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De g., à dr., Strauss-Khan (FMI), le Président Kabila Kabange, Le Président Robert Zoellick (Banque Mondiale). MONTAGE LE SOFT NUMÉRIQUE.

Le point d'achèvement, le plus dur est à venir: l’accès aux marchés de capitaux

MISE EN LIGNE LE 15 JUILLET 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1057 DATÉ 14 JUILLET 2010.
La R-dC a donc obtenu l’effacement de cette dette de 10,9 milliards de dollars. Un happy end - mieux vaut tard que jamais - dans cette lutte qui visait l’annulation d’une dette contractée depuis les années Mobutu dans l’euphorie générale du renchérissement du cours de cuivre. Avec une nouvelle, on peut penser que la tutelle qu’exercent ces institutions sur notre pays a disparu.

Erreur! Si les vigiles officiels sont passés au second rang, ils ont vite cédé le témoin à de nouveaux gendarmes qui ressemblent étrangement à la main invisible d’Adam Smith. Mais que peut-on attendre d’une telle réduction de poids de la dette qui, pendant plus de trois décennies, a placé la République sous les fourches caudines d’abord de la CÉE, Communauté Économique Européenne ensuite du FMI et de la Banque mondiale, avec comme conséquence fâcheuse d’avoir créé une culture d’assisté?

L’histoire de la dette extérieure de la R-dC est sans doute la plus vieille crise de paiement du monde car le pays était aux guichets du FMI, six ans avant que la crise de la dette ne se mondialise.

Une dette dévaluée négociée à 40% de sa valeur. Plusieurs contingences ont pesé pendant des décennies sur le long processus de l’effacement de la dette des pays pauvres en général et de la R-dC en particulier. D’abord, au fil des ans, les pays créanciers eux-mêmes, lassés, avaient fini par comprendre que les pays du Tiers-Monde ne rembourseront jamais la dette.

LES «ÉLEPHANTS BLANCS» DE MOBUTU.
Aussi, les banques commerciales avaient fini par provisionner leurs créances, en revendant leurs actifs sur les marchés internationaux avec une forte décote, comme celle de la R-dC avec 40% dans les années 1990. En jargon comptable, cela signifie les loger au compte des pertes et profits, c’est-à-dire, les annuler. Par exemple, la dette r-dcongolaise de 13.6 milliards de dollars équivaut presque à son PIB (Produit intérieur brut) estimé à 15 milliards de dollars.

En d’autres termes, il aurait fallu aux R-dCongolais de consacrer tout ce qu’ils produisent en une année pour apurer entièrement la dette de la Nation. De plus, si le pays consacre 50% de son budget au service de la dette comme dans les années 1980, cela ne peut que hypothéquer son développement.

Les moratoires obtenus dans les négociations de cette dette avaient fini par constituer une montagne de la dette. Repoussée d’année en année, cette montagne a créé un malaise aussi bien chez les créanciers que chez les débiteurs.

D’ailleurs, ne dit-on pas de la crise de la dette, qu’elle a été une rencontre des débiteurs imprudents et des créanciers cupides dont le cas de la R-dC en est la meilleure illustration? Engendrée dans la seconde moitié de 1970 par les fameux «Éléphants blancs»: la ligne haute tension Inga-Shaba, le complexe sidérurgique de Maluku, la tour CCIZ, la CINAT, la Cité de la Voix du Zaïre, etc., dont l’encours global était estimé à 1,8 milliard de dollars, la dette r-dcongolaise n’a cessé de prendre des dimensions effrayantes jusqu’à atteindre 15 milliards de dollars sans additionner les sommes versées au titre de loyer depuis 1976.

Trente cinq années consacrées à rembourser une dette des «Safaris technologiques» qui, pour paraphraser Benoît Verhaegen, n’ont eu aucune incidence sur le développement du pays, si ce n’est que de l’avoir plongé dans une crise sans issue. Contrairement aux pays du Sud qui ont connu leur crise des paiements en 1982, celle de la R-dC remonte à plus tôt, lorsqu’en 1975 lors d’un contrôle de routine, le FMI découvre des cadavres dans les placards de l’ex-BZ (l’actuelle Banque Centrale du Congo).

En effet, le pays ne versait plus les intérêts de sa dette. Aussitôt commence le cycle des négociations devenues sans fin avec les créanciers du tout puissant Club de Paris, qui détiennent plus de 90% de la dette de notre nation. Il s’ensuit une mise sous tutelle du pays, notamment de ses secteurs économiques générateurs de devises qui passent sous la gestion de la CÉE, la Communauté Economique Européenne, l’ancêtre de l’UE, Union Européenne.

