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Soldats FARDC-MLC insurgés lors des violences dans les rues de Kinshasa dans la période d'après Présidentielle. PHOTO DROITS RÉSERVÉS.

A Mbandaka, les insurgés étaient loin de se battre pour des étangs

MISE EN LIGNE 07 AVRIL 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1040 DATÉ 07 AVRIL 2010.
Peur sur Mbandaka. Jean Claude Baende, le gouverneur de la province de l’Equateur, appelle la population de cette ville au calme et invite les insurgés Enyele à déposer les armes. Les affrontements à Mbandaka entre les forces nationales loyalistes et les insurgés Enyele auraient fait plusieurs dizaines de morts et de blessés.

Jusque mardi 6 avril dans la journée, la situation était encore confuse à Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur. En fin de matinée, une délégation militaire conjointe, conduite par le chef d’état-major général des FARDC, le général quatre étoiles Didier Etumba, et le commandant des opérations militaires de la MONUC, le Sénégalais Babacar Gaye, est arrivée à Mbandaka pour évaluer la situation après les affrontements.

Les patrouilles des FARDC et de la police appuyées par les éléments de la MONUC circulent dans les rues de Mbandaka à la recherche des insurgés Enyele en déroute. Selon des sources, des tirs sporadiques sont encore entendus dans plusieurs quartiers de la ville. Mais les autorités militaires de la province ont assuré qu’il ne s’agit pas d’affrontements qui continuent entre troupes loyalistes et insurgés, mais des tirs de sommation pour empêcher la population de lyncher les insurgés capturés ou de se livrer au pillage.

Le bilan provisoire dressé par les autorités de la province fait état de plusieurs dizaines de personnes tuées dans les rangs des insurgés Enyele. Du côté de la MONUC, un casque bleu du contingent ghanéen et un membre du personnel civil ont trouvé la mort lors de l’attaque de l’aéroport, tandis que dans les rangs des FARDC, au moins quatre tués, dont un capitaine. Il y aurait une dizaine de blessés parmi la population civile depuis le raid du dimanche pascal. La piste de l’aéroport est fortement endommagée à cause des tirs à l’arme lourde.

Sur le plan économique et social, les prix ont doublé, voire triplé. Les magasins et les services publics sont toujours fermés… Un bilan confirmé par des sources indépendantes. La MONUC - c’est un mal nécessaire qu’elle soit obligée encore et toujours à se battre à notre place et qui a laissé 2 hommes sur le champ de bataille - déplore la destruction de ses équipements et matériels à l’aéroport de Mbandaka. Dans un communiqué rendu public, mardi 6 avril, à Kinshasa, la mission onusienne dénonce l’attaque de Mbandaka par des insurgés Enyele.

QUESTION POLITIQUE.
L’appui déterminant des forces de la MONUC aux FARDC remet-il en cause la question de son départ ? Le discours officiel national reste que la MONUC actuellement forte de 20.000 hommes doit quitter la R-dC mais que, dans un premier temps, des contingents doivent aller dans les Kivu où les problèmes de sécurité continuent de se poser.

Selon des sources militaires, des renforts en hommes et en équipements seraient en train d’être dépêchés à Mbandaka par la MONUC pour faire régner la paix à tout prix. Jean Claude Baende a salué l’efficacité de la riposte des FARDC, appuyées par la MONUC, pour mettre en déroute la centaine d’insurgés Enyele qui ont tenté, le dimanche de Pâques, de prendre par surprise la ville de Mbandaka.

Alors qu’à Kinshasa, c’est le silence radio - aucun responsable politique n’ose se prononcer en public sur les derniers incidents de Mbandaka -, les autorités provinciales, voire les membres de la société civile de l’Equateur en disent trop ou pas assez sur ces événements. Ce qui n’est pas de nature à baisser la tension.

Jean Claude Baende rassure que la situation est désormais sous le contrôle des éléments des FARDC qui sont maîtres de l’aéroport de Mbandaka, avec le concours du contingent ghanéen de la MONUC. Le gouverneur de l’Equateur confirme également que les insurgés sont en débandade parce que «l’armée a fait un travail remarquable».

