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DROITS DE L'HOMME.


Floribert Chebeya Bahizire. L'activiste des droits de l'homme r-dcongolais trouvé mort mercredi 2 juin à bord de sa voiture. DROITS RÉSERVÉS.

Le mystère de la mort de Floribert Chebeya Bahizire

MISE EN LIGNE 4 JUIN 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1048 DATÉ 4 JUIN 2010.
La famille a demandé l’autopsie du corps de l’activiste, ce qu’aucun service n’a trouvé à redire. L’autopsie doit être pratiquée vendredi 4 juin par au moins deux médecins, a appris Le Soft International, dont un désigné par la famille, a-t-elle exigé. À nouveau, aucun service de l’État n’a trouvé à redire. L’intervention doit révéler de quoi est mort Floribert Chebeya Bahizire dont le corps inerte a été trouvé à bord de sa voiture, une Mazda 626 allongé sur le banc arrière non loin du site Joli Parc, dans le quartier Mitendi, commune de Mont Ngafula.

Reste qu’impossible: l’inspecteur général de la Police Nationale Congolaise IGPNC n’avait aucun rendez-vous avec le directeur exécutif de l’ONG la Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme. Toute la journée de mardi 1er juin, le général John Numbi Banza Tambo se trouvait à Kingakati, à la ferme présidentielle située non loin du village de Menkao, banlieue Est de la Capitale, sur la route de Bandundu.

Il y était reçu avec le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, le prof. Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu.

Depuis la veille, le Vice-Premier ministre et le patron de la Police Nationale Congolaise savaient qu’ils avaient une séance de travail le lendemain 1er juin avec le Président de la République en rapport avec le dispositif sécuritaire à déployer dans la Capitale en prévision de la fête du Cinquantenaire.

Le jeudi 3 juin au matin, les Kinois ont vu défiler à travers la ville des colonnes d’hommes en armes, des policiers et des militaires en plein exercice grandeur nature. Ces exercices en temps réel avaient été décidés à Kingakati lors de cette réunion de mardi 1er juin.

«Ni ce mardi 1er juin, ni les jours suivants, ni les jours avant, le directeur de l’ONG la Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme n’avait à rencontrer le général John Numbi», déclare au Soft International un proche du dossier.

PLUS LE MENSONGE EST GROS, PLUS IL EST CRÉDIBLE.
Inspecteur provincial de la Police Nationale Congolaise en charge de la ville de Kinshasa, l’Inspecteur divisionnaire Adjoint, J.D. Oleko a laissé entendre sur plusieurs stations de radio de la Capitale que le président de l’ONG était un ami de la police, dont les «avis pertinents étaient très sollicités et écoutés». «Nous le sollicitions souvent pour l’entendre nous prodiguer des conseils», a-t-il déclaré en substance.

Chebeya était à ce point si proche d’eux que lors de la mort récente de sa mère, «nous étions tous au deuil qui l’a frappé», a poursuivi le général Oleko.

Le corps sans vie de Chebeya a été retrouvé, a déclaré la police, mercredi 2 juin, par des passants, «aux environs de 5 heures du matin», non loin du centre d’accueil Joli Site, dans la commune de Mont Ngafula, Ouest de la Capitale.

La famille a demandé l’autopsie qui va être pratiquée vendredi 4 juin par au moins deux médecins, dont un désigné par la famille.

Quand il a appris que son nom avait été cité comme l’homme avec qui l’activiste trouvé sans vie avait un rendez-vous, «le général Numbi n’a rien compris, a paru troublé», confie un proche du dossier au Soft International.

«En tant que chef de la police, le général a la réputation d’être un homme de fer, qui ne soulève pas forcément d’enthousiasme au sein du corps», a-t-on confié au Soft International. Son nom a-t-il été mêlé à cette affaire par ses adversaires pour le nuire? Plus le mensonge est gros, plus il est crédible, dit-on.

A 47 ans, Floribert Chebeya Bahizire n’avait pas un dossier de sécurité qu’il détiendrait ou dont il aurait eu connaissance au point d’intéresser les services de sécurité de la République.

