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Mugabe pousse
à la signature, Yerodia est admonesté par Kabila
L'ACCORD de paix négocié à Lusaka, en Zambie,
n'a finalement pas été bouclé par les ministres.
De l'avis du ministre zimbabwéen de la Défense,
Moven Mahachi, "tous les principes fondamentaux sur lesquels
la paix doit pouvoir être bâtie font déjà
l'objet d'un accord.
" Si ce point de vue de Harare rejoint celui du ministre
congolais des Affaires étrangères Yerodia Abdoulaye
Ndombasi dont un proche, Vital Kamerite, un ancien de l'USORAL,
a participé aux travaux des experts et signé le
projet d'accord soumis à la ministérielle, engageant
ainsi, à ce niveau, les dirigeants de Kinshasa, il est
loin d'être partagé par le président Laurent-Désiré
Kabila. Celui-ci a admonesté sévèrement
son ministre le traitant de "stupide" (on lira à
la page 6 les détails du projet d'accord.) Robert Mugabe
ferait pression sur Kabila pour qu'il signe l'accord mais le
président congolais ne verrait pas les choses de la même
manière et aurait, au contraire, entrepris une fuite en
avant, recrutant de nouveaux combattants. 300 soldats nord-Coréens
dont le pays a reçu la concession du riche site minier
d'uranium de Tschinkolobwe, au Shaba-Katanga, sont ainsi arrivés
à Lubumbashi. Les négociations réunissaient
depuis onze jours les ministres des Affaires étrangères
et de la Défense des quatorze pays de la SADC (Communauté
pour le développement de l'Afrique australe), ceux impliqués
dans le conflit, l'Ouganda et le Rwanda, de même que la
Libye. Une importante délégation du RCD, principal
mouvement rebelle, avait fait le déplacement. Elle était
conduite par le président Émile Ilunga Kalambo
et comprenait Me Alexis Thambwe Mwamba, le Dr Bizima Karaha,
Lambert Mende et Me Ruberwa Esdras Manywa respectivement chefs
de départements des Affaires étrangères
et Coopération, Sécurité et renseignements
et Information, Presse et Affaires culturelles et adjoint aux
Affaires étrangères. Jean-Pierre Bemba, président
du MLC, l'autre rébellion du Mouvement de libération
du Congo,avait également fait le déplacement ainsi
que le président évincé du RCD Ernest wamba
Dia Wamba mais la présence de celui-ci a été
diversement interprétée par la délégation
de Goma. Premier vice-président du RCD, le commandant
Jean-Pierre Ondekane, chef militaire de la rébellion a
menacé le 30 juin depuis Kigali où il se trouvait
en transit de reprendre les combats si l'ancien président
prenait part aux négociations.
Séances informelles. S'exprimant au nom de l'Armée
nationale congolaise, ANC, branche armée du RCD, il niait
à Wamba tout droit d'engager le RCD. "Si Wamba Dia
Wamba participe à ces négociations ou s'il signe
l'accord de cessez-le-feu, le RCD se retirera et les combats
reprendront", expliquait-il ajoutant que "le RCD cherche
à trouver des solutions à la crise mais apparemment,
il y a des gens qui veulent à tout moment créer
des obstacles et cela risque de bloquer tout." "Wamba
Dia Wamba n'a aucun mandat pour signer quoi que ce soit. Il n'est
qu'un membre du RCD. Nous ne pouvons pas accepter qu'il signe,
même si les autres font pression pour cela." Les travaux
se tenaient laborieusement et souvent de manière informelle
pour tenter d'aplanir les divergences sur un projet d'accord
de cessez-le-feu ou son interprétation. Kigali a toujours
fait savoir qu'il se battait au Congo pour sa sécurité
nationale, invoquant la présence des Interahamwe et autres
ex-FAR dans le camp adverse. Mazimbaka a expliqué que
"les négociations sur un mécanisme destiné
à contrôler les Interahamwe et les autres milices
sont en bonne voie." Début juillet, le Zimbabwe a
abandonné ses réserves sur le rôle de la
Commission militaire conjointe, CMC, qui, selon le projet d'accord,
devra être composée de trois officiers supérieurs
pour chacun des pays signataires. Le Zimbabwe avait fait savoir
qu'il ne souhaitait pas que la CMC puisse avoir la responsabilité
de poursuivre, de désarmer et de superviser le démantèlement
de groupes armés opérant en R-dC. Harare dont l'armée
soutient le régime de Kinshasa, aurait préféré
que cette tâche ait pu être confiée à
l'ONU mais celle-ci a fait savoir qu'elle n'était nullement
attirée par cette perspective. Les représentants
de Mugabe ont retiré leurs réserves lors d'une
réunion avec les représentants des rebelles, la
délégation de Kinshasa et des délégués
rwandais et ougandais. Les représentants des rebelles
auraient protesté contre l'idée de les exclure
de la liste des futurs signataires de l'accord alors qu'ils sont
partie prenante à la négociation. Membre de la
SADEC, l'Afrique du Sud dont la ministre des Affaires étrangères,
Nkosazana Dlamini-Zuma était présente à
Lusaka, a fait savoir qu'elle enverrait des troupes de maintien
de paix en R-dC en cas de cessez-le-feu effectif et d'un accord
de paix. "Nous devrons envoyer des Sud-Africains pour contribuer
au processus d'établissement de paix qui doit résulter
des pourparlers an cours à Lusaka", a déclaré
le 30 juin le président Thabo Mbeki au parlement du Cap.
