|
Nyirimihigo
dévoile les projets pharaons de la Banque Rwandaise de
Développement
Q. La BRD se jette dans des projets qui la transforment
radicalement. Objectif avoué : plus de compétition,
plus de dynamisme, devenir le leader. Comment vivez-vous cela
?
R. Le Conseil d'administration de la BRD a adopté
un nouveau plan stratégique, "le Plan stratégique
de développement." Il marque un changement de cap.
La Banque maintient sa vocation initiale de Banque d'octroi de
crédits à moyen et long terme pour financer l'investissement
productif. Mais, elle veut aller à l'élargissement,
par paliers, de son rôle, vers des activités de
banque d'affaires. Elle était une modeste banque
de développement, sans ambitions réelles pouvant
faire d'elle une grande banque d'investissement. Jusqu'il y a
peu, elle favorisait des micro-crédits ne dépassant
pas les 5 millions de FRW (ndlr environ 14.000 dollars) par projet.
Ces crédits finançaient principalement des petits
projets du secteur agricole et celui de l'élevage. Bien
sûr, elle a financé aussi de grands projets et a
pris des participations dans des sociétés de la
place mais cela s'est fait à titre exceptionnel et, souvent,
à la demande des autorités. En général,
il n'y a pas eu de politique volontariste de favoriser l'investissement.
Longtemps, la Banque a ainsi eu des emplois stables. Au cours
des quinze dernières années, il n'y avait pas eu
de véritable augmentation d'encours. Depuis 1989, l'enveloppe
globale des crédits se situait autour de 3 milliards 600
millions de FRW. En 1998, on est passé à 4 milliards
500 millions, soit un accroissement de près 30 pc. La
masse destinée au crédit ne s'est donc pas développée
durant plus d'une décennie. C'était une politique
délibérée. La BRD n'a pas voulu prendre
le moindre risque, ce qui lui a permis de survivre alors qu'ailleurs,
des banques de développement ont disparu. Cette politique
a été favorisée par les structures de la
BRD qui garantissait ses crédits par le Fonds Spécial
de Garantie. Or, ce Fonds n'intervenait pas au-delà des
5 millions. D'où, la tentation de donner des petits crédits
simplement parce qu'ils étaient couverts. D'où
aussi la maigre qualité des projets financés. Désormais,
la Banque Rwandaise de Développement veut faire preuve
d'innovation et de dynamisme. Elle veut être leader dans
l'investissement à moyen et long terme. Contrairement
aux banques commerciales qui financent principalement le court
terme, nous voulons franchement être la Banque du moyen
et long terme. Le nouveau slogan en dit long sur nos ambitions:
"être le leader dans le financement de l'investissement
et l'ingénierie financière et le tremplin du développement."
Désormais, la BRD s'engage à poursuivre son métier
en réaffirmant son rôle incontestable comme véhicule
de financement à moyen et long terme des projets qui créent
de la valeur ajoutée, qui sont générateurs
d'emplois, orientés vers l'exportation ou apportant de
la technologie nouvelle. La BRD s'emploie à élargir
son rôle vers des activités de banque d'affaires
en offrant des financements appropriés pour ses clients
et en introduisant sur le marché de nouveaux métiers.
C'est le cas du leasing et du capital-risque. La BRD doit servir
de tremplin du développement par la modernisation de l'économie
rwandaise vers une économie capitalistique de marché
étant donné que le pays s'apprête à
passer d'une culture étatique à une culture de
capitalisme moderne. Désormais, la BRD va toucher plusieurs
secteurs, l'industrie mais aussi les services. Elle ne va plus
se cantonner au monde rural. Nous voulons avoir une politique
plus dynamique de gestion de nos participations. Dans le cadre
de la privatisation des entreprises publiques, des nouvelles
opportunités s'offrent à la Banque. La BRD peut
ainsi intervenir comme actionnaire et comme prêteur. Une
loi créant l'Agence de Promotion des Investissements a
été votée et le pays s'oriente vers la création
d'une zone franche imprimant une nouvelle dynamique industrielle.
La BRD veut vraiment dans ce challenge jouer un rôle actif.
Elle est déjà actionnaire à 68 pc dans les
Magasins Généraux du Rwanda. Elle pourrait créer
un conteneur-dépôt pour servir de pont entre le
Rwanda et l'extérieur, avec beaucoup de marchandises en
transit vers le Congo et le Burundi. Tout cela nous met dans
une situation nouvelle et passionnante quant au rôle que
la BRD peut jouer.
Q. Sur le moyen et long terme, où en est-elle
aujourd'hui?
R. Il faut noter que c'est nous qui finançons
la plupart des crédits allant au-delà de cinq ans.
Avec plus ou moins 40 pc des encours, notre part du marché
n'est donc pas marginale. Elle doit en revanche croître.
Même si les banques commerciales commencent à accompagner
leurs clients vers le moyen terme, elles sont limitées
dans leurs emplois dans des proportions bien modestes. La majeure
partie de ces banques sont en effet versées dans l'immobilier
et le transport international, domaines où nous n'allons
pas. La BRD explore surtout des nouveaux domaines. Nous venons
ainsi de financer la première unité de production
de fleurs, la Highland Flowers. Cette unité est implantée
à Nyacyonga, à 12 kms de Kigali et exporte des
fleurs. Le niveau d'investissement est de 2 millions de dollars.