UNE RENCONTRE GALANTE QUI SE SERAIT TERMINÉE PAR UN INFARCTUS?
«Nous avons dans ce pays des personnes qui tirent à boulets rouges matin, midi, soir sur le régime, sur même la personne du Chef de l’État. Qui s’en prennent même à sa vie privée. Ces personnes circulent en toute liberté. Qui peut dire - croire ou faire croire à qui - que ce pouvoir est un pouvoir sanguinaire qui élimine des activistes des droits de l’homme?», se désole le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité qui s’entretenait jeudi 3 juin en milieu de journée avec un journaliste du Soft International.

Contrairement à ses habitudes, le prof. Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu a, la veille, mercredi 2 juin, soit aussitôt qu’il a appris la nouvelle du décès du directeur exécutif de l’ONG La Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme, rédigé un communiqué de presse publié le lendemain jeudi dans tous les tabloïds parus dans la Capitale. Une fois n’est pas coutume, le Gouvernement a voulu communiquer, sans tarder, de façon plus professionnelle, avec la plus grande précision. Soit un communiqué de presse.

«Le Gouvernement de la République présente à la famille éprouvée et aux Organisations de défense des Droits de l’homme en République Démocratique du Congo, ses condoléances les plus attristées». Il les assure «de sa détermination à renforcer les mesures de sécurité pour que les activités des Organisations de défense des droits de l’homme en République Démocratique du Congo continuent à s’exercer sans aucune entrave», écrit le communiqué.

Le prof. Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu déclare dans ce texte, qu’à ce stade de l’enquête ordonnée à tous les services de sécurité et de renseignement, «aucune piste n’est privilégiée».

Selon des confidences parvenues au Soft International, c’est le Vice-Premier ministre qui a informé incidemment le Président de la République dans la journée de mercredi 2 juin. Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu tenait informé le Chef de l’État de sa décision de faire une déclaration. «Une déclaration? Sur quoi?»

Quand il a appris qu’elle se rapportait à la mort du président de l’ONG la Voix des Sans Voix dont le corps sans vie venait d’être découvert le matin, dans un quartier de la commune de Mont Ngafula, le président de la République n’a pas caché son émotion.

«C’est mauvais, très mauvais. Très mauvais...», a-t-il déclaré sous le choc, selon un proche du dossier.

Signe que l’État a pris l’affaire très au sérieux, la police nationale - une fois n’est pas coutume - a également communiqué et par voie de communiqué de presse.

L’État très clairement a levé l’option de jouer la transparence. Dans un texte signé par le général Jean de Dieu Oleko, on apprend que le corps sans vie de Floribert Chebeya Mahizire a été identifié par la police descendue sur les lieux à l’appel des passants après qu’elle eût fouillé ses poches et «découvert un nombre important de cartes de visite portant son nom».

«Il s’agissait de M. Chebeya Bahiziré, Directeur Exécutif de l’ONG La Voix des Sans Voix, domicilié au n°3858 de l’avenue des Écuries, Quartier Joli Parc, Commune de Ngaliema», lit-on dans le communiqué de la PNC.

Dans ce texte, on apprend aussi que les agents «descendus sur le lieu (...) ont trouvé effectivement un cadavre d’un homme sans aucune trace visible de violence, dont l’étirette du pantalon (ndlr: la fermeture éclair) était ouverte et à côté duquel se trouvaient deux préservatifs déjà utilisés et un paquet entier de trois pièces non utilisées, une boîte de stimulant Davigra qui contenait une plaquette de deux comprimés déjà utilisés, deux ongles artificiels et quelques mèches de dames».

Se trouvait-il en galante compagnie qui se serait terminée par un infarctus ou les agresseurs du président de la Voix des Sans Voix ont-ils laissé ces indices sur le lieu du crime dans le but de brouiller les pistes? Seule l’enquête le déterminera...

