|
Position de
l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social
Position de l'Union pour la Démocratie et le Progrès
Social (UDPS) en rapport avec la mise en circulation du franc
congolais ainsi qu' avec l'enquête de l'ONU sur le présumé
massacre des hutus.
En complément à la Déclaration politique
du Comité National de l'UDPS, notre Parti, faite à
l'occasionde la mise en circulation du Franc congolais par le
pouvoir totalitaire de l'AFDL et en rapport avec la publication
du rapport d enquête de l ONU sur "le présumé
massacre des hutus" dans notre pays, le Secrétariat
National de l'Union pour la Démocratie et le Progrès
Social porte à la connaissance de l'opinion ce qui suit.
A. La Réforme monétaire et le Franc congolais.
1. Dans son projet de Société rendu public en février
1982, l'UDPS proclamait sa foi inébranlable en une monnaie
forte et le retour au Franc congolais. L'UDPS prévoyait,
en outre, d'autres mesures à prendre notamment le retour
au nom "Congo", le retour à la "Congolaise"
notre hymne de l'indépendance ainsi que le retour au drapeau
adopté en 1964 par la Constitution de Luluabourg. Depuis
le 15 février 1982, c'est-à-dire plusieurs années
avant la naissance de l'AFDL, les Combattants de l'UDPS entonnent
la "Congolaise" et font flotter le drapeau adopté
par la Constitution de Luluabourg au cours de toutes les manifestations,
malgré la répression dont ils ont été
victimes de la part du dictateur déchu Mobutu.
2. La Conférence Nationale Souveraine (CNS), ce haut moment
de notre Histoire nationale, faisant sienne une grande partie
du projet de société de l'UDPS, décida du
retour au nom Congo, du retour à la Congolaise, du retour
au drapeau tricolore adopté par la constitution de Luluabourg
(bleu, rouge et jaune) ainsi que du retour du Franc Congolais
voulu une monnaie forte et stable.
3. En proposant la restauration du Franc congolais, l'UDPS
et la Conférence Nationale Souveraine avaient une idée
précise sur la conduite adéquate afin qu'il puisse
conserver ses priorités nécessaires d'une monnaie
durable en vue de la relance de l'économie nationale et
l'amélioration soutenue des conditions de vie de notre
peuple. Pour l'UDPS comme pour la Conférence Nationale
Souveraine, cette réforme ne pouvait réussir que
dans un espace politico-économique assaini, garanti de
paix sociale, bref, débarrassé de toutes les pesanteurs
d'anti-valeurs et d'impunités. Ainsi la Conférence
Nationale Souveraine a-t-elle mis, sur le plan politique, un
accent sur la réconciliation nationale et sur l'organisation
concertée de la Transition vers IIIème République,
voulue vraiment démocratique.
4. La réforme monétaire que l'UDPS et la Conférence
Nationale Souveraine préconisaient devait répondre,
outre les préalables politiques, à certains préalables
économiques et plus particulièrement bénéficier
des mesures d'accompagnement indispensables à toute réforme
monétaire, c'est-à-dire une économie florissante
qui est la résultante d'une production régulière
des biens et des services. Cette économie florissante
passe obligatoirement par faire fonctionner les unités
industrielles à leur capacité effective installée,
rendre solvable la demande intérieure, éviter que
l'économie congolaise soit totalement dépendante
de l'extérieur tant pour son exportation que pour son
importation, rassurer les partenaires extérieurs à
l'aide d'un code juridique transparent et clair ainsi que par
la stimulation des investissements, constituer une réserve
suffisante de devises, assurer le paiement régulier des
salaires, améliorer la qualité de la vie par la
création des emplois, respecter la rigueur et la discipline
budgétaire, promulguer le code de conduite sur la fiscalité
des entreprises, etc.
5. Depuis son auto-proclamation le 17 mai 1997 comme Autorité
de la transition, l'AFDL exécute de manière sélective
et maladroite des décisions de la Conférence Nationale
Souveraine, sans même avoir l'honnêteté intellectuelle
de se référer à la source! Bien qu' ayant
opté pour le changement du nom du pays et le retour à
la Congolaise comme l'Hymne national, le pouvoir AFDL est curieusement
rentré au drapeau de 1960 avec ses étoiles comme
si notre pays comptait encore six provinces laissées par
la colonisation!
6. S'agissant du lancement de la monnaie, notre peuple sait
que n'eussent été les turpitudes et l'entêtement
de Mobutu et sa bande de pillards, le Franc congolais aurait
déjà vu le jour, dans le cadre des taches confiées
au Gouvernement de Transition par la CNS. Dans le contexte juridico-politico-diplomatico-économique
actuel, dominé par "ni paix, ni vraiment guerre,
ni condition économique minimum", en tous cas pollué
ainsi qu'on le sait, vers quel horizon la réforme monétaire,
conduite par un gouvernement prédateur, impopulaire et
truffé d aventuriers va conduire notre pays? Certainement,
appauvrir davantage notre population. En effet, au plan politique,
M. Kabila a instauré au Congo un régime fasciste
et une République bananière. Toutes les libertés
ainsi que tous les droits conquis par notre peuple au terme d
une lutte longue et meurtrière sont confisqués.
Les partis politiques sont suspendus et les manifestations publiques
pacifiques interdites. Les violations des droits humains sont
massives. Des leaders politiques dont notre président
National, Étienne Tshisekedi, sont toujours en état
d arrestation! Les médias officiels demeurent confisqués
et la presse libre caporalisée. La population du Kivu
continue à être exterminée et expropriée
de ses terres. Le pays vit comme sur un volcan prêt à
exploser.