C'est la première fois que Prétoria annonçait
officiellement que des troupes sud-africaines iraient en R-dC.
À ce jour, plusieurs officiels, dont la ministre Nkosazana
Dlamini-Zuma, avaient évoqué en termes généraux
une contribution militaire sud-africaine à la paix sur
le continent mais sans s'engager explicitement en Rd-C. "Des
progrès ont été faits et je suis sûr
qu'il y aura une résolution", avait alors déclaré
Mbeki. "Le gouvernement prendra toutes les mesures constitutionnelles
et légales pour s'assurer que tout déploiement
de nos troupes est correctement géré", a ajouté
le président. Le ministre de la Défense, Patrick
Lekota a cependant plus tard indiqué que l'Afrique du
Sud n'enverrait pas de troupes "immédiatement."
"Pour le moment, nous pouvons affirmer le principe, pas
les détails", a-t-il ajouté, expliquant que
Prétoria ne pouvait, pour l'heure, s'engager que sur une
participation à la CMC censée résulter d'un
accord de cessez-le-feu. "Qui y sera impliqué dépendra
de la taille de la Commission", qui aura de toute façon,
"une capacité non-combattante", a expliqué
Lekota. Quant à un déploiement, "il dépendra
du contenu de l'accord de cessez-le-feu", a ajouté
le ministre optimiste sur la possibilité d'un accord.
Des experts de l'Institut sud-africain d'Études de sécurité
(ISS) ont estimé que l'application d'un cessez-le-feu
en R-dC pourrait nécessiter une force de paix forte de
25.000 à 30.000 soldats. Un tel déploiement représenterait
un coût avoisinant 1,6 milliard de dollars. L'envoi de
troupes au Congo serait la première participation de l'Afrique
du Sud démocratique à un conflit international
sur le continent. En 1998, Prétoria avait dépêché,
aux côtés des soldats botswanais, des troupes au
Lesotho, au nom de la SADC et à la demande du gouvernement
du Lesotho, après une mutinerie militaire qui risquait
de mener à un coup d'État, selon les dirigeants
de Maseru.
L'ombre d'Outcomes. Thabo Mbeki, fraîchement intronisé,
a exprimé devant le Parlement, sa volonté d'un
rôle actif et résolu de l'Afrique du Sud sur le
continent, en particulier en y "contribuant de toutes les
façons possibles à la résolution des conflits."
Dès le lendemain de son investiture, il avait tenu à
Prétoria une réunion avec des chefs d'État
impliqués en R-dC ou y jouant un rôle de médiation.
Et sa ministre des Affaires étrangères a immédiatement
identifié le conflit en R-dC comme une priorité
de sa diplomatie. Reste une inconnue de taille. À supposer
que les troupes de Prétoria se rendent effectivement au
Congo comme force de maintien de la paix, quelles attitudes auraient-elles
face aux mercenaires sud-africains de l'ex-Executive Outcomes
qui opèrent désormais plus discrètement
ou sous une autre étiquette depuis que l'entreprise a
été dissoute en 1998 et dont plusieurs sources
signalent la présence au Congo, et notamment à
Mbuji-Mayi? On sait que les "gros bras" d'Executive
sont d'anciens officiers blancs de l'armée sud-africaine
qui ont conservé de bonnes relations avec les généraux
blancs qui dirigent toujours l'armée, l'africanisation
n'ayant pas été poussée ici!
D.DADEI
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