LES DERNIERS INSTANTS DE VIE DE FLORIBERT CHEBEYA RETRACÉS.
Dans le tout premier communiqué de l’ONG rendu public le 2 juin dont copie est parvenue au Soft International, on apprend minutes après minute les derniers instants de vie de Floribert Chebeya Bahizire. Il s’agit du communiqué n°030/RDC/VSV/CD/2010. Intitulé, «R-dCongo: Le Défenseur des Droits humains Floribert Chebeya Bahirize porté disparu», on y apprend que l’ONG exprimait sa vive inquiétude après «la disparition de son Directeur Exécutif (...) depuis mardi 1er juin 2010, vers 17 heures».

Le communiqué de l’ONG poursuit: «M. Floribert Chebeya Mahizire a reçu dans l’avant-midi de la date précitée, un appel téléphonique l’invitant à répondre à un rendez-vous sollicité auprès de l’Inspecteur Général de la Police Nationale Congolaise (IG/PNC), Général John Numbi Banza Tambo».

«Accompagné de M. Fidèle Bazana Edadi, membre et chauffeur de la VSV, le Directeur Exécutif s’est rendu aux bureaux de l’IG de la Police, sis commune de Lingwala à Kinshasa/R-dCongo».

«Vers 19h44’, l’épouse de la victime a reçu une série de messages SMS en provenance du téléphone de cette dernière en ces termes: «Je n’ai pas pu rencontrer l’IG. Je crois qu’il est retenu quelque part. Je vais à l’UPN».

UN PERSONNAGE TROUBLANT NOMMÉ MICHEL INTROUVABLE.
«Vers 19h46’, «Je te rappelle dès que je me dégage»».

«En réponse à une question de son épouse démandant s’il avait été reçu au lieu du rendez-vous, M. Floribert Chebeya Bahizire réplique: «J’ai déjà quitté. Je fais un crochet vers l’UPN».

Rappelé à son téléphone à 21h15’, M. Floribert Chebeya Bahizire ne décrochait pas. Le téléphone du chauffeur, M. Fidèle Bazana Edadi était fermé». «Depuis 01h00’ du matin, tous les appels du téléphone de M. Floribert Chebeya Bahizire sont transférés et le chauffeur n’est pas joignable».

Dans le même communiqué officiel de VSV, on apprend que vendredi 28 mai, «la VSV a reçu un «Monsieur Michel non autrement identifié se réclamant de l’Inspection Générale de la Police désirant rencontrer M. M. Floribert Chebeya Bahizire». Il portait une correspondance destinée au Directeur Exécutif de la VSV.

N’ayant pas rencontré M. Chebeya, «M. Michel voulait rentrer avec la correspondance».

«Aussitôt informé, poursuit le communiqué de VSV, M. Floribert Chebeya Bahizire l’a fait revenir au siège de la VSV et s’est entretenu de vive voix avec lui avant de remettre le courrier à M. Olivier Kungwa, membre de la VSV». «Ce courrier accusait réception d’une lettre de la VSV adressée à l’IG en vue de son intervention pour l’humanisation des conditions carcérales sur toute l’étendue de la R-dCongo». Après que son directeur exécutif eût été «porté disparu», la VSV a joint au téléphone le nommé «Monsieur Michel» en vue d’en savoir plus sur cette disparition suspecte.

«M. Michel ne reconnaissait pas avoir appelé ce dernier mardi 1er juin 2010 et n’était pas au courant de ce rendez-vous», écrit le communiqué officiel de la VSV.

Qui ne précise pas si ce «M. Michel» est le même qui avait rencontré le vendredi 28 mai l’activiste, s’il existe à l’IGPNC un nommé Michel, et donc ne précise pas si l’homme rencontré quatre jours plus tôt par Chebeya était un faux Michel qui aurait emprunté le nom de Michel de l’IGPNC. On sait aussi par ce communiqué officiel de VSV n°030/RDC/VSV/CD/2010 daté du 2 juin 2010 que c’est bien Floribert Chebeya Bahizire lui-même - et non le contraire, comme a pu le dire plus tard un représentant de l’ONG VSV - qui avait sollicité de rencontrer le général John Numbi Banza Tambo.

