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 Le ministre des Finances de la R-dC Matata Ponyo Mapon. Ancien de la Banque Centrale du Congo, ancien conseiller au ministère des Finances du temps de Freddy Matungulu. L’une de ces 15 personnalités que Kabila recherchait, nous avait confié le Chef de l’Etat dans une interview récente. LE SOFT INTERNATIONAL.
Une interview du ministre des Finances Matata Ponyo au Soft International
MISE EN LIGNE LE 5 MAI 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1044 DATÉ 4 MAI 2010.
Ministre des Finances depuis le 19 février, Matata Ponyo Mapon revient de Washington où il a pris part aux rencontres de Printemps avec le Fonds Monétaire International. Il y a rencontré le n°2 du FMI, l’un des adjoints du Français DSK. Il a montré le tableau de bord du pays... Matata ne dissimule pas sa joie face à ce qu’il a entendu là-bas.
«C’est la première fois depuis cinq ans que nous voyons ce type d’effort être réalisé au Congo». Sans blague! L’homme qui parle n’est autre que l’inamovible chef de mission FMI. Qui sait de quoi il parle...
Ancien de la Banque Centrale, ancien des Finances du temps d’un certain... Freddy Matungulu Mbuyamu Ilankir alors ministre de l’Économie, des Finances et du Budget du premier gouvernement du Président Joseph Kabila Kabange, retourné au FMI et qui mit (déjà) en œuvre le vaste chantier de réformes ayant permis le retour de la stabilité économique et monétaire au Congo, ainsi que la reprise de la croissance économique, Matata est sur ses terres aux Finances.
Encore qu’entre-temps, il accumulé l’expérience à l’international comme D-g du BCECO où il a géré des centaines de millions de dollars des bailleurs des fonds destinés à la reconstruction du pays...
Matata avoue que d’entrée de jeu, il a créé un «esprit». Ce «nouvel esprit» a permis par exemple à Vodacom de payer rubis sur l’ongle 10 millions de dollars US que l’opérateur cellulaire devait au trésor et au Mining Frontier de déverser à la même caisse 54 millions de dollars US. Du jamais vu dans l’histoire minière de ce pays... Voilà qui conduit le pays droit vers le Point d’achèvement. Matata est certes l’un de ces quinze que Kabila recherchait. Entretien.
Ainsi donc, notre pays est en passe d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE. C’est vous le Ministre des Finances qui menez le pays à cette échéance. Quel sentiment cela vous fait-il à cette approche?
Effectivement, tous les ingrédients sont réunis pour que la R-DC atteigne en juin ou juillet le Point d’Achèvement de l’Initiative Pays Pauvres Très Endettés.
Il va sans dire que c’est grâce à l’engagement politique résolu de Son Excellence Monsieur le Président de la République qui a accordé une grande attention à l’assainissement des Finances publiques et à la stabilisation du cadre macroéconomique qui constituent les facteurs clés de réussite du programme avec le Fonds monétaire international.
S’agissant du sentiment ressenti à cette approche, c’est naturellement une satisfaction qui, me semble-t-il, devrait être partagée par tout Congolais, au regard des retombées de cette échéance, à savoir l’effacement de 90% du stock de la dette extérieure du pays, représentant environ 9 milliards de dollars américains.
Mais bien plus en tant que Ministre des Finances, il y a lieu de reconnaître que l’essentiel est à venir après l’atteinte du Point d’Achèvement qui ne devrait pas être confondu avec un Point d’Aboutissement. Il nous faudra en effet maintenir la stabilité du cadre macroéconomique, poursuivre l’assainissement des Finances publiques, maintenir le cap de réformes. Seule une telle détermination devrait permettre d’engager le pays sur le chemin du développement économique. Car in fine, c’est cela l’objectif poursuivi.
Vous dites «juin-juillet». Lors de votre conférence de presse samedi dernier dès le lendemain de votre retour de Washington, vous avez expliqué vouloir souhaiter voir le Fonds régler définitivement le problème avant le 30 juin afin sans doute que le pays dispose de toute latitude au moment des festivités de l’Indépendance. Le Fonds a clairement expliqué, avez-vous dit, ne pas pouvoir être prêt à présenter le dossier R-dC au Conseil d’administration avant juillet. Monsieur le Ministre, soupçonnez-vous quelques manœuvres de dernière minute de la part du Fonds?
