violence des coups qui se déversaient sur lui...

En attendant, la déclaration du PGR Floribert Kabange Numbi fait perdre des galons à la Police Nationale Congolaise. En tête à sa hiérarchie.

En tête - et nul doute -, le chef de la police de la ville de la ville Capitale de Kinshasa, l’inspecteur divisionnaire Adjoint, Jean de Dieu Oleko, l’officier supérieur qui a signé le communiqué de presse et l’a lu devant des représentants des médias.

A l’heure où nous mettons sous presses, le patron de la police de la ville de Kinshasa doit se trouver mal.

Si on ne peut l’accuser d’avoir donné la mort au défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya Mahizire, le chef de la police de la Capitale est désormais dans cette affaire le suspect n°1. Du fait d’avoir tenté d’induire l’opinion en erreur, il doit savoir pourquoi. Il doit certainement avoir fait sa déposition devant le PGR.

«Le parquet travaille en silence. Et ne dépose ses conclusions que devant le juge», explique au Soft International un haut magistrat civil. De toute évidence, le Procureur général de la République doit avoir bouclé ou doit être en train de boucler son dossier et se préparer à le remettre à la justice militaire, précisément à la Haute Cour militaire, dont c’est la charge, s’agissant d’une affaire dans laquelle sont mêlés des hommes en uniforme.

La déclaration du Procureur général de la République fait perdre en partie son intérêt à la mission de médecins légistes néerlandais arrivée jeudi 10 juin dans la Capitale en vue précisément d’établir la cause qui a entraîné la mort de Floribert Chebeya Bahizire. Ce regard en principe neutre s’était imposé dès l’annonce du communiqué du général Oleko qui laissait croire que l’activiste aurait pu avoir trouvé la mort à la suite d’une galante compagnie qui se serait terminée par un infarctus.

L e communiqué du général Oleko faisait en effet état du «cadavre d’un homme sans aucune trace visible de violence, dont l’étirette du pantalon (ndlr: la fermeture éclair) était ouverte et à côté duquel se trouvaient deux préservatifs déjà utilisés et un paquet entier de trois pièces non utilisées, une boîte de stimulant Davigra qui contenait une plaquette de deux comprimés déjà utilisés, deux ongles artificiels et quelques mèches de dames». Désormais, l’hypothèse d’une tentative de maquiller l’assassinat par une exposition d’«indices» sur la banquette arrière de la Mazda 626 est patente.

LE MOBILE D’UN CRIME AUSSI CONDAMNABLE.
Il faut encore trouver le mobile d’un crime aussi odieux et aussi condamnable. Mais c’est le travail de l’enquête criminelle qui doit se mettre aux trousses des assassins (ou des meurtriers) et établir les raisons qui ont poussé des hommes supposés être des protecteurs de la vie humaine à commettre ce meurtre.

On a beau ne pas être d’accord avec les idées et les méthodes d’un activiste des Droits de l’homme, faut-il aller jusqu’à lui supprimer la vie? Ceux qui œuvrent dans ce secteur - on le sait - sont loin d’être sans reproche (qu’ils aient fait d’ailleurs de cette matière leur principale voire leur unique source de revenu est compréhensible et peuvent être notés par la virulence de leurs dénonciations), ne faut-il pas cependant prendre cela comme l’autre prix à payer à l’existence de la démocratie?

Les régimes (les États contemporains, fussent-ils africains) et ceux qui les défendent avec un zèle parfois déplacé, parfois suspect, n’ont-ils pas l’obligation de mieux former les hommes qui travaillent dans ces corps de l’État?

Il faut certainement appeler à la sérénité des esprits. Nulle part au monde (ce n’est en tout cas guère dans les Etats occidentaux) il n’existe de service de police exemplaire. Aux États-Unis comme en France, la chronique des faits divers renseigne comment toutes les semaines, des horreurs sont commises dans la rue, par des policiers en uniformes.

Et ces horreurs ne visent le plus souvent que des catégories sociales défavorisées (immigrés, Noirs, etc.), précisément les Sans Voix que Floribert Chebeya Bahizire défendait avec amour, engagement et certainement passion.

Il est paradoxal qu’alors que des rumeurs donnent certains officiers comme ceux qui ont perpétré ce crime, que ceux-ci aient pu avoir été réconfortés par Chebeya alors qu’ils étaient privés de liberté sous le régime de la IIème République.

Ceci montre qu’un défavorisé peut ne pas être condamné à l’être toute sa vie.

ALUNGA MBUWA.
lesoftonline.net 12/06/2010

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