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Le sénateur Jean Pierre Bemba Gombo. PHOTO DROITS RESERVES.

Bemba face à ses juges, la Belgique lorgne vers Kinshasa

MISE EN LIGNE 26 MAI | LE SOFT INTERNATIONAL N°950 DATÉ 26 MAI 2008.
Si ce n’est pas un tremblement de terre, cela en avait tout l’air à Kinshasa, peu avant minuit local, samedi 24 mai. Certes, vous avez beau vous cirer la peau, beau fuir votre passé, un jour, il vous rattrape. L’un des Chefs militaires les plus terrifiants, les plus féroces, le grand maître chanteur, qui avait résolu de prendre en otage les Institutions démocratiquement élues, oubliait qu’il avait un passé des plus abjects. La justice internationale l’a rattrapé, en pleine campagne de séduction, à l’étranger.

Si ce n’est pas un tremblement de terre, cela en avait tout l’air à Kinshasa, peu avant minuit local, samedi 24 mai. Certes, vous avez beau vous cirer la peau, beau fuir votre passé, un jour, il vous rattrape. L’un des Chefs militaires les plus terrifiants, les plus féroces, le grand maître chanteur, qui avait résolu de prendre en otage les Institutions démocratiquement élues, oubliait qu’il avait un passé des plus abjects. La justice internationale l’a rattrapé, en pleine campagne de séduction, à l’étranger. I l avait oublié qu’il avait trop de casseroles et de dames-jeannes qu’il traînait depuis le temps où il régnait en maître absolu en Equateur et en Ituri, où il exerçait, dans la forêt, son pouvoir féroce. Le Nègre oublie, le Blanc pas. Celui-ci a une mémoire, n’oublie rien, se projette dans l’avenir, dispose de la continuité de l’Etat, des services immanents, qui rappellent à tout moment les balises. Le Nègre oublie, le Blanc pas, pas la justice, pas internationale. Sans cesse, nous l’avons écrit ici, réécrit. Un jour viendra, prévenait calmement, froidement l’analyste.

A Kisangani, quand on égorgeait et brûlait du R-dCongolais, nous avons averti. Et sommes parti. «Les mouvements révolutionnaires ne sauraient tuer, encore moins tuer indûment. Si des gens ont donné la mort, ils doivent en être personnellement comptables devant la justice». L’insatiable «Chairman» voulait tout et tout pour lui, accumulait tout, tout pour lui, le grand maître chanteur est tombé dans les mailles du filet de la Cour Pénale Internationale.
KKM.

S ans état d’âme, les Etats n’ont pas d’amis; ils n’ont que des intérêts. JPBG se croyait le bienvenu en Belgique. Accusé et condamné de trafic d’êtres humains (des bonnes qu’il avait refusé de payer), il avait fauté sur toute la ligne. Louis Michel l’a longtemps chouchouté, lui rendant moult visites à Faro, lui expliquant qu’il était le plus beau, le plus intelligent, le plus fort.

Guère sourd à ces paroles - bien au contraire - du Commissaire européen au Développement international, ancien ministre belge des Affaires étrangères, qui exerce encore un «devoir moral» (l’expression est de saison) sur le deuxième parti du royaume - le MR - l’ex-chef de guerre en exil au Portugal, a repris le chemin de la Belgique.

J ean-Pierre Bemba Gombo, 45 ans, a été arrêté samedi 24 mai dans la banlieue de Bruxelles par les autorités belges agissant dans le cadre d’un mandat d’arrêt international délivré le 16 mai par la CPI mais qui avait été gardé sous scellés afin de faciliter son exécution. L’ancien chef de guerre, battu par Joseph Kabila Kabange à la Présidentielle de 2006, s’apprêtait à se rendre à un dîner dans un grand restaurant de la banlieue de la Capitale belge quand il a vu, à 20 h 40’, des véhicules de policiers débarquer devant sa villa de Rhode-St-Génèse, commune voisine de celle de Waterloo.

Une partie de la famille Bemba se trouvait au restaurant quand l’ancien Vipi en charge de l’ECOFIN a été poussé par les policiers dans sa maison. «Ils ont fouillé systématiquement la villa, saccageant tout à leur passage. Ils cherchaient des documents compromettants ou d’autres preuves et ont fini par entraîner Bemba dans le bureau de sa villa avant de l’amener menotté», raconte un témoin au «Soft International». Bemba est accusé par la CPI d’implication dans des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Centrafrique en 2002-2003.

«Jean-Pierre Bemba Gombo, président et commandant en chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), serait pénalement responsable de quatre chefs de crimes de guerre et de deux chefs de crimes contre l’humanité commis sur le territoire de la République centrafricaine pendant la période allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003», précise la CPI sur son site internet. Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, s’est félicité de cette arrestation, «fruit d’une opération complexe et bien planifiée» et a remercié les autorités belges et des ONGs ont salué la fin de l’impunité. «M. Bemba avait déjà commis de tels crimes en RCA; il avait déjà commis de tels crimes en RDC; il fallait l’arrêter», a ajouté Luis Moreno-Ocampo.