Le peuple accuse l'AFDL et M. Kabila d'ignorer la lutte qu' il
a menée contre le régime de Mobutu ainsi que le
sang versé tant avant, pendant et après la CNS.
En s'obstinant dans sa volonté de s'approprier seuls la
victoire, l'AFDL et son chef tournent chaque jour le couteau
dans les plaies d'innombrables veufs ou veuves, orphelins et
orphelines, handicapés physiques ou mentaux, victimes
du régime défunt. Et pourtant, l'évolution
de la situation politique est extrêmement importante et
c'est celle-ci qui déterminera le sort du Congo-Kinshasa.
Les deux Kasai, qui jugent le gouvernement AFDL incapable de
maîtriser les paramètres économiques notamment
l'hyper-inflation qu'entraînera la nouvelle monnaie et
qui estiment que M. Kabila n'a pas respecté les engagements
pris lors de son meeting après la prise de Mbuji-Mayi,
ont décidé de ne pas consommer immédiatement
la nouvelle monnaie. De plus, une frange importante de notre
population n'est pas contente du fait qu'aucun billet n'honore
la mémoire de Joseph Kasavubu, Simon Kimbangu, le cardinal
Malula, les étudiants tués respectivement en 1969
et en 1990 ainsi que les martyrs massacrés le 16 février
1992 pour le triomphe de la démocratie, la liberté
et les droits humains par le gouvernement de Mobutu et de Nguz
a Karl-i-Bond. Le peuple dénonce également le retour
des anti-valeurs farouchement combattues sous Mobutu notamment
le tribalisme, le népotisme, la corruption ainsi que le
détournement des deniers et biens publics, etc. À
tous ces flots d'anti-valeurs viennent se greffer les tortures
morales et physiques au quotidien : arrestations fantaisistes
et arbitraires, coups de fouets, mutilations, tortures et autres
traitements dégradants, qui sont loin de favoriser l'unité
nationale tant souhaitée, ni la confiance au pouvoir auto-proclamé,
ce qui ne manquera pas d'avoir des répercussions négatives
sur la santé de la nouvelle monnaie, que l'on veut mettre
en circulation avant les préalables à maintes reprises
conseillés, tant par la rigueur économique et budgétaire
ainsi que par les président Dos Santos d'Angola, Julius
Nyerere de Tanzanie, Nelson Mandela et Thabo Mbeki d'Afrique
du Sud ainsi que par l'Union Européenne et le département
américain dans leurs différents contacts avec le
pouvoir AFDL.Au plan diplomatique, le pays est isolé et
la coopération suspendue. De plus, le crime de génocide
qui sera confirmé à l'endroit du pouvoir AFDL entraînera
certainement des répercussions graves sur la nouvelle
monnaie.
7. Au plan économique, le Franc congolais voit le jour
en pleine déflation. Toutes les infrastructures sont détruites,
la production est pratiquement à l'arrêt, le système
bancaire est totalement déréglé et a perdu
la confiance du public. Par ailleurs, privé de soutien
populaire, le gouvernement AFDL est incapable de démarrer
son plan triennal et donc de relancer la production, l'un des
principaux soutiens au bon comportement de la monnaie.
8. Il ressort de ce qui précède que la réforme
monétaire préconisée par l'AFDL est une
aventure qui ne vise que le changement des signes monétaires
en vue de l'enrichissement rapide des dignitaires de l'AFDL,
à l'instar de ceux du MPR. Mise en route dans un contexte
politico-économique malsain, la réforme monétaire
de l'AFDL n'aura pas des effets stabilisateurs que l'on peut
en attendre, elle rejoindra ainsi toutes les réformes
précédentes du MPR ou de celle exécutées
en 1993 par son valet Birindwa de triste et médiocre mémoire.
Les mêmes causes ne produisent-elles pas les mêmes
effets? Comme l'a judicieusement souligné le Comité
National de l'UDPS dans sa déclaration du 20 juin 1998
sus-évoquée, les préalables concrets et
minimums ci-après devront être observés avant
de songer à une réforme monétaire si l'on
tient à lui éviter le dérapage :
la libéralisation des activités des partis
politiques, ce qui entraînera la libération de tous
les prisonniers d'opinions dont son Excellence Étienne
Tshisekedi, Premier Ministre élu à la CNS et chef
de file de l'opposition radicale,
la mise en place d un cadre juridique concerté pour
la gestion de notre pays pendant la période qui précède
les élections libres, transparentes et démocratiques,
en présence de l'ONU, de l'OUA et de l'Union Européenne.
B. Le rapport d'enquête de l'ONU.
9. Depuis l annonce de la publication du rapport d'enquête
de l'ONU, l'opinion est surprise des gesticulations et des agitations
du pouvoir AFDL et de son président.
10. L'UDPS met en garde tout individu ou groupe d'individus
qui tenterait de trafiquer le rapport d'enquête au risque
d'encourager d'autres illuminés à commettre les
crimes du même genre contre l'humanité.
11. L'UDPS dément avec la dernière énergie
des informations suivant lesquelles la Nation serait en danger
et menacée d'embargo par l'ONU à l'occasion de
l'adoption de ce rapport. Notre Parti exige que tous les individus
impliqués et reconnus coupables de ces crimes contre l'humanité
soient jugés et punis conformément au droit international
en vigueur.
|