Avec des missi dominici que les ex-Zaïrois ont vite baptisés «Bulamatari». Un nom à résonance coloniale qu’ils avaient donné jadis à l’explorateur anglais Milton Stanley et ainsi qu’à ses collaborateurs. Les «Zaïrois fiers» qui, dans leur hymne national, chantaient: «peuple grand, peuple libre à jamais», sont médusés de voir les symboles de leur indépendance passer sous contrôle des Européens.

C’est le cas de la Banque Centrale, de la Gécamines, de l’Onatra, de la Sncz, d’Air Zaïre, c’est-à-dire des sociétés publiques pour la plupart créées par Mobutu durant les années de son discours nationaliste d’indépendance économique.

Mais, c’était sans compter avec «L’homme seul», le «Grand Léopard» qui va multiplier les incidents, comme ce général qui se présente à l’ex-BZ, la kalachnikov au poing, avec des malles pour réclamer des devises à Blumenthal, D-g de la Banque Centrale.

Si dans un tel climat, ce dernier échoue à mettre de l’ordre à la BZ par où saignent les Finances publiques et s’en va tête baissée, il n’a pas fini de pourfendre Mobutu. Car il lui fera plus de mal en prenant sa revanche dans un rapport signé au vitriol et très médiatisé, dans lequel il démontre que le décollage économique du pays est impossible avec Mobutu. Une opportunité qu’exploite, avec délectation, «l’opposant» Nguz a Karl-I-Bond dans son exil européen. Néanmoins, des plans de stabilisation économique et financière assortis des crédits «stand-by» vont se poursuivre avec le FMI, sans succès notoire. Ce qui crée des tensions dans le pays.

Si la dictature, grâce à l’Untza (Union nationale des travailleurs du Zaïre) où Kombo Tonga Booke est nommé à la tête pour remplacer le «dangereux» Kikongi, empêche des révoltes de la faim qui embrasent des pays voisins comme la Zambie, la tempête va souffler là où on l’attendait le moins. Sur l’appareil dirigeant qu’est le Comité Central du MPR, le parti unique. En effet, une frange de membres conduits par le professeur Mabi Mulumba critique, lors d’une séance de cette instance, la politique de rigueur pratiquée par le Premier ministre Kengo wa Dondo.

Mobutu y prête une oreille attentive, monte la tension avec son historique «la rigueur? On ne mange pas la rigueur» et nomme le porte-voix des contestataires à la place de Kengo pour conduire une politique d’alternance. Le miracle n’ayant pas eu lieu, Le Léopard rappelle celui que les ex-Zaïrois appellent ironiquement «l’homme de la rigueur» à reprendre le tablier.

LA FATIGUE DES CRÉANCIERS RENDAIT L’ANNULATION DE LA DETTE IRRÉVERSIBLE.
De la stabilisation aux réformes structurelles. L’ex-Zaïre n’était pas le seul pays à avaler la pilule amère du «Strait jacket» du FMI. C’était la rançon à payer par tous les pays du Tiers-monde englués jusqu’au coup dans le piège de la dette.

Après plusieurs infructueuses tentatives de résolution notamment par des plans de stabilisation, la crise de la dette a sonné l’hallali des révoltes de la faim dans plusieurs pays. Convaincu que la nature de la crise n’est pas une crise de la demande appelant des remèdes keynésiens, mais plutôt une crise de rentabilité des entreprises, et, donc, de la production et de l’offre, le FMI change radicalement de fusil d’épaule.

À partir de 1986, il s’associe à la Banque mondiale pour élaborer des PAS, les Programmes d’ajustement structurel, basés sur les réformes économiques et assortis des facilités financières à l’appui des réformes. Des facilités qui connaîtront aussi plusieurs mutations lorsqu’il apparaîtra que les différentes initiatives en matière de réduction de la dette qui les accompagnent sont inefficaces.

Ce fut notamment le cas du plan Baker, des initiatives Brady et de Toronto, et des swaps de dette contre les actions des entreprises de l’État ou les matières premières. C’est lors de ces tentatives que le gendarme monétaire international met au placard les traditionnels crédits stand-by pour créer en 1986 la Facilité d’ajustement structurel (FAS).