Manœuvres de dernière minute? Je ne pense pas. La date du 30 juin revêt un caractère symbolique et historique fort pour le Congo et tout son peuple. Puisque nous avons la possibilité d’atteindre le Point d’Achèvement à cette date, travaillons dans ce sens. Mais le problème fondamental est de finaliser l’analyse de la dette extérieure du pays pour arrêter le montant exact à alléger. Cette analyse est en cours par une équipe conjointe FMI-Banque mondiale. Si l’étude prend fin au mois de mai courant, le dossier pourra passer au Conseil d’Administration en juin, et on pourra alors avoir le Point d’Achèvement. Mais si elle déborde, le Point d’Achèvement interviendra seulement en juillet. Nous sommes donc en train d’activer tous les mécanismes pour que nous restions dans l’optique du Point d’Achèvement en juin 2010. C’est cela notre souhait ardent.
Pouvez-vous retracer le long chemin parcouru par le pays avant l’approche de l’atteinte du Point d’Achèvement.
Rappelons qu’après la rupture de la coopération structurelle, le pays a été engagé dans un cycle hyper inflationniste qui a culminé avec des taux ayant atteint les quatre chiffres, soit 9.000 %. Cet état de choses n’était pas de nature à faciliter une reprise économique rapide.
Il a fallu attendre l’avènement de Son Excellence Joseph Kabila Kabange à la magistrature pour qu’une réelle volonté de rompre ait lieu. On a d’abord commencé par le Programme Economique Autonome du Gouvernement en 2001 qui a permis de casser l’hyper inflation de 9.000 à 511, puis à 13%. Ce programme, faut-il le rappeler, s’est exécuté sans appuis budgétaires extérieurs. C’est grâce aux résultats atteints par ce programme qu’un programme formel a été conclu avec le Fonds monétaire international en 2002. Une année après, soit en 2003, le pays avait atteint le Point de Décision de l’Initiative PPTE, voie ouverte pour l’atteinte du Point d’Achèvement. Mais laissez-moi vous dire que la RDC avait atteint le Point de Décision avant la plupart des pays de la Région qui ont fini par obtenir le Point d’Achèvement avant elle.
Dommage que lors de la dernière revue en 2006, les critères n’ont pas été respectés, et donc le programme a été arrêté.
Entre-temps le Gouvernement a encore mis en place, en 2007, un Programme Autonome Suivi par les Services du Fonds (PSSF), avec quelques résultats encourageants. C’est finalement en décembre 2009 qu’un autre programme formel a été conclu avec le Fonds ; lequel programme est censé conduire le pays au Point d’Achèvement.
Des Députés sont ahuris quand ils apprennent de la bouche du président de la commission ECOFIN Assemblée nationale, Albert Kutekala, que le point d’achèvement ne signifie pas que les bailleurs des fonds vont déverser 9 milliards de dollars au Trésor public. En quoi va se matérialiser la fin du régime PPTE pour le petit r-dcongolais?
Il est vrai que les bailleurs ne vont pas verser 9 milliards au Trésor Public. Mais les avantages sont nombreux pour tout Congolais, petit ou grand. Retenons d’abord qu’actuellement, le paiement des services de la dette extérieure représente une moyenne mensuelle de 13 millions USD, ce qui donne un budget annuel de 156 millions USD. Ces ressources auraient dû être affectées à de nombreux projets. Alors le Point d’Achèvement consiste à allouer ces ressources jadis transférées à l’extérieur aux dépenses dites pro pauvres : construction d’écoles, centres de santé, voies de desserte agricole, etc. N’est-ce pas que le pays y gagne!
Peut-on dire comme d’aucuns que l’indépendance économique de la R-dC recherchée depuis 50 ans est à sa portée?
L’indépendance économique de la RDC n’est pas à confondre avec le Point d’Achèvement. Le dernier permet juste au pays de repartir sur une base nouvelle et viable en ce qui concerne la gestion de la dette extérieure. Quant à l’indépendance économique, elle suppose d’abord et essentiellement la capacité du pays à mobiliser assez de ressources (internes ou externes) pour faire face à son agenda de développement. Ceci se poursuit avec la mise en valeur des potentialités dont le pays dispose - ressources humaines et naturelles - en vue d’assurer un développement soutenable. On ne peut se dire indépendant économiquement tout en comptant sur des experts étrangers pour mettre en œuvre tel ou tel type de projet. Moins encore dépendre, comme c’est le cas aujourd’hui, des financements extérieurs pour l’essentiel des projets. Tout ceci nécessite une vision claire et une ferme volonté politique. Heureusement que le pays dispose d’une vision définie par le Chef de l’Etat. Il reste seulement que tout le monde se mette réellement au travail. Nous en tant que Ministère des Finances, répondons à l’appel du Chef de l’Etat, notamment en mettant en œuvre ce que nous appelons le Pacte de Doublement de Recettes. Ceci vise entre autres à assurer l’indépendance du pays quant au financement de son plan de développement. Vous comprenez donc que bien que jetant juste une nouvelle base en matière de la dette extérieure, le Point d’Achèvement est loin de se muer en indépendance économique de la RDC.
