
George W. Bush en Afrique condamne l'esclavage mais ne demande pas pardon
Par
lesoftonline.net 08/07/2003
Paris, Bruxelles, Washington, Dakar, 8 juillet 2003, Reuter, Washington File, lesoftonline.net
Le président George W. Bush, qui effectue du 7 au 12 juillet sa première visite en Afrique, a choisi l'île de Gorée au large du Sénégal, pour son premier discours à son arrivée en Afrique. Gorée est l’île d'où partaient les esclaves pour les Amériques. Debout, le dos à la mer, devant un groupe réduit d'invités, le président américain a qualifié l'esclavage « d'un des plus grands crimes de l'histoire » mais n’a pas demandé pardon. Il a notamment déclaré que les Etats-Unis allaient œuvrer « aux efforts des pays d'Afrique de l'ouest pour rétablir la paix au Liberia. » M. Bush, soumis à de fortes demandes africaines, n’a toutefois pas précisé si Washington allait envoyer des troupes dans ce pays d'Afrique de l'Ouest en proie à une guerre civile.
Par ailleurs, Washington s’est déclaré «se réjouir de l'annonce faite le 30 juin concernant la formation d'un gouvernement de transition en République démocratique du Congo, une mesure qui constitue un grand pas en avant dans le processus démocratique de ce pays », précise un communiqué de
presse publié le 3 juillet par le département d'Etat. Le communiqué poursuit : « Les Etats-Unis appuient la formation d'un gouvernement de transition et considèrent qu'il s'agit
d'un progrès en vue du règlement pacifique de la crise au Congo dont
l'issue devrait être la tenue d'élections démocratiques. Les Etats-Unis félicitent le président congolais, M. Joseph Kabila, ainsi que les autres parties à l'accord sur la transition pour s'être
entendus sur toutes les questions en suspens, permettant ainsi la
formation d'un gouvernement de transition représentatif ».
Lors d'une conférence de presse organisée le 3 juillet à la Maison-Blanche à l'intention de journalistes africains, avant le début de sa tournée qui le conduira en cinq jours dans cinq pays d’Afrique (Sénégal, Afrique du Sud, Botswana, Ouganda, Nigeria), le président a expliqué qu'il « ne manquerait pas de dire aux Africains que l'Amérique s'intéresse vivement à leur avenir ». Déclarant qu'il était impatient de faire sa première visite officielle sur le continent africain, M. Bush a lié l'avenir de l'Afrique, aux plans économique, politique et humain, à celui des Etats-Unis. « Il est
dans l'intérêt national de chacun que l'Afrique devienne un endroit prospère ; il est dans notre intérêt que les gens continuent à lutter ensemble contre le terrorisme ; il est dans notre intérêt de trouver
des solutions aux souffrances qui sont mises à jour », a-t-il souligné.
Répondant aux questions que lui ont posées Charles Cobb de AllAfrica.com (Etats-Unis), Laolu Akande du « Guardian » (Nigeria), Dame Babou du « Sud Quotidien » (Afrique francophone) et Deon Lamprecht de « Media 24 » (Afrique du Sud), le président a énuméré plusieurs des
initiatives qu'il a prises afin d'aider l'Afrique et les Africains, notamment son initiative visant la lutte contre le VIH/sida, le Compte du millénaire, une initiative appuyant l'éducation financée à hauteur
de 600 millions de dollars sur cinq ans, et une autre initiative de 100 millions de dollars relative à la lutte contre le terrorisme en Afrique orientale. Sur le Liberia, M. Bush a indiqué qu'il était en train d'évaluer ses options, rappelant toutefois : « M. Taylor doit partir. Le progrès en dépend. Il doit abandonner les rênes du pouvoir », a-t-il répété.