«Au niveau de Dongo et Bikoro, l’armée a complètement nettoyé la zone. Dans leur fuite, les insurgés essaient de reconquérir une localité après une autre… A Mbandaka, ils n’étaient qu’une centaine. Avec les pertes qu’ils ont subies, je crois qu’il n’en reste plus beaucoup», a déclaré Baende. Une manière de souligner que la traque des insurgés en débandade continue jusque dans leur retranchement dans la forêt de Mbandaka.

Si les autorités provinciales peuvent se féliciter du «travail remarquable» des FARDC, appuyées par la MONUC, qui sont parvenues à «stopper net» le raid dont l’objectif était de prendre l’aéroport dans l’espoir de recevoir des renforts, elles ne peuvent pas encore se réjouir d’avoir mis fin aux velléités de la rébellion Enyele qui rêve de prendre le pouvoir à Kinshasa.

Le gouverneur de l’Equateur a tout faux de dire que les insurgés Enyele ne sont plus capables d’une attaque de grande envergure vu qu’ils ont connu beaucoup de pertes, à moins de recruter chez les jeunes. Il exclut que ça soit désormais une organisation bien structurée. Soit! Qu’on cesse donc de nous faire avaler la thèse d’une révolte des pêcheurs.

A Mbandaka, les insurgés étaient loin de se battre pour des étangs. Mbandaka a été attaqué, dimanche 4 avril, jour de la fête de Pâques, par des militaires professionnels aguerris, hyper formés, hyper entraînés et hyper équipés, disposant de solides complicités locales et extérieures, notamment en Grande-Bretagne, en France, au Luxembourg...

A en juger par la rapidité du raid, la fuite des forces nationales loyalistes, la prise de l’aéroport, les violents combats… Comme le laisse entendre Jean Claude Baende : «Pensez-vous que les gens qui vivent dans les villages peuvent avoir la force, les armes et les moyens financiers que ces hommes sont en train d’utiliser pour déstabiliser la province? Il y a certainement des gens qui tirent les ficelles…

Ces gens sont à Kinshasa et en Europe». Pour le moment, les autorités provinciales réunissent les informations en vue des poursuites judiciaires. Grâce aux dépositions des insurgés capturés, Baende dit disposer désormais des noms des personnes qui sont derrière le mouvement. Mais pour le besoin de l’enquête en cours, il ne peut pas divulguer leurs noms maintenant.

On sait, le Congo-Brazzaville offrirait l’hospitalité à Honoré Ngbanda Nzambo-ko-Atumba et Kpama Baramoto, qui, tout au moins clament-ils, passent des appels depuis le code 242 en prêchant l’affrontement aux ex-FAZ ainsi qu’aux forces du MLC qui y ont trouvé asile après les événements des 22 et 23 mars 2007.

Qu’on cesse donc de nous faire avaler des inepties. Depuis longtemps, on a fait croire à une révolte. C’est désormais une question politique et militaire qui appelle qu’on regarde autour de nous. Même s’ils ont du mal à comprendre la stratégie des Enyele, nombre d’observateurs sont convaincus qu’ils semblent rechercher l’instauration d’un climat délétère à l’Equateur dans la perspective des élections générales prochaines, à défaut de prendre le pouvoir à Kinshasa.

L’Equateur reste une forteresse mobuto-bembiste à ce jour imprenable, où bien des ténors originaires kinois sont pris pour des traîtres à pendre haut et court. Déjà, en décembre 2009, lors de l’attaque de Dongo,

Alan Doss, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies et chef de la mission onusienne en R-dC se faisait fort de déclarer: «Nous renforçons notre présence à Gemena pour décourager toute aventure. Je pense que c’est très important, car il ne faut pas laisser cette situation se détériorer. Ces gens là sont armés, avec des armes de guerre. Ce ne sont pas des coupe-coupe, ce sont des armes brutales qui ont été utilisées. On a eu plusieurs rapports…, il y a des gens qui savent manipuler ces armes. Il faut en tenir compte, il faut être prêt, il faut se préparer pour que ça ne soit pas vu comme un simple incident. Je pense que c’est plus que ça maintenant. Et nous devons être prêts à toute éventualité».