BONNE VOLONTE BELGE.
L’ancien chef rebelle, craignant pour sa sécurité, avait quitté la R-dC l’an dernier pour se réfugier au Portugal. Il nie les faits qui lui sont reprochés. Selon la CPI, il serait impliqué dans une campagne systématique de meurtres et de viols en série commis sur des civils en RCA par ses hommes du MLC.

«Nous avons la preuve que M. Bemba a commis des crimes», a affirmé le procureur de la CPI. Parallèlement à leur implication dans la guerre civile de 1998-2003 en R-dC, des MLC de Bemba étaient intervenus en Centrafrique pour soutenir le président Ange Félix Patassé, menacé par la rébellion de François Bozizé, aujourd’hui chef de l’Etat. Bemba comme Patassé, qui vit lui en exil au Togo, démentent ces accusations de crime de guerre. Bemba est le premier suspect faisant l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la CPI dans le cadre de l’enquête sur les événements survenus en RCA ouverte en mai 2007 par le procureur de la CPI. Celle-ci poursuit ses investigations sur ce qu’elle qualifie d’«attaque systématique ou généralisée contre la population civile» au cours de laquelle ont été commis «des viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne et des pillages».

«L’arrestation de M. Bemba est un avertissement sérieux à tous ceux qui commettent, encouragent ou tolèrent les crimes sexuels», a souligné Moreno-Ocampo. «Il n’y a pas d’excuses pour des centaines de viols, il n’y a pas d’excuses pour le viol d’une petite fille sous les yeux de ses parents, il n’y a pas d’excuses pour un chef qui ordonne, autorise ou tolère que ses troupes commettent des viols et des pillages». L’arrestation de JPBG est un signe de bonne volonté que la Belgique «profonde» envoie en direction de Kinshasa au moment où la R-dC, en rappelant son ambassadeur à Bruxelles et en fermant son consultat à Anvers réclame des explications à la Belgique après les propos du ministre De Gucht.

Selon toute vraisemblance, les Belges ne voulaient pas beaucoup de cette présence sur leur sol. Ils voulaient que l’ex-VIPI reparte au Portugal ou qu’il regagne son pays, la R-dC.

«BRUXELLES FAIT LE BOULOT».
Mais chaque jour, Jean-Pierre Bemba Gombo faisait monter les enchères. Accusé en Centrafrique des «pires atrocités» commises à grande échelle en RCA par ses hommes - sous «son commandement direct, personnel» -, il voulait bénéficier de la protection d’une force internationale à son retour, à Kinshasa.

«Les Blancs ne comprenaient pas cette demande insistante», explique-t-on à Bruxelles, dans les milieux r-dcongolais. L’avait-on piégé, par les Blancs, par ses propres camarades du MLC noyautés? Rien n’est à exclure. Il est vrai que l’ex-VIPI n’avait pas la réputation de l’homme qui est particulièrement à l’écoute de son entourage. Homme habitué à donner des ordres, il ne s’écoutait que lui-même.

Entre-temps, jour après jour, la crise entre Kinshasa et Bruxelles s’envenimait.

Karel De Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères par qui la crise est arrivée, confirmait les propos qu’il avait tenus à Pékin, devant des responsables chinois, sur l’«obligation morale» qu’aurait son pays de surveiller les agissements des dirigeants de R-dC pour lutter contre la corruption.

En réponse à ces déclarations, les autorités de Kinshasa, outrées, ont fait savoir, à l’issue du conseil des ministres présidé vendredi 23 mai par le premier ministre Antoine Gizenga Funji, qu’elles rappelaient le diplomate Jean-Pierre Mutamba à Bruxelles et fermaient le consulat à Anvers, dans le pays flamand.

Sur la chaîne de télévision VRT, De Gucht estimait «normal» que le gouvernement belge, qui investit annuellement de 150 à 200 millions d’euros en R-dC, ancienne colonie belge, demande aux élites de ce pays de «faire des efforts pour amener la R-dC dans la bonne voie».

Le ministre a déclaré avoir parlé plusieurs fois avec le président Joseph Kabila Kabange «entre quatre yeux», notamment des problèmes de corruption et de droits humains en R-dC, mais sans que cela donne, selon lui, des résultats.

Les relations entre Bruxelles et Kinshasa s’étaient déjà considérablement tendues lors de la visite, le mois dernier, du chef de la diplomatie belge en R-dC.

De Gucht a aussi réagi aux allégations selon lesquelles ses propos refléteraient une attitude néo-colonialiste. «Si on considère ainsi le fait de dire que les dirigeants congolais doivent faire des efforts, alors je suis effectivement un néo-colonialiste convaincu», a-t-il dit.