Floribert Chebeya Bahizire n’était donc pas attendu au siège de la PNC, encore moins par le patron de la PNC pour être entendu sur une quelconque affaire comme des médias à l’étranger l’ont laissé croire.

Si ce détail était confirmé, il conduirait les enquêteurs vers le milieu de la prostitution ou du crime. «Il ne faut rien négliger. Il ne faut pas oublier que les ONG brassent d’importantes sommes d’argent qu’elles reçoivent de l’étranger. Il n’est pas impossible qu’ils puissent constituer un appât pour des criminels», explique un proche du dossier.

L’affaire a fait monter de plusieurs crans la tension dans la Capitale. La CÉNCO, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo parle d’assassinat et pointe du doigt le pouvoir. «On ne peut pas construire un État démocratique en éteignant la voix de ceux qui luttent pour la défense du peuple», tonne-t-elle, citée jeudi soir par des stations de radio kinoises.

FAMILLE ET MONUC ONT VISITE HIER LE CORPS DE CHEBEYA À LA MORGUE.
L’ONG VSV explique qu’elle va observer un deuil. «Au moment où le pays va célébrer le Cinquantenaire, nous, on s’apprête à enterrer notre ami», déclare l’un de ses membres.

Dans un communiqué publié jeudi 3 juin, le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies en R-dC, le Britannique Alan Doss, déclare avoir appris avec consternation la nouvelle de la mort de Chebeya. Il prie les autorités congolaises de diligenter une enquête pour que la lumière soit faite sur les circonstances de la mort de cet activiste «connu pour son engagement en faveur de la défense et de la promotion des droits de l’homme en R-DC».

Paris qui a adressé ses condoléances à la famille, aux proches et aux collègues de Floribert Chebeya, déclare dans un communiqué du porte-parole du Quai d’Orsay, que la France souhaite que les autorités congolaises fassent toute la lumière sur les circonstances de ce décès et prennent les mesures appropriées.

La France a rappelé l’importance qu’elle attache à l’action des défenseurs des droits de l’homme et à leur protection partout dans le monde.

À Bruxelles, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere, s’est dit «choqué» par l’annonce de la mort de Floribert Chebeya.
 Dans un communiqué, M. Vanackere ajoute qu’il a demandé à l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa, Dominique Struye de Swielande, de «suivre de près cette affaire inquiétante et, en concertation avec ses collègues de l’Union européenne, de se pencher sur la suite de cette affaire».

L’ambassadeur de la R-dC en Belgique Henri Mova Sakanyi a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Amnesty International réclame une enquête indépendante.

À Kinshasa, un représentant de l’ambassade des Pays-Bas présent à la conférence de presse de la VSV a prié le gouvernement d’ordonner une «enquête indépendante dans les meilleurs délais» et, éventuellement, de requérir l’assistance de la communauté internationale, expliquant que les ambassades de l’UE allaient évoquer l’affaire sous peu lors d’une réunion.

Le Soft International a appris qu’un représentant de la MONUC, un certain Amhed de la division des Droits de l’Homme de la Mission onusienne a visité jeudi aux environs de 11 heures le corps de l’activiste à la morgue de l’hôpital général Maman Yemo. L’onusien était à la tête d’un groupe de la mission. La famille a également identifié le même jour le corps de Floribert Chebeya Bahizire alors que d’aucuns regrettent qu’on ait mis autant de temps à laisser les proches accéder au corps.

«Il ne faut pas croire que la morgue de Maman Yemo est cernée par la police; pas du tout», a expliqué un proche du dossier. «À partir du moment où la nouvelle était connue, il appartenait à quiconque voulait voir le corps de se rendre à la morgue», a-t-on expliqué au Soft International.

Fidèle Bazana Edadi, le chauffeur était toujours porté disparu alors que des rumeurs faisaient état jeudi dans l’après midi qu’on aurait trouvé son cadavre sur la route de Kinkole, à l’Ouest de la Capitale.

T. MATOTU.
lesoftonline.net 04/06/2010

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