La Transition avait déjà balisé la voie du succès: 5 revues sur 6 ont été réalisées par le 1+4. Avez-vous une pensée pour Jean-Pierre Bemba qui fut alors Vice-président chargé de l’ECOFIN?
Je retiens seulement que le Point d’Achèvement n’a pas été atteint depuis bien longtemps, alors que le Point de Décision a été atteint en 2003.
Des analystes tempèrent la ferveur sur la suppression de 90% du stock de notre dette extérieure car le pays en contracte entre-temps. Je pense aux contrats chinois. Qu’en dites-vous?
L’exercice consistera à annuler le stock de la dette extérieure des partenaires dits traditionnels (Club de Paris, de Londres) en vue de garantir la soutenabilité et la viabilité de la dette par rapport au PIB du pays. Mais cela n’empêche pas au pays de contracter de nouveaux engagements. Tout ce qui est requis pour un nouvel endettement est que les emprunts à contracter soient concessionnels, c’est-à-dire que le taux d’intérêt et la durée de remboursement doivent être compatibles avec la capacité du pays à produire et à rembourser.
D’aucuns disent que le point d’achèvement relève plus d’une décision politique que des indicateurs économico-financiers réels du pays. Le gouvernement aurait troqué les contrats chinois contre le point d’achèvement.
Absolument pas. Le Point d’Achèvement n’est pas un cadeau, croyez-moi. Sinon, il serait obtenu depuis longtemps. Il dépend d’un certain nombre d’indicateurs clés, notamment la stabilité du cadre macroéconomique, la mise en œuvre des réformes économiques, pour ne parler de ces deux là. Concernant le cadre macroéconomique, vous conviendrez avec moi qu’il est de plus en plus observé la stabilité des prix intérieurs et du taux de change de franc congolais comparé au dollar américain. Un dollar américain s’échangeait contre 930 francs congolais en janvier 2010. Actuellement, il se situe au niveau de 900 francs congolais. C’est donc dire que les indicateurs sont objectifs et vérifiables.
Parlant des réformes, vous avez suivi comme moi l’adhésion de notre pays à l’OHADA, l’adoption par les deux chambres du Parlement du Nouveau Code de Marchés Publics. Plusieurs autres réformes sont en cours.
Le Gouvernement a-t-il troqué les contrats de collaboration avec la Chine pour atteindre le Point d’Achèvement?
Non. Il s’est agi de revoir certains termes de ces contrats pour les rendre compatibles avec les exigences de concessionnalité et de soutenabilité, non seulement vis-à-vis du Programme, mais aussi au bénéfice du pays. L’Objectif fixé par le Chef de l’État était donc double: atteindre le Point d’Achèvement en vue de bénéficier des allègements de la dette extérieure, et réaliser les travaux d’infrastructures avec l’appui de la Chine. Et soyez rassuré, il n’y pas mieux que ce schéma.
Dans le budget 2010, le gouvernement a consacré 6,9 % de ses recettes aux rémunérations des agents et travailleurs de l’Etat. Pourtant ces derniers ne sont pas payés. Alors que le gouvernement se félicite de la bonne tenue des Finances publiques durant la même période… Le point d’achèvement nécessitait-il la mise à jeun de la population?
Les rémunérations des agents émargeant sur le Budget l’Etat sont considérées comme des dépenses contraignantes, même dans le cadre du programme soutenu par le FMI et la Banque mondiale. A cet effet, elles n’accusent pas de retard depuis le début de l’exercice 2010. L’amélioration de la qualité de la dépense n’est pas de nature à affamer la population. Au contraire, elle devrait à moyen terme permettre une amélioration substantielle du niveau de vie.
C’est quoi le DSCRP pour le 80% de la population qui vit en milieu rural quand l’agriculture qui devrait peser 10% du budget n’a même pas eu droit à 0,5%?
