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DEVOIIR DE VÉRITÉ | DEVOIR DE MÉMOIRE.


Quelques semaines après la rencontre au pied du Palais de Marbre, Tryphon Kin-kiey Mulumba et Olivier Kamitatu Etsu se retrouvaient à la résidence du premier, à l'initiative du lieutenant Papy Kibonge, un proche d'Olivier Kamitatu. LE SOFT NUMÉRIQUE.

L’homme qui voulait devenir Président de la République

MISE EN LIGNE 4 JUIN 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1048 DATÉ 4 JUIN 2010.
Devoir de vérité, devoir de mémoire. À l’enfant qu’on a fait goûter du miel n’en démord point. Petite plongée dans un passé récent pour tenter de déceler ce qui arrive aujourd’hui à l’Alliance de la Majorité Présidentielle...

L’un de ceux qui font la pluie et le beau temps à l’AMP se destinait à la fonction suprême du pays. Il n’a jamais tourné le dos à l’idée qui sans cesse le démange. Problème: ils sont trop nombreux à se rêver en habit de Magistrat Suprême au lever du jour quand ils s’approchent du miroir. Comme l’autre qui a fini certes par le devenir...

***
DEVOIR DE VÉRITÉ, DEVOIR DE MÉMOIRE.
Un jour, je reçus un appel téléphonique d’un homme dont je n’avais plus de nouvelles depuis longtemps et qui m’invitait à déjeuner le lendemain dans un restaurant très sélect de la Capitale. Il m’expliquait qu’il voulait discuter avec moi, que cela faisait longtemps qu’il était sur mes traces, que c’était important...

Nous sommes en 2006, à l’avant-veille des élections générales, les Présidentielles, les Législatives, les Provinciales. Je n’y trouvai aucun inconvénient à aller à cette invitation.

À l’heure convenue, nous y voilà installés, l’un face à l’autre, les yeux dans les yeux.

On y parla de l’état de santé de nos épouses qui se connaissent et se croisent dans des quartiers lointains de nos pays, de nos familles respectives. Puis du temps qu’il faisait...

Vînt l’heure du dessert. L’homme me demandait ce que je pensais d’un ticket électoral dont il me présentait les deux figures, le Président de la République et le Premier ministre.

Il m’expliquait qu’en présentant au peuple dès le départ un ticket plutôt qu’un nom, on gagnait fort en visibilité et en crédibilité.

Je comprenais parfaitement la démarche, mais je sursautai sur le ticket, à tout le moins, sur l’un des noms inscrits.

J’expliquai qu’à mon avis, le ticket était fondamentalement mal présenté; que rien ne l’expliquait, ni ne le justifiait. J’expliquai qu’en attendant d’aviser sur le fond, il fallait travailler sur la forme et, qu’en attendant tout, le n°2 devait devenir le n°1...

J’expliquai comment à mon avis, le n°1 n’avait aucune chance de porter le ticket parce qu’il n’avait aucune justification, ni sociologique, ni politique. L’homme n’était notoirement connu de personne, n’avait aucune marque déposée sauf d’avoir rallié l’une des rébellions qui avaient dans le passé sévi dans le pays.

Si dans des cercles politiques de la Capitale, des voix s’étaient prononcées en sa faveur, ce fut de la manifestation de sympathie après le martyre que lui fit subir l’un de ses anciens condisciples de classe; ce n’était certainement pas signe d’adhérence sociologique.

J’en étais convaincu. J’en reste convaincu. Je ne pense pas que demain les choses puissent fondamentalement changer quelque puisse être la posture qu’il occuperait. Deuxième personnage de l’État du régime 1+4 au titre de Président MLC de l’Assemblée nationale, le parti ARC dont il est le président n’a gagné qu’un siège, outre le sien, dans la future province du Kwilu, dont est originaire sa mère et dont un tabloïd sérieux à Kinshasa AfricaNews explique mercredi 2 juin qu’il fut gagné «mystérieusement».Précisément, «il fut mal élu».

En vérité, je ne me dépensai pas face à mon hôte, un homme si futé qu’il dépasse le renard, qui m’avait convié à ce déjeuner certainement pour lever une deuxième conviction. Manifestement, il savait toute la vérité mais face à la difficulté de régler la question à son niveau - l’homme qui se destinait au poste de président de la République ne voulait pas, pour rien au monde, en démordre au point de susciter doute et suspicion - décision fut prise de me consulter.

Rendez-vous fut pris le lendemain dans une cossue résidence, quelque part au pied du Palais de marbre, dans le quartier de Ma Campagne, là où l’énorme portail de cuivre battu est un régal pour les yeux.