Cette dernière n’a qu’une destination: les pays qui ont des problèmes de balance des paiements et qui acceptent d’entreprendre, sous la tutelle du Fonds, un programme des réformes économiques. La R-dC sera parmi les premiers cobayes du PAS bénéficiant de ces crédits. En 1987, la facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR) remplace la FAS. La nouvelle génération des prêts associe les crédits du FMI générés par la vente de ses stocks d’or à des ressources empruntées sur les prêts spéciaux et les dons.

Pour la première fois, grâce à la FASR, le FMI introduit dans la gamme de ses technologies financières la notion de ressources concessionnelles, c’est-à-dire des prêts à taux d’intérêt faible. C’est la ruée, plus de 50 pays se bousculent aux guichets du FMI pour en bénéficier en 1992. Mais avec la chute du Mur de Berlin, les pays de l’ex-bloc soviétique adoptent le libéralisme et le FMI se tourne vers eux. La transition brutale vers l’économie de marché de ces États provoque des perturbations et une crise systémique. La facilité de transformation systémique (FTS) créée en 1994 répond à cet effort de transformation.

En effet, ce que le D-g du FMI, Michel Camdessus, appelle «une entreprise de transformation économique et politique sans précédent dans l’histoire» mobilise plus de ressources que celles destinées au Sud.

Au point que d’aucuns comme Zaki Laïdi évoque la menace de l’éviction du Sud par les pays de l’Est européen. Comment donc, ces pays vont même bénéficier de la part de la CEE d’une banque de développement, la BERD, la Banque européenne pour le développement de l’Europe de l’Est.

C’est la grande déception au Sud où cette banque promise par la BIRD se fait toujours attendre. Le FMI est sur tous les fronts au point qu’on craint qu’il ne dispose plus de liquidité, comme lors de la crise asiatique en 1997. Il créera néanmoins les FTS, la Facilité de réserve systémique comme remède aux économies malades de la volatilité du capital.

Cependant, malgré ces efforts d’injecter toujours de l’argent frais, les programmes du FMI continuent à bloquer le développement au Sud comme dans le monde où les programmes des réformes desquels il s’inspire provoquent une pauvreté massive. Ce qui émeut la Communauté internationale dont le G8 qui, lors de son sommet de Cologne en 1999, décide de changer de stratégie de résolution de la crise de la dette avec dans la mire l’objectif de s’attaquer à la pauvreté devenue massive. Cette stratégie porte le nom d’IPPTE, Initiative Pays Pauvres Très Endettés. Son objectif proclamé est de créer un cercle vertueux d’allégement de la dette et de recul de la pauvreté.

ET VÎNT LE POINT D’ACHÈVEMENT.
L’IPPTE se mondialise grâce à la croisade mondiale contre la pauvreté, mieux, ce que le Fonds lui-même appelle «l’internationalisation des stratégies de réduction de la pauvreté».

Une croisade conduite par ce que les médias ont baptisé «la Bande de quatre», à savoir l’ONU, la Banque mondiale, le FMI et l’OMC. En 2000, sous la bannière des Nations Unies, la bande des quatre a signé la Déclaration du Millénaire visant à réduire de moitié la pauvreté à l’échéance de 2015, dans laquelle les quatre se sont engagés avec les pays riches à prêter main forte à la BM et au FMI dans leurs efforts de financer le développement dans l’hémisphère Sud.

Avec l’avènement de l’IPPTE, au niveau domestique, la lutte contre la pauvreté n’est plus l’apanage du seul gouvernement du moment où les organismes d’intervention ont constaté que le concours de la société civile est indispensable pour le succès des réformes. N’est-ce pas elle qui est l’instigatrice des révoltes de la faim?

C’est pour cette raison qu’elle est impliquée dans l’élaboration des DSCRP, le fameux Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté, dans lequel le gouvernement s’approprie, dirige et développe sa propre stratégie pour la réduction de la pauvreté, autant qu’il approuve la mise en œuvre des politique et réformes intérieures profondes.

De l’utile à l’agréable, une facilité financière appelée «Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC)» forme la base des prêts concessionnels et allégements de dette consentis par le FMI, la BM et les autres partenaires du développement. Avec, in fine, si le programme réussit, cette réduction de plus de 90% de la dette que lorgnent, à l’instar de la R-dC, tous les pays endettés. L’appel à la société civile n’est pas l’unique innovation. Il y a en plus l’affectation des fonds libérés par l’effacement de la dette, lesquels sont canalisés vers les programmes sociaux (santé, éducation, etc.).