La première phase étant terminée, nous nous
attaquons à la deuxième phase. Nous sommes également
dans l'élevage mais pas n'importe lequel. Avec le ministère
de l'Agriculture, nous avons posé des conditions. Il s'agit
de l'élevage laitier avec des vaches de race pure. Nous
avons ainsi importé d'Europe 300 vaches que nous avons
distribuées à une vingtaine de fermiers. Cela va
se poursuivre. Cet emploi a nécessité un demi-million
de dollars dans une première phase. Bref, l'ambition est
de travailler en innovant. La nouvelle mission est d'être
parmi les meilleures institutions du pays en termes de rentabilité,
être un groupe financier solide par le biais de prise de
participations dans des sociétés-clé du
pays et dans les secteurs porteurs d'avenir, être proche
de nos clients, de nos actionnaires et de tous nos partenaires,
intégrer la Banque de façon harmonieuse dans la
société dans laquelle elle évolue, être
l'acteur principal dans la mobilisation des ressources internes
et externes pour le financement des investissements, être
un acteur majeur de la transformation de l'économie du
pays par le développement de nouveaux mécanismes
de financement. C'est un vaste programme, ambitieux peut-être
mais que nous voulons mettre en oeuvre.
Q. Cela suppose une restructuration de la Banque...
R. Nous y travaillons. De nouveaux départements
sont créés, notamment le département des
Projets Spéciaux qui travaille déjà, à
la demande du Ministre de l'Énergie, sur un projet de
financement d'une petite unité de traitement de gaz méthane.
Au sein du Département d'Investissement fonctionnent désormais
plusieurs services spécialisés notamment celui
des Grands projets, celui des Petites et Moyennes Entreprises,
celui de l'Agriculture. Tout est en marche.
Q. Le manque d'épargne locale n'est-il pas un
handicap?
R. C'est notre faiblesse. Nous n'avons pas encore commencé
à collecter les ressources locales. La Banque est trop
dépendante de l'épargne externe bien que cette
situation lui procure un avantage en matière de taux d'obtention
de la ressource. La Banque travaille avec des lignes de crédit
de la BAD, des banques allemandes comme la Société
allemande de financement d'investissements dans les pays en voie
de développement, DEG, la KFW, etc. Mais la BRD ne peut
en effet se contenter des partenaires classiques. La réorientation
et le développement de ses activités conduisent
à la recherche de nouveaux partenaires plus aptes à
accompagner la Banque dans le lancement des nouveaux produits.
La BRD souhaite attirer de nouveaux actionnaires à participer
à son capital social et à approcher de nouveaux
bailleurs de fonds pour le financement de ses opérations.
Nous recherchons des nouvelles lignes de crédit auprès
de la BEI, la Banque Européenne d'investissement, qui
va se rendre prochainement à Kigali, auprès de
la BADEA, la Banque de Développement des États
Arabes, etc. Nous allons approcher la CDC, la Commonwealth Development
Corporation et l'IFC, l'International Finance Corporation, etc.
Nous voulons aussi ouvrir des comptes de dépôts,
mais des dépôts à terme pour la collecte
de l'épargne locale. En fonds propres, nous avons au 31
décembre, 2 milliards 840 millions de FRW dont 638 millions
de réserves de réévaluation et au niveau
des emprunts, nous avons engagé 2 milliards. Cela fait
que la Banque a, à peu près, 4 milliards de ressources.
Normalement, nous aurions dû emprunter jusqu'à 10
milliards de FRW.
Q. Quelles sont les principales forces de la BRD?
R. L'expérience certainement unique dans l'évaluation
des projets et une parfaite maîtrise des paramètres
sectoriels, régionaux et techniques. Ce qui inspire le
respect des institutions financières externes. D'où
la capacité de la BRD dans la mobilisation des ressources
financières externes.
Q. Le Rwanda traverse une crise de ressources humaines.
Comment y faites-vous face?
R. La Banque étudie un plan de développement
de ses ressources humaines qu'impose comme une urgence sa nouvelle
vision stratégique. L'évolution vers de nouvelles
activités comme le leasing, le marché obligataire,
l'intervention dans le processus d'appui aux privatisations,
etc., appelle une plus grande qualification des cadres. Il nous
faut un personnel compétent, qualifié et motivé.
De faibles niveaux de salaire, une structure contestable de la
hiérarchie des rémunérations, un statut
mal adapté étaient autant d'handicaps pour motiver
les collaborateurs. Maintenant, la Banque est devenue compétitive
et elle va procéder au nécessaire recrutement des
cadres. Mais, permettez-moi, de remercier tous nos partenaires,
l'État, les bailleurs de fonds, la clientèle qui
nous témoignent de leur confiance. Je voudrais demander
à la clientèle potentielle de nous approcher afin
de développer ensemble des projets qui permettront à
notre pays d'avancer sur la voie du développement. Nos
frères et soeurs de l'étranger : nous les invitons
à venir investir au Rwanda. Ils ont des ressources en
idées, en projets, en capacités de management,
dans le domaine financier. Merci au "Soft" de passer
ce message.
© Copyright 1999 FINANCE.
|