Nous devrions nous y retrouver à quatre: les deux membres du ticket, mon hôte du Cercle Elaïs et moi-même.

La maîtresse des lieux s’était dépensée comme sans doute rarement dans sa vie.

Une fine table était dressée sur une plate-forme attenante, des couverts étincelants Christofle étaient face aux verres de cristal à une dizaine de mètres du grand salon qui donnait sur un bar illuminé qui débordait de Scotchs et d’infiniment de bouteilles de Whisky qui n’a rien à envier aux meilleurs cafés du monde...

Le Champagne de grande marque présenté dans son seau avait commencé à être servi dans des verres à pied, des flûtes de marque Luminarc, par un maître d’hôtel tout de blanc vêtu.

Nous sommes chez un Mobutiste du plus pur-sang.

Nous étions tous arrivés à temps. Nous n’attendions plus que le Président de la République.

C’est une demi-heure plus tard - l’attente commençait à être longue - qu’on entendit les portes s’ouvrir et le bruit d’une limousine pénétrer dans la concession avant que l’homme ne fasse son entrée dans le vaste salon blanc surplombé d’un luxueux faux plafond blanc qui rappelle les séjours de Maharajah.

«Je tiens à m’excuser. J’étais envahi par du monde. Cela n’a pas été facile de me dérober...», expliquait-il, un peu haletant, gêné. Sans attendre, notre hôte lançait le sujet. «Nous sommes réunis ici pour échanger».

Puis me dévisageant, poursuivit: «Comme José vous a expliqué hier, mon cher Tryphon, vous connaissez notre ticket: le Président de la République, c’est Olivier que voici; moi, je serai son Premier ministre. Il est sûr que si nous nous lançons dans cette bataille, ce n’est jamais pour perdre. Nous ne sommes pas de la race des gens qui perdent. Nous sommes des gagnants...»

Puis, poursuivant, de cette voix hoquetante que tout le monde connaît si bien: «Alors, Tryphon, nous vous écoutons. Dites-nous, ce que vous pensez de ce ticket...»

D’entrée de jeu, sans m’être préparé - mon hôte du Cercle Elaïs avait oublié de me dire que je me rendrais le lendemain à un grand oral -, je les remerciai de l’invitation, puis de l’intérêt qu’ils manifestaient de connaître mon avis.

J’expliquai ma gêne sur le sujet, mais je demandai qu’on me comprenne: je parlerais en scientifique, rien qu’en scientifique.

Je passai une radioscopie de chacun des deux noms du ticket, en commençant par le n°2, le Premier ministre. Soit notre hôte à la voix calante. L’homme me paraissait notoirement connu à l’international comme à l’intérieur du pays. Ici, on le connaissait aussi bien à l’Est - dans les deux Kivu, dont il est originaire, par son père et par sa mère - que dans la partie Ouest du pays pour y avoir occupé dans la Capitale dans les années Mobutu les plus hautes charges de l’État dans le secteur économico-financier, et y avoir laissé une marque ineffaçable.

Maître dans la discrétion, il appartenait à un cercle fermé de tout premier ordre dont il était sinon le fondateur, du moins l’animateur. Il était en mesure de mobiliser de la ressource politique de haute qualification. Cet homme est un homme de réseaux.

À l’inverse, du Président de la République, je ne voyais rien qui vaille. Sauf qu’il fut rédacteur en chef d’un magazine de bord d’un ancien condisciple avant de lancer ce qui le révéla au public: un projet de société de sondage d’opinion qui fit long feu, ayant disparu peu après sans demander son reste. Ce projet fut son pire et son meilleur allié.

Pire, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Gaétan Kakudji, un Katangais, héros de la guerre de libération, cousin du Président de la République Laurent-Désiré Kabila, y fut trop souvent trop mal présenté - sombrant sondage après sondage - qu’un jour, le puissant vétéran le fit chercher pour l’en fermement dissuader.

Rien n’y fit. Kakudji passa alors à la vitesse supérieure. Il lui promit de le faire disparaître, «un de ces quatre matins», expliqua-t-il de sa voix de baryton, dans les eaux du fleuve, mort ou vif. C’était assez pour que l’homme passa le fleuve clandestinement avant de rejoindre à Gbado-lité son condisciple d’une école de Bruxelles pour qui il avait rédigé le magazine de bord. L’homme avait entre-temps lancé l’une des mille rébellions et a conquis un territoire où il vivait en suzerain ayant réduit son entourage en vassal.

«Comment voulez-vous que je conseille à valider un ticket conduit par un tel homme, aussi peu connu à l’extérieur, aussi peu connu dans le pays, qui n’en parle aucune langue, même la sienne propre, dont le verbe fait impression mais qui est aussi creux que celui de nos enfants qui font l’école maternelle en Europe?»