Il n’empêche! Si des dirigeants belges estiment rien à redire sur le fond de ces propos de Karel de Gucht, ils critiquent unanimement la forme, «l’arrogance» du ministre. S’il appuie son ministre - un Flamand -, le Premier ministre (Flamand, lui aussi) Yves Leterme a pris lui-même l’affaire en mains. Un débat pourrait avoir lieu très prochainement dans les deux Chambres. La Belgique cherche à calmer le jeu. Elle aurait pu envenimer la situation. Rien ne l’obligeait à exécuter aussi promptement le mandat d’arrêt contre le bourreau de Gbadolité.

La Belgique aurait pu mettre l’huile sur le feu en demandant plus fermement Jean-Pierre Bemba Gombo de regagner son pays. C’était mettre Kinshasa et les Institutions démocratiquement élues «dans une situation peu enviable».

«Igwe» de retour dans la Capitale aurait été fêté par les siens comme rarement un homme politique ne l’a été avant dans ce pays. Avec toutes les conséquences: la surenchère, la perspective de nouvelles crises. «En faisant prendre Bemba, la Belgique envoie un signal positif à Kinshasa, un signal qui participe de l’effort d’assainir la scène politique», selon un analyste.

«Jean-Pierre Bemba Gombo est la première personne à faire l’objet d’un mandat d’arrêt dans le cadre de la situation en RCA», déclare la CPI dans un communiqué. «L’enquête se poursuit et ce ne sera pas le dernier», a ajouté le procureur Luis Moreno-Ocampo.

1.045 VICTIMES DE RCA.
Cité comme suspect par la justice centrafricaine, Jean-Pierre Bemba Gombo avait nié toute responsabilité dans des crimes commis en RCA, et affirmé qu’il avait lui-même appelé l’ONU à une enquête. M. Moreno-Ocampo le suspecte de deux chefs de crimes contre l’humanité et de quatre chefs de crimes de guerre.

«Les MLC menés par Jean-Pierre Bemba ont commis, dans le cadre d’une attaque systématique généralisée contre la population civile, des viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne, des traitements dégradants et des pillages» entre octobre 2002 et mars 2003, affirme-t-il. Ces crimes ont notamment été commis dans la localité dénommée PK 12 et dans les villes de Bossangoa et Mongoumba».

Un millier de membres du MLC avaient participé aux combats contre le général Bozizé à l’appel du président Ange-Félix Patassé, pour mater la rébellion. Une fois la tentative de coup d’Etat matée, les «Congolais» avaient fait régner la terreur, tuant, pillant et surtout violant. En 2007, l’Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad) centrafricaine affirmait avoir recensé un total de 1.045 victimes, dont 480 femmes et fillettes violées.

LE QUATRIEME A ETRE INCULPE.
«Le nombre élevé de viols commis par les troupes du MLC avec une brutalité sans nom est une caractéristique particulière de cette affaire», a dit le procureur samedi, ajoutant que M. Bemba avait déjà commis de pareils crimes en RDC. «Nous ne pouvons effacer leurs blessures (des victimes, ndlr). Mais nous pouvons leur rendre justice. Les témoignages des victimes seront autant de preuves. Les victimes viendront raconter leur histoire à la Cour», a déclaré M. Moreno-Ocampo, affirmant avoir des «preuves» des crimes de M. Bemba. Le suspect doit être présenté dans les prochains jours à un juge belge. Son transfèrement au centre de détention de la CPI à La Haye devrait intervenir dans les prochaines semaines.

Bemba avait quitté Kinshasa pour le Portugal le 11 avril 2007 sous escorte de blindés de l’ONU, près de trois semaines après de sanglants combats dans Kinshasa entre sa garde rapprochée et l’armée. Il est le quatrième à être inculpé par la CPI. Les quatre suspects sont tous des R-dCongolais, mais les trois compatriotes de M. Bemba ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête du procureur sur les crimes commis en R-dC. M. Moreno-Ocampo enquête également en Ouganda et au Darfour.

MLC, l’avenir pourrait s’arrêter net
R écemment, François Mwamba Tshishimbi expliquait, à une question de journaliste, que «nul n’est irremplaçable». Le S-g du MLC oubliait qu’en Afrique, peu de projets politiques survivent à leur géniteur - surtout s’ils ont été frappés de négativisme. En sus, on ne voyait pas si l’ancien ministre du Budget du régime 1+4 disposait d’assez d’autorité pour reprendre un parti qui n’a pu survivre que grâce à la peur panique que le «Chairman» propageait autour de lui. Des témoignages d’anciens camarades abondent, qui ont séjourné dans des trous noirs, avant d’en être extraits, miraculeusement, à moitié morts, suite à l’émotion suscitée à l’étranger, dans les chancelleries.

lesoftonline.net 26/05/2008

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