Les prises sont toujours aussi importantes

Les recrues attendaient sans fin la solde quand elles ont été encerclées

Vêtu d'un treillis dépareillé en partie en lambeaux, les pieds nus dans la poussière, Emmanuel Lenga Lenga, 24 ans, a rejoint les rangs de la rébellion. Fait prisonnier le 8 juin par la rébellion anti-Kabila à Lusambo, Kasaï Oriental, le parcours de l'ancien soldat des FAC (Forces armées congolaises) loyalistes est celui de milliers de soldats congolais recrutés au début de la guerre en R-dC qui dure depuis plus de dix mois.

 

"À Kinshasa, j'étais chômeur. Quand la guerre a commencé, je me suis engagé volontairement pour défendre notre pays et parce qu'on nous promettait de l'argent et de beaux uniformes", raconte-t-il à Lusambo dans un bon français. "On nous racontait que les Rwandais envahissaient notre patrie, qu'ils tuaient nos frères, ajoute-t-il, précisant qu'il fallait agir vite parce que les rebelles étaient tout près de Kinshasa."
Il s'agit de l'"opération Ouest" parvenue jusqu'aux portes de la capitale jusqu'à ce que les troupes angolaises, alliées au président Laurent-Désiré Kabila interviennent et repoussent les rebelles. La jeune recrue a ensuite été emmenée à Kitona "pour être entraînée par les soldats angolais pendant six mois." "Après cette formation, on nous a donné un fusil à chacun et on nous a dit qu'on nous envoyait à Lusambo pour toucher notre paie. On était très fier et confiant parce que Kabila et nos officiers nous disaient que la contre-offensive était victorieuse", se souvient-il. Mais lorsqu'il arrive à Lusambo, les combats ne sont pas très éloignés. Environ 1 450 soldats loyalistes affluent à Lusambo, fuyant les combats et l'avancée rebelle qui a pris successivement Bena Dibele et Lubefu. "Les rebelles nous ont encerclé. Nous n'avions pas assez de munitions, nos rations n'arrivaient pas et les Zimbabwéens ne partageaient rien avec nous, on devenait des mendiants", déclare le soldat désabusé. "Les rebelles étaient beaucoup plus forts que nous", affirme-t-il. Il entame alors la même rengaine de tous les prisonniers congolais rencontrés dans la savane, assurant vouloir à son tour "entrer dans la rébellion pour instaurer la démocratie."

Viols et pillages. "Les prisonniers savent que nous allons les réintégrer dans nos forces et qu'ils seront bien traités", explique le commandant rebelle José Kanku, responsable en second des opérations à Lusambo, précisant que toutes les façons, "ils n'ont pas le choix." Les 1.450 soldats gouvernementaux se sont livrés à des pillages et à des viols. Le comportement des soldats des FAC (gouvernementales) contrastait avec celui des soldats zimbabwéens et namibiens, alliés du régime également présents à Lusambo avant sa chute, ont constaté des correspondants de presse étrangers. Située au centre de la Rd-C, à 220 km de Mbuji-Mayi, capitale du diamant, la ville est tombée après une dizaine de jours de combats. "Les soldats des FAC pillent tout ce qu'ils peuvent et vivent sur le dos de la population", déclare l'administrateur du territoire, Daniel Olowalowa. "Ils ont détruit le matériel et les locaux d'une ONG américaine (ROW) qui s'occupe de vaccinations et ont pris tous les médicaments", ajoute-t-il. Le docteur Jean Ngoy Kitenge, médecin de la clinique centrale, accuse les soldats d'avoir "pris tous les médicaments et le matériel chirurgical, ce qui fait que nous avons du mal à traiter les urgences." Tous les bâtiments officiels ont été saccagés, ont constaté les journalistes. Le tribunal a été investi par les soldats avant l'arrivée des rebelles, tous les stocks de marchandises ont été volés. "Moi, ils m'ont attaché, molesté parce que j'avais de la marchandise qu'ils voulaient me prendre", raconte un vieil homme en montrant les cicatrices des liens sur ses bras et les bleus sur son visage. Plusieurs autres habitants rapportent qu'il y a eu plusieurs viols. Une jeune femme est morte après avoir été sauvagement agressée par cinq soldats des FAC. En revanche, "il n'y a pas de problèmes avec les Zimbabwéens. Ils sont toujours dans leur trou et boivent beaucoup, c'est tout. Les Namibiens comme les autres ne nous parlent pas. Ils ne parlent qu'anglais et on ne sait pas se parler", raconte Pasteur Mutombo, 41 ans. "Nous sommes très contents d'avoir été libérés car les rebelles et les soldats sont gentils. Ils nous approvisionnent", ajoute-t-il, précisant "qu'avec les Rwandais, tout va bien et nous avons des relations de bon voisinage."
"Merci à la rébellion." Concernant ce regain d'enthousiasme au sein de la population vis-à-vis des soldats rebelles, un magistrat de Lusambo, qui a requis l'anonymat explique que la "ville est traditionnellement très enclavée, alors les gens sont contents de voir arriver de nouvelles autorités et espèrent que leurs réclamations seront prises en compte" si la rébellion parvient à chasser le président Laurent-Désiré Kabila.