J’avais mis un luxe de soin dans le choix de chacun de mes mots mais jamais, en vérité, je ne cherchai à cacher l’exact sentiment qui m’habitait. Sauf d’avoir choisi d’aller droit vers un cinglant revers électoral, ce ticket-là ne pouvait être validé. Ma sentence était entendue.

Notre hôte Premier ministre laissa passer un ange. Puis reprit la parole pour la passer au Président de la République du ticket électoral. Le Président de la République ne parla pas longtemps. Un peu comme à son habitude.

Il remercia «mon cher Tryphon» pour la consultation qu’il trouva de grande qualité, ajoutant qu’elle était correcte, qu’il fallait certainement revoir les rôles de chacun. Il ne dit mot sur l’upgrading du désormais ancien Premier ministre du ticket.

Je repris la parole avant que la réunion ne fût levée, pour remercier que Le Soft International eût été choisi pour faire l’annonce exclusive du ticket dans le cadre d’une édition spéciale à grand tirage. Je prévenais cependant que même si la question ne fût pas abordée, Le Soft ne disposait pas d’éléments susceptibles de l’amener, dans une logique de communication qui lui était demandée, à justifier la citation au n°2 de celui qui était pour moi l’ancien Président de la République du ticket; que pour la crédibilité du texte, le journal se limiterait à annoncer un ticket conduit par P3, à savoir Pierre Pay-Pay wa Syakassighe. À charge pour le Groupe de citer le second du ticket...

***

Au Salon Congo du Grand Hôtel Kinshasa, une partie du gotha politique kinois se bouscule mis en échauffement par l’annonce du Soft International. Ce jour est aussi jour de la sortie officielle de la CODECO, la Convention des Démocrates du Congo, un regroupement des partis politiques que continuait de bouder le RCD-KML d’Antipas Mbusa Nyamwisi, auquel s’est jointe l’Alliance pour la Reconstruction du Congo, ARC d’Olivier Kamitatu Etsu dit OKE par ses proches.

Alors que celui-ci avait sa chaise à la tribune à droite de celle de Pierre Pay-Pay qui avait à sa gauche José Endundo Bononge, mon hôte du Cercle Elaïs retrouvé à la résidence à l’énorme portail de cuivre battu et aux verres de cristal étincelants, Olivier Kamitatu Etsu n’était pas là. Tout le monde se regardait, personne ne donna un début d’explication!

Quand le modérateur du jour, l’actuel ministre de la Défense Charles Mwando Nsimba, s’apprêta à prendre la parole, un homme dans le public insista pour la réclamer en premier. Christophe Lutundula Apala Pen’Apala était venu pour dire sa colère que son parti, le MSDD, ait pu être associé à ce regroupement par son secrétaire général qui n’en avait aucune qualité, Jean-Claude Biebie. Lui, le président du MSDD, expliquait, maniant chacun des mots, qu’il ne pouvait en être question. Avant de s’en aller...

J’expliquai ce jour-là que la CODÉCO a vécu; qu’il était un mort-né.

Aujourd’hui, la CODÉCO n’est nulle part et les millions de dollars supposés et mis en œuvre, qui avaient appâté plus d’un n’ont rien fait. Il y en a qui ont dit n’avoir rien vu de tout cela.

Kamitatu fils a été le premier à désavouer Pierre Pay-Pay désavoué peu après par Kamitatu père, président de son parti CODEP, après une tournée piège à Bukavu.

À la grande colère de Pay-Pay, Kamitatu père confia la CODÉCO à Jean-Claude Muyambo Kyassa, président de la Solidarité Katangaise, désavoué peu après par le même Kamitatu père qui résolut de confier le regroupement à Barthélemy Botswali.

Nommé ministre des Affaires sociales en remplacement de Jean-Claude Muyambo pour le compte de la CODÉCO, Botswali fut mêlé dans une sombre affaire de suppléant. Révoqué du gouvernement un soir par un décret signé par le Premier ministre et co-signé par le Chef de l’État, ce ministre est, à ce jour, le seul à avoir été révoqué pour indignité publique.

Il avait pris part à une rixe généralisée médiatisée dans un débit de boissons qui l’opposa à son président de la CODÉCO, un certain Citondo Jean-Golbert Koni.

L’histoire de la CODÉCO est à écrite.