« Le président Bush est peut-être un personnage énigmatique pour beaucoup d'Africains, mais ils vont bientôt se rendre compte qu'il est un homme franc qui tiendra sa parole lorsqu'il s'agit des
programmes d'assistance qu'il a proposés pour l'Afrique », a fait remarquer le président de la sous-commission africaine de la Chambre des représentants, M. Ed Royce, député républicain de Californie. Lors de son périple en Afrique, au Nigeria, le président prononcera son principal discours devant les milliers d'Afro-Américains qui participeront au sommet Leon Sullivan.
A la question de savoir ce qu'il pourrait bien dire aux Africains à propos de ce président, M. Royce, qui est à la tête de la sous-commission africaine depuis plus de cinq ans, a répondu : « Je leur rappellerais que c'est un président qui a annoncé un programme inédit afin de les aider à lutter contre le VIH/sida ». Et d'ajouter : « C'est un président qui a conçu un programme visant à renforcer les économies des pays en développement par le truchement du Compte du millénaire, un président qui a donné son appui à un accroissement des échanges avec l'Afrique avec à la clé la création de
dizaines de milliers d'emplois pour un continent qui en a bien besoin, un homme qui s'efforce de restaurer la salubrité de l'environnement grâce au partenariat en faveur des forêts du bassin du Congo ».
Par la même occasion, « si le président Bush est d'avis que les Africains doivent beaucoup compter sur les Etats-Unis, il estime en retour que nous devrions compter sur les Africains pour qu'ils s'engagent sur la voie de la démocratie et du respect des droits de l'homme », a-t-il fait remarquer.
Depuis qu'il a assumé ses fonctions, il y a deux ans et demi, le président Bush a eu l'occasion de s'entretenir avec une vingtaine de chefs d'Etat africains, mais son premier voyage en Afrique est
significatif, a dit M. Royce, « car ces chefs d'Etat seront en mesure de lui dire comment ils entendent prendre l'engagement politique indispensable pour appuyer les initiatives américaines en matière
d'assistance ».
A propos des délais qu'accuse le Congrès pour pleinement appuyer et
financer les programmes d'aide à l'Afrique que M. Bush a proposés, des
programmes qui exigeront des milliards de dollars, M. Royce a expliqué
: « Des collègues des deux partis politiques et moi-même avons appuyé
le financement de l'initiative visant la lutte contre le VIH/sida (15
milliards de dollars) ainsi que les fonds pour l'initiative en faveur
des forêts du bassin du Congo qui mettra fin à un déboisement qui ne
peut plus durer, et bien évidemment la Loi sur la croissance et les
possibilités en Afrique (AGOA) que le président Clinton a promulguée
en 2000 et à laquelle le président Bush a accordé tout son appui ». L'été dernier, M. Bush a amendé l'AGOA afin d'étendre les bénéfices conférés par cette loi à un plus grand nombre de produits. Ces
produits, fabriqués par des pays qui s'efforcent de réformer leur
économie, peuvent être exportés aux Etats-Unis sans droits de douane.
L'un des dossiers les plus délicats auxquels se heurtent le Congrès de
même que le gouvernement Bush consiste à collaborer avec les Africains
afin de mettre fin aux conflits sur leur continent, notamment en
Afrique occidentale « où Charles Taylor ( le président libérien) est
celui dont les incursions en Guinée et en Sierra Leone, et aujourd'hui
en Côte d'Ivoire, sont responsables de la mutilation et de
l'assassinat d'innombrables personnes ».
Peu de temps avant la date prévue pour son départ, le président Bush a
exhorté le président Taylor à céder le pouvoir et a laissé entendre
qu'il réfléchissait à la question d'envoyer ou non des soldats
américains dans le cadre d'une mission de maintien de la paix au
Liberia.
Pour M. Royce, le rétablissement de la stabilité en Afrique
occidentale passe par la traduction en justice de Charles Taylor.
Lorsqu'on lui a demandé son avis à propos d'une intervention de
soldats américains, M. Royce a déclaré : « Je pense que les Etats-Unis
devraient appuyer par du matériel, une aide logistique et technique et
quelques spécialistes militaires ce qui devrait être essentiellement
une opération de maintien de la paix africaine ».