Le Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSCRP) cristallise la vision et l’engagement du pays à mettre en place et exécuter des politiques visant à améliorer l’économie, au travers de différents secteurs de la vie nationale : agriculture, santé, développement rural, éducation, énergie, etc. L’ambition de ramener l’Agriculture à 10% du Budget national est un processus qui est tout naturellement évolutif. Mais ne faites pas une lecture limitative des efforts du Gouvernement dans le secteur de l’Agriculture considéré comme pilier de croissance et de lutte contre la pauvreté. En effet, grâce au partenariat au développement, de nombreux projets sont financés par la Banque mondiale, la Banque Africaine de Développement, le Fonds International pour le Développement de l’Agriculture (FIDA) dans ce secteur.
Le climat des affaires vous paraît-il satisfaisant aujourd’hui? Si non, que pensez-vous accomplir pour le parfaire?
Disons qu’il a beaucoup d’avancées. Mais cela n’exclut pas de nombreux aspects qui nécessitent encore des améliorations. Mais l’essentiel est l’engagement du Gouvernement qui a même mis en place tout un comité qui pilote les réformes relatives au climat des affaires. Des lois sont passées au Parlement (sur l’OHADA par exemple), et d’autres sont en cours dans différents domaines touchant l’environnement des affaires. Mais là aussi, une fois les lois passées, le Gouvernement va veiller à leur application effective.
L’examen de la loi sur la sauvegarde des entreprises en péril a été gelé à l’Assemblée nationale sur demande du gouvernement qui voulait avant tout avoir le quitus du FMI pour subventionner les entreprises concernées. Où en est-on aujourd’hui?
Tout d’abord, rappelons que la sauvegarde des entreprises dites en péril a pour objectif de leur garantir l’efficacité nécessaire à leur survie. Mais cela requiert beaucoup de précautions sur le plan financier. Car subventionner une entreprise sans plan de stabilisation précis consisterait à faire mauvais usage de maigres ressources dont le pays a grandement besoin. Ce qu’il faut donc éviter est de subventionner sans atteindre cet objectif. C’est ainsi qu’il s’est avéré nécessaire de procéder d’abord par une analyse approfondie du volet social de réforme de ces entreprises avant d’avancer. Dans cette optique, le poids des arriérés des salaires et le plan de retraite constituent des éléments à mieux intégrer dans un plan de sauvegarde ; et ce avec toutes les conséquences financières qui doivent être cernées au préalable.
Monsieur le Ministre, vous marquez votre entrée au Gouvernement par le Pacte de Doublement des Recettes. N’y a-t-il pas nécessité de réviser la loi budgétaire exercice 2010 en fin de la conformer aux recettes escomptées de régies financières, version PADER?
A mon humble avis, il n’y a pas nécessité de réviser la loi budgétaire exercice 2010 du fait de la signature des Pactes de Doublement des Recettes entre le Ministère des Finances et les régies financières. Comme vous le savez, la Loi financière stipule que les prévisions budgétaires en dépenses sont de maximum. Par contre, en recettes, les prévisions budgétaires sont des minima à réaliser. L’opinion et même certains responsables des régies pensaient que les prévisions en recettes sont les plafonds à ne pas dépasser. Les Pactes de Doublement des Recettes ont pour objectif de corriger cette opinion largement répandue. Ils ont l’avantage de quantifier le dépassement des minima fixés par les prévisions budgétaires. Cet effort de mobilisation devrait se traduire par un accroissement de plus de 100% par rapport aux réalisations, mais à environ 48% par rapport aux prévisions budgétaires de 2010.
Pour d’aucuns, en adhérant au PADR, les directeurs généraux des régies financières sont passés aux aveux qu’ils ont toujours minoré les recettes quoique les régies financières dépassent bien souvent leurs assignations. Pourquoi n’envisagez-vous pas des poursuites judiciaires?
Comme j’ai indiqué ci-dessus, la signature des Pactes de Doublement des Recettes n’est pas un aveu des minorations des prévisions budgétaires. Il s’est agit là, tout simplement, de traduire dans la réalité une rupture totale avec le passé en mobilisant le double des recettes réalisées en 2009. Cet engagement bilatéral du Gouvernement et des régies financières devrait permettre à notre pays d’améliorer tant soit peu la pression fiscale qui tourne à environ 13% alors que dans le reste de la sous-région, elle se situe autour de 18%. Les PADR devraient permettre d’améliorer un peu nos réalisations des recettes qui sont, comme vous le savez, insignifiantes par rapport à celles enregistrées dans certains pays voisins. Je voudrais citer ici le cas de l’Angola qui dispose d’un budget de 27 milliards US et de la Zambie dont le budget 2010 est déjà de 13 milliards de dollars US.