Alan Doss a dit tout haut ce que tout le monde disait tout bas. En faisant monter du même coup la pression. «Pour le moment, la dynamique est mauvaise. Il y a des choses qui inspirent peurs et angoisses», souligne un diplomate occidental à Kinshasa.

Le mouvement insurrectionnel est parti de Dongo, une localité bien en face de la République sœur du Congo-Brazzaville, qui héberge des ex-FAZ mobutistes mais aussi des éléments bembistes de la force du MLC qui ont toujours cherché où amarrer. D’autres seraient venus de Kinshasa pour porter main forte aux auteurs de l’attaque de Mbandaka par le fleuve Congo. Ils ont réquisitionné le bateau Super Malaïka pour tenter de prendre d’assaut le chef-lieu de la province de l’Equateur, particulièrement l’aéroport et la résidence du gouverneur Baende qui était rappelé en consultation à Kinshasa.

LA PAIX, UNE PRIORITE.
Dans son discours sur l’état de la nation, lundi 7 décembre 2009, le président de la République, Joseph Kabila Kabange, a promis de rétablir au plus vite l’autorité de l’Etat à l’Equateur. Et il avait reçu en audience, jeudi 10 décembre 2009, les sénateurs originaires de cette province pour débattre de la situation sécuritaire, notamment à Dongo.

Ce sont maintenant les députés de la province de l’Equateur qui sollicitent, à leur tour, de rencontrer le chef de l’Etat pour se pencher sur la même situation. Pour le moment, indiquent plusieurs sources, il n’y aurait pas de lien entre la destitution du président de l’Assemblée provinciale, Edmond Mondonga, la veille, par un groupe de députés et l’attaque du dimanche 4 avril. Par ailleurs, l’attaque de Mbandaka ne remettrait pas en cause la tenue de la conférence des gouverneurs des provinces prévue courant avril dans cette ville sur décision du chef de l’Etat.

Au moment de l’attaque de Mbandaka, Jean Claude Baende était rappelé en consultation à Kinshasa sur le dossier sécuritaire de sa province.

Selon plusieurs sources, les FARDC seraient suffisamment bien équipées pour rétablir la paix non seulement à l’Equateur, mais dans tout le pays. Guerre injuste?

A Kinshasa, nul n’ignore que «les guerres de la R-dC sont suscitées de l’extérieur». Le pouvoir dans ce pays a beau invoquer sa légitimité obtenue d’élections libres, transparentes et démocratiques, il y a des personnes, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, qui ne l’entendent pas de cette oreille.

Aux yeux des Occidentaux, les élections n’ont de sens que quand elles servent leurs intérêts économiques et financiers.

C’est-à-dire quand et seulement quand elles concourent à la stabilité politique chez eux», pose le jésuite belge Léon de Saint Moulin, qui est tout sauf un premier venu dans la sphère r-dcongolaise. Et nul n’ignore le rôle des pays voisins. Il appartient à notre pays de renforcer l’amitié et la compréhension mutuelle avec ses voisins pour régler les différends.

La R-dC n’a nul besoin de guerre. Elle qui dispose d’institutions démocratiquement élues et vient de mettre le cap sur la prospérité dont ont besoin ses population. «De par ses immenses ressources du sol et du sous-sol et sa situation géographique au centre du continent, la R-dC est l’objet de multiples convoitises et se trouve au cœur de beaucoup d’enjeux mondiaux et régionaux. Pour cette raison, comme pour nos besoins de développement, la politique extérieure est un domaine prioritaire de l’action du gouvernement», a déclaré le chef de l’Etat dans son discours sur l’état de la Nation.

De poursuivre: «Je suis heureux de dire qu’aujourd’hui notre pays est en paix avec tous ses neuf voisins. C’est le résultat d’un travail méthodique et de longue haleine…». Les inquiétudes planent sur la situation à l’Equateur et demandent à être mieux appréhendées. Il n’y a pas que l’Equateur. «On est en plein cœur de la tempête», croit savoir un observateur.

TSHIMANGA DOLAY
lesoftonline.net 07/04/2010

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