ENTRE ROSES ET ÉPINES DES AGENCES DE RATING ET DES MARCHÉS FINANCIERS.
Une bonne chose, la dette devient gérable. Avec l’effacement de la dette, la R-dC est-elle au bout de ses peines? Loin s’en faut. La réduction de la dette est une très bonne chose. Elle permettra au pays d’économiser entre 30 et 50 millions de dollars qu’il versait mensuellement aux créanciers du Club de Paris à titre du service de la dette. Cependant, le pays n’est pas sorti de l’auberge car il nous semble que le plus difficile est à venir.

En effet, hier, le programme avec le FMI constituait une espèce d’épée de Damoclès suspendue sur sa tête, qui rappelait au gouvernement ses obligations financières et une certaine discipline budgétaire. Aujourd’hui, en quelque sorte, il est affranchi et ne devra plus attendre du FMI que cette assistance technique dont bénéficient tous les États membres. Il peut donc désormais s’approprier son programme économique dans la mesure où, hier, bien que théoriquement le sien, c’était le Fonds qui, siégeant au Conseil des ministres, comme le pense Zaki Laïdi dans «Enquête sur la Banque Mondiale» (Fayard, 1989), dictait les objectifs et les politiques à conduire.

Désormais, cela le sera de moins en moins, si le gouvernement réussit le décollage économique et n’éprouve plus de difficultés de balance des paiements pour quémander encore des crédits. Avec moins de 4 milliards de dollars de dette, ça devient facilement gérable. Cependant, nous ne devons pas perdre de vue que la dette colossale d’aujourd’hui était partie d’un ensemble de prêts qui ne dépassaient pas 2 milliards de dollars au milieu des années 1970.

Ceux qui se frottent les mains en se disant que ç’en est fini avec les institutions financières de Washington se trompent. Le Fonds ne partira pas aujourd’hui de notre pays et y restera le plus longtemps possible pour surveiller l’affectation effective au secteur social des sommes naguère consacrées au remboursement de la dette. S’il ne tient pas les cordons de la bourse, il va décortiquer nos dépenses et les passer au scanner, chose qu’il ne faisait pas par le passé. Etant donné qu’il ne se contentait que de suivre l’évolution des indicateurs macroéconomiques...

UNE URGENCE: L’ACCÈS AUX MARCHÉS DE CAPITAUX.
La R-dC doit changer de fusil d’épaule pour réussir le grand combat qui l’attend dans une économie globalisée où ne réussissent que les nations qui offrent au capital financier les meilleures conditions de sa fructification. Ce combat a pour nom la reconquête de la crédibilité financière internationale ternie après de longues décennies de mal gouvernance.

De son succès dépendra assurément son avenir: accéder à l’enviable statut de pays émergent dont il rêve ou demeurer l’éternel réservoir des matières premières et pays sous-développé. Point n’est besoin de rappeler que la mise en valeur de ses scandaleuses ressources naturelles exige de l’argent frais et de la technologie. Ces ingrédients du progrès ne s’obtiennent que si le gouvernement construit des infrastructures de qualité, assainit le climat des affaires et rassure les investisseurs.

Pour s’équiper des premiers, il lui faudra recourir aux marchés de capitaux, ce qui suppose avoir une bonne image financière. Alors que pour le second, il faut construire un État de droit, engager la lutte contre la corruption et consolider l’assainissement du cadre macroéconomique. Si la R-dC peut désormais échapper au diktat des institutions de Bretton Woods, elle n’échappera jamais, à l’instar des autres nations du monde, au regard vigilant des marchés financiers et à la tutelle des agences de notation comme Moody’s, Fischer et Standards and Poor’s. De gré ou de force, ces agences de rating peuvent jeter un regard sur nos comptes nationaux, nos indicateurs macroéconomiques et nous octroyer une cote. Laquelle est très attendue des marchés financiers et des méga épargnants tels que les fonds de placement, les caisses de retraite et les compagnies d’assurances. C’est, par exemple, de cette cote que dépendra le succès des obligations que nous pourrons émettre dans les bourses internationales pour emprunter la liquidité nécessaire à la construction et à la modernisation de nos infrastructures physiques.

C’est désormais le prix de la modernité à payer si nous voulons réellement développer ce vaste sous-continent. D’où, l’absolue nécessité qui s’impose de rompre définitivement avec nos mauvaises mœurs financières héritées du mobutisme.

DESIRE M. MUWALA-BOL’MAKOB
lesoftonline.net 14/07/2010

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