Lors de l’examen du budget 2010, l’Assemblée nationale avait fait des recommandations d’auditer les régies financières. Où en êtes-vous?
Le Gouvernement initie régulièrement des audits des régies financières. Il s’agit là d’une action permanente pour détecter les points forts et les faiblesses dans le fonctionnement de ces services. À l’issue de ces audits, les recommandations sont formulées à l’endroit des gestionnaires des régies financières, et des dispositions sont prises pour sanctionner positivement ou négativement les différentes personnes identifiées comme étant responsables des actes épinglés dans le rapport. En ce qui concerne particulièrement les Pactes de Doublement des Recettes, je voudrais vous indiquer que sur l’initiative de Son Excellence Monsieur le Président de la République, un comité de suivi des recettes a été crée par Décret n°10/14/du 29 mars 2010 du Premier Ministre.
Le travail de ce comité s’appuie sur un Task Force qui accomplit des missions d’encadrement auprès des régies financières et des centres de perception. Le Task Force vient d’être déployé à Kinshasa et au Katanga depuis le mardi 20 avril 2010. Les rapports du Task Force sont attendus dans une quinzaine de jours.
Ne pensez-vous pas qu’une bonne politique serait la fin de la politique des assignations?
Je pense que les assignations faites aux régies financières rentrent dans le cadre de la politique de gestion par objectifs.
Les Pactes de Doublement des Recettes s’inscrivent aussi dans cette politique mais en insistant sur la rupture qui doit être observée par rapport au passé dans la mobilisation des recettes comme nous l’avons bien souligné ci-dessus. Les PADER renferment aussi des assignations mais qui se veulent volontaristes par rapport aux réalisations de 2009.
La loi sur la TVA passe au Parlement mais son application est aux calendes grecques. Pourquoi?
En tout état de cause, en ce qui concerne son applicabilité, il importe de noter que suivant le chronogramme proposé par les experts, l’application effective de la TVA devrait être précédée d’une période de douze mois devant être mise à profit pour prendre les mesures d’accompagnement nécessaires de manière à éviter que son instauration n’entraine des distorsions dans l’économie. Cette période devrait donc être consacrée notamment à l’implantation sur l’ensemble du territoire national des structures de l’Administration fiscale chargées de gérer les contribuables qui y seront assujettis, au renforcement des capacités des fonctionnaires des Régies financières, à la vulgarisation de la Loi auprès des opérateurs économiques, des fiduciaires voire de l’ensemble de la population et enfin, à l’adaptation des logiciels, de la comptabilité etc.
L’application de la TVA n’est donc pas renvoyée aux calendes grecques. Il s’agit d’un impôt relativement complexe et il n’est que normal que le Gouvernement prenne toutes les précautions d’usage pour son instauration soit couronnée d’un réel succès.
L’absorption de la DGRAD par la DGI pourrait-elle se réaliser sans conséquences sociales en termes de suppression d’emplois?
La recommandation reprise dans le Programme Economique du Gouvernement a trait plutôt à la mise sur pied d’une commission indépendante chargée d’examiner la possibilité de fusion des régies financières dénommées Direction Générale des Impôts (DGI) et Direction Générale des Recettes Administratives et Domaniales (DGRAD). Cette commission qui a débuté ses travaux depuis le 2 avril 2010 doit rendre ses conclusions endéans 60 jours. Cette commission réfléchit sur l’opportunité et la faisabilité d’une pareille décision qui mérite un approfondissement. À ce sujet la commission va examiner les avantages et inconvénients avant de proposer au Gouvernement ses conclusions.
D’ores et déjà je peux vous dire que techniquement il existe deux sortes de fusion, la fusion absorption et la fusion-réunion. Donc toute fusion n’est pas nécessairement une absorption. Par conséquent je vous recommande de patienter pour attendre les conclusions de la commission indépendante qui travaille sur la question.
Après la rupture brutale, d’ailleurs prévisible du contrat CTC/DGDA ex-OFIDA, n’est-il pas temps de mettre terme à tous ces contrats à problème BIVAC, AUFS, etc., qui coûtent cher aux régies financières?
