Nouvelle satire du cinéaste belge Thierry Michel

Un reniement public d'anciens proches de Mobutu dans une tragédie du roi nègre

LE NOUVEAU film du cinéaste belge Thierry Michel est sur les écrans belges. Présenté en première mondiale à Ouagadougou au dernier FESPACO (Festival panafricain du cinéma), la projection de ce film, en réalité un documentaire, "Mobutu, Roi du Zaïre", était annoncée en séance de gala à Kinshasa pour le 30 juin, jour de l'Indépendance, concomittament dans les salles des Centres culturels belge et français.

Le film, une nouvelle satire de l'auteur du "Cycle du serpent", est à l'affiche à Liège et à Bruxelles et ici au cinéma Vendôme, chaussée de Wavre, quartier congolais de Matonge. Le documentaire retrace l'accession au pouvoir de Joseph-Désiré Mobutu, depuis son passé de journaliste aux "Zaza", Actualités Africaines à la magistrature suprême du Zaïre, en passant par son poste de secrétaire particulier de Patrice Lumumba et de secrétaire d'État dans le premier gouvernement du Congo. Larry Devlin, chef d'antenne de la CIA à Léopoldville au début des années 60, explique comment la centrale américaine avait découvert et recruté ce journaliste timide. Le documentaire passe en revue les "suppliciés de la Pentecôte", le processus de déification de Mobutu montée par le MPR, parti-État via l'animation populaire et la propagande politique, l'offensive diplomatique du régime (rencontres avec Mao, De Gaulle, l'empereur Hiro Hito, le Roi Baudouin, etc.), la zaïrianisation, les deux guerres du Shaba, le procès Kalume, etc. Le film s'arrête à la maladie de Mobutu et la prise de pouvoir par Kabila. Témoins de l'Histoire, des personnalités de l'ancien régime défilent. Tels le prof. Kin-kiey Mulumba, ancien et dernier ministre de l'Information et de la Presse, Me Nimy Mayidika Ngimbi, ancien directeur de cabinet de Mobutu mais surtout ancien conseiller spécial en charge de la sécurité, Dominique Sakombi Inongo, ancien ministre de l'Information et de la Propagande du MPR, Jules Sambwa Pinda Mbagui, ancien gouverneur de la Banque Centrale, Aubert Mukendi, ancien P-dg d'Air Congo, l'écrivain Yoka Lye Mudaba.

Demain "le Mzee"? Il s'agit d'un sévère réquisitoire contre le régime défunt. Thierry Michel a mis en exergue les excès et les folies de grandeur du vieux Léopard. Il s'agit, à ses propres dires, d'"une tragédie nègre." Cette folie de grandeur est illustrée notamment lors du dîner de gala offert au début des années 80 par Mobutu et son épouse dans leur villa de Roquebrune-Cap Martin à Monte Carlo sur la riviera française avec comme invités le milliardaire saoudien Adnan Kashogi, l'ancien Premier ministre français Raymond Barre, le fils et conseiller de Mitterrand Jean Christophe et le conseiller Guy Penne. À noter : Sakombi et Nimy ne sortent pas très grandis. Le public, belgo-congolais, rient publiquement leurs apparitions et commente bruyamment dans la rue à la fin de la projection. Quand Sakombi évoque les penchants de feu président pour les fétiches et l'attrait pour la libido qu'exerçaient sur lui les épouses de ses ministres dont celle de... Sakombi. Dixit Sakombi! Le public voit mal que ces mobutistes pur sang rasent les murs alors qu'ils étaient aux premières loges sous le régime honni. Le cas de Sakombi, conseiller en communication du "Mzee" et chef des CPP, le nouveau parti politique kabiliste, est particulièrement diversement apprécié par des pro-Kabila qui hurlent et craignent des révélations sur des croustillants secrets du nouveau "créateur du Congo."

D.DADEI