Elle est celle qui faillit porter à la tête du pays un membre de la richissime tribu Nandé du Grand Nord, au Nord-Kivu, manager de renom, respecté, adulé par les siens, présenté parfois comme crésus, dont l’épouse est une charmante et discrète descendante d’une dynastie cheffale Shi du Sud-Kivu. Une histoire qui fut brisée par d’âpres déchirements politiques ou par l’absence de la manne financière que d’aucuns avaient supposé que Pay-Pay déverserait autour de lui, et qui éclaire le débat politique qui a cours aujourd’hui sein de l’Alliance de la Majorité Présidentielle, AMP.

Au Cercle Elaïs, José Endundo qui, entre les deux tours de la Présidentielle, a changé de veste pour mettre celle aux couleurs de l’Alliance de la Majorité Présidentielle ayant rejoint Kamitatu fils, croise Pierre Pay-Pay en faisant mine de saluer quelqu’un d’autre. Comme quand Pay-Pay croise Kamitatu fls. Si les deux hommes se disent bonjour, c’est pour la forme.

Endundo et Kamitatu fils ont maintenu des relations contrastées, tissées à Gbado, quand le premier fut poussé au départ par la rébellion du RCD-Goma qu’il servit comme patron du Trésor et qui le soupçonna de tout avant de l’assigner à résidence. Il y rejoignit un homme de la même rébellion du RCD-Goma qui l’y avait précédé, Antipas Mbusa Nyamwisi.

Les trois lieutenants de Jean-Pierre Bemba Gombo ont quitté l’ancien condisciple de Kamitatu pour qui celui-ci rédigea un magazine de bord de la compagnie Scibe Airlift et ont rallié Kabila.

Ils filaient le parfait amour avec le président de la République jusque tout récemment quand le pays fut surpris dans la tempête de l’annonce du CLP, Centre Libéral et Patriotique lancé par... Kamitatu, Endundo, Nyamwisi.

Les Libéraux-Patriotes cherchaient-ils à remembrer le clan de Gbado? Kamitatu, Endundo, Nyamwisi ont pu compter sur l’insoupçonné appui d’un autre format, qui n’a jamais cessé de présider aux destinées d’une Socico, Société civile du Congo introuvable, et a juré de briser la nouvelle loi électorale votée en deux lectures par la Chambre basse pour la simple raison qu’elle n’a pas pris en compte la Société civile du Congo que, en réalité, personne ne connaît dans ce pays.

Quelle intelligence expliquerait un aussi gros puisqu’insensé coup de force? À un mois de la fête du Cinquantenaire à la réussite de laquelle Joseph Kabila Kabange a mis poids et honneur en invitant moult Chefs d’Etat étrangers, en tête Albert II, le petit frère de Baudouin 1er, le Roi des Belges dont le retour au Congo est considéré comme le moment le plus fort de ces cinquante dernières années du pays? À un mois de la probable annonce par le Fonds Monétaire International du Point d’achèvement de l’Initiative PPTE qui verra le pays ouvrir une nouvelle page de sa crédibilité financière internationale en obtenant l’effacement d’une dette de plus de 9 milliards de dollars? Voulaient-ils effaroucher l’extérieur à l’approche de ces deux moments que ces «Patriotes» ne s’en seraient pas pris autrement.

À ce jour, ils ont réussi le scénario le plus terrible pour le régime: passer le pont avec le mouvement kamerhiste (du nom de l’ancien président de l’Assemblée nationale) fortement idéalisé par l’ancien questeur de la Chambre basse, artilleur de bas et de haut vol qui défia, armes à la main, téméraire, sa famille politique jusqu’à ce que mort s’ensuive en voulant se maintenir à la tête de la trésorerie de la Chambre basse.

Malgré sa défaite, cet homme d’influence garde la haute main sur un pan entier des affaires de l’Etat. En pleine crise du CLP, l’homme-caméléon a réussi l’incroyable tour de force: se faire recevoir dans le plus grand secret par le Premier Ministre Adolphe Muzito Fumunsi pour solliciter quelques facilités. Le Premier Ministre contre qui, précisément, le CLP se battait!

Ce courant kamerhiste qui peu à peu champignonne et bourgeonne aussi bien à l’extérieur qu’au pays constitue-t-il le nouvel attrait du pays? Si 2011 s’annonce un rendez-vous incertain est une Lapalissade…

Est-ce Nicolas Machiavel qui a dit que «politics is dynamic»? L’Italien homme d’État et philosophe qui vécut au XVIème siècle et théorisa pour son prince la pratique politique n’a su l’écrire en anglais pour son Monarque.

On lui reconnaît cependant cette belle phrase: «les grands hommes appellent honte le fait de perdre et non celui de tromper pour gagner». Comme d’innombrables autres.

Retenons celle-ci: «Pour prévoir l’avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats».

T. KIN-KIEY MULUMBA.
lesoftonline.net 04/06/2010

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