L’option du Gouvernement est de poursuivre les partenariats avec BIVAC, CTC et AUFS. En ce qui concerne particulièrement les deux dernières firmes les discussions sont en cours au niveau du Ministère des Finances, en vue de discuter sur les montants réels des arriérés et renégocier les nouvelles bases de travail pour l’avenir.
Cela boude déjà à la FEC. Trop d’impôts, indique-t-on! Et vous voilà en guéguerre avec les opérateurs GSM… Qu’en est-il au juste?
Je voudrais indiquer ici qu’à l’aube de mon mandat, j’ai eu une rencontre fructueuse au siège de la FEC avec les représentants de toutes les organisations professionnelles (FEC, ANEP, COPMECO, FENAPEC, Associations des mamans commerçantes etc,...) pour discuter sur les PADR. Contrairement à ce que vous affirmez je n’ai pas constaté des mécontentements contre les PADR. Bien au contraire, ces organisations m’ont demandé d’être leur interprète auprès du Gouvernement pour que ce dernier incite les opérateurs économiques à adhérer aux organisations professionnelles de leur choix afin d’élargir l’assiette fiscale.
Il a été aussi convenu que parallèlement à cet effort d’élargissement de l’assiette fiscale le Ministère des Finances devrait s’impliquer activement dans la réalisation des mesures visant la simplification de la taxation des impôts telles que reprises dans la feuille de routes pour l’amélioration du climat des affaires et des Investissements.
Je voudrais indiquer que le Ministère des Finances est impliqué dans ces actions. Je peux ici notamment rappeler que je viens déjà de défendre au Sénat le projet de Loi sur la TVA et à la Chambre basse le nouveau code des douanes.
En ce qui concerne nos relations avec les sociétés de télécommunications, il me semble qu’elles sont au beau fixe. Je pense que vous devriez interroger le président du comité professionnel de la FEC qui regroupe ces sociétés que j’ai eu à recevoir promptement à deux reprises en compagnie des ses membres. Au cours de ces deux rencontres nous avons réaffirmé le principe de protection des opérateurs économiques exemplaires et la sanction des récalcitrants comme énoncé-ci-dessus. Il me semble que les opérateurs du secteur de télécommunication ont compris ce message. C’est ainsi que la société Vodacom que nous félicitons en passant, vient de payer plus de 10 millions de dollars US à la DGI au cours du mois d’avril 2010.
D’autres paiements importants effectués par les sociétés de télécommunication ont été aussi enregistrés au niveau de la DGDA et de la DGRAD au cours de ces deux derniers mois. Je ne vois pas comment ces sociétés pouvaient procéder à des paiements aussi importants si les relations avec le Ministère des Finances étaient désastreuses comme vous le supposez.
Les prix des biens de consommation pourraient flamber… à cause du PADR. Le Ministre de l’Economie s’emploie avec peine à calmer les importateurs des surgelés et du riz.
A ma connaissance le gros des importations des surgelés et du riz font déjà l’objet des contrôles avant embarquement. Cela signifie en pratique que les importations de ces produits dépendent déjà des déclarations à la société BIVAC. Si ces sociétés déclarent déjà depuis longtemps des valeurs correctes, je ne vois vraiment en quoi les PADR vont les inquiéter.
Pourtant, face aux miniers … du puissant Katanga, vous y allez plutôt par la carotte que le bâton.
Je voudrais assurer qu’au ministère des Finances, nous traitons tous les opérateurs économiques de la même manière en respectant le principe de l’équité fiscale.
La démarche utilisée pour la mise en œuvre des PADR met en exergue le fait que le Gouvernement s’est engagé à protéger ceux qui s’acquittent correctement de leurs impôts et à sanctionner négativement les récalcitrants. Je voudrais vous rassurer que ce principe nous l’avons énoncé de la même manière devant les organisations professionnelles à Kinshasa que devant les miniers à Lubumbashi.
Vous dénoncez la maffia à Kasumbalesa. Vous y revenez sans sanctionner quiconque?
Lors de ma dernière mission au Katanga, je ne me suis pas limité à dénoncer la fraude à Kasumbalesa, j’ai aussi ordonné aux services de la DGDA (ex-OFIDA) à procéder à la suspension des treize Cadres qui sont soupçonnés de complicité dans les fraudes. Conformément à la procédure administrative les personnes effectivement impliquées dans les cas de fraudes devraient être sanctionnées.
