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La restructuration de la coalition rebelle donne lieu
à deux grands départs
LE MOIS de mai aura été
le mois de tous les dangers pour l'insurrection congolaise qui
cherche à chasser du pouvoir le président Kabila.
Le Soft International en avait vu venir les événements
et titrait dès début mai "le Rassemblement
pour la Démocratie à la veille d'une restructuration
en profondeur" (n°757, n° daté 10 mai, en
kiosque en Europe le 5 mai.) Ceux-ci se sont déroulés
comme annoncé par le Soft qui a ainsi fait montre, une
nouvelle fois, d'une capacité de prophétie exemplaire
que seule justifie une lecture froide des faits. La politique,
même dans nos pays, est un jeu mathématique dont
les tournures sont prévisibles. La purge au RCD a en effet
mis hors jeu (provisoirement?) les deux têtes qui s'entretuaient
au point de bloquer le mouvement. Les choses sont allées
très vite mi-avril dès le retour à Goma
du premier groupe des cadres partis un mois plutôt en formation
politico-militaire. Les deux ailes avaient chacune convoqué,
pour tenter de résorber la crise, une réunion extraordinaire.
L'"aile Lunda" la voulait le 16 mai à Goma,
le siège légal. L'"aile Wamba" la voulait
un jour plus tôt, le 15 mai à Kisangani, son siège
momentané. Le piège pour le groupe Wamba est arrivé
avec les bombardements du siège du RCD qui ont fait une
cinquantaine de morts parmi la population civile. Président
sinon dans les faits du moins en titre, Ernest Wamba Dia Wamba
qui annonçait et reportait sans cesse son retour à
Goma avait dû accélérer sa venue pour partager
la douleur des familles.
Incompétence notoire. Mais ce retour, encadré
par un impressionnant détachement des soldats ougandais
et la visite des lieux même effectuée en compagnie
de son plus farouche opposant Lunda Bululu, furent ignorés
à Goma par les médias officiels qui, au contraire,
diffusaient des éditoriaux hostiles au président
"en sursis." Lorsque l'heure de l'assemblée
"spéciale des fondateurs" convoquée par
Lunda fut arrivée, Wamba prit la décision de ne
pas s'y rendre. Ce sera la faute, une faute de plus, diront d'aucuns!
Il est vrai que la veille, Wamba avait été durement
sermonné par le haut-commandament militaire conduit à
son domicile par le commandant Jean-Pierre Ondekane lui-même.
Il a dressé contre lui un "très sévère
réquisitoire", de l'avis de Wamba. Il était
reproché au président d'avoir abandonné
le mouvement, de tenter de le solder en cherchant à se
rapprocher de l'ennemis, d'avoir ordonné le désarmement