Vous avez plafonné les dépenses extrabudgétaires à 5 milliards de FC. Cet engagement est-il tenable face aux soucis sécuritaires à l’Equateur et encore et toujours dans l’Est et face au déficit de la Banque centrale sans compter les festivités de l’indépendance. Des experts ne présagent pas la fin de la planche à billets même après le point d’achèvement...
Le financement monétaire du déficit du Trésor Public n’est pas une invention congolaise. Cela étant, on le rencontre dans tous les pays, mêmes ceux dits développés.
Tout le drame provient du fait qu’il s’érige parfois en principal mode de financement du Budget de l’Etat, avec les conséquences que vous connaissez: hyperinflation. Mais tel que je vous l’ai souligné ci-dessus, nous ne considérons pas le Point d’Achèvement comme un Point d’Aboutissement. Le plus important est à venir : maintenir la stabilité du cadre macroéconomique, poursuivre les réformes et l’assainissement des finances publiques, en vue de créer les conditions nécessaires au développement économique durable. Sinon tous les sacrifices que nous consentons n’auront servi à rien. Il sera notamment question de continuer à exécuter le budget sur base caisse, c’est-à-dire ne dépenser que ce qu’on a effectivement mobilisé. Ce qui limite au strict essentiel le recours à la planche à billets.
Vous êtes notre Colbert depuis peu. Et c’est la première fois que vous montiez sur les planches au Fonds comme chef de la délégation de la R-dC. Pensez-vous avoir apporté une touche personnelle dans la décision de conclusion des négociations conduisant au point d’achèvement?
Là, vous me demandez de m’autojuger. Je ne suis pas de cette dialectique. Simplement, disons que nous avons reçu mandat de conduire, en tant que Ministre des Finances, la délégation congolaise aux Assemblées de Printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Et en tant que tel, nous avons bien entendu négocié un certain nombre de questions centrales avec le management de ces deux institutions dans le cadre du programme. Il s’agit par exemple de la question de l’utilisation de l’excédent budgétaire au premier trimestre pour faire face à certaines dépenses contraignantes: élections, cinquantenaire, tout en restant dans les politiques contenues dans la Lettre d’Intention de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre au FMI sur le Programme.
Et je peux vous dire que notre voix a été entendue. Par ailleurs, le Fonds nous a fait part de son appréciation du nouvel élan que nous avons apporté dans le cadre du suivi du programme par ses services.
On vous connaît peu. Comment vous présenter?
Je me présente simplement comme un patriote congolais et serviteur de l’Etat. J’ai foi en l’avenir de ce pays. Et pour cela, il faut beaucoup travailler.
La démocratie impose des contraintes liées notamment au mandat électif et de représentation légitime. Allez-vous prendre la course l’année prochaine? Si oui, à quel niveau de représentation et dans quelle circonscription électorale?
Je viens juste d’entrer dans la politique active. Les enjeux actuels concernant mon ministère sont de taille. Je préfère d’abord m’y atteler sérieusement. Le reste viendra après.
A fin mai, vous aurez accompli vos 100 jours. Quel bilan ferez-vous à votre personnel et au Peuple Congolais?
On apprécie les résultats d’un travail sur base du mandat donné. En tant que Ministre des Finances, je dois veiller à la stabilité du cadre macroéconomique, améliorer la gestion des finances publiques, assurer les réformes du secteur financier et maintenir un partenariat dynamique et constructif pour le pays avec les partenaires au développement. Nous nous sommes engagés sur plusieurs fronts depuis notre entrée en fonction. Attendons les 100 jours et on fera le bilan par rapport à ce mandat.
Le Ministère des Finances est le portefeuille le plus convoité du Gouvernement, avec toutes les tentations des divers milieux, libanais et autres, dit-on. Comment vous y sentez-vous?
J’ai une autre appréciation de ce ministère. Le Ministère est l’un des plus difficiles si pas le plus difficile à gérer. Les besoins sont énormes, si pas illimités par rapport aux ressources très limitées. Au quotidien, il faut jouer à l’arbitrage des dépenses tout en gardant des objectifs comme la stabilité du cadre macroéconomique. Autant c’est difficile, autant c’est exaltant quand on peut servir son pays. J’apprécie la confiance que Son Excellence Monsieur le Président de la République a placée en moi pour l’accompagner en ce moment difficile.
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lesoftonline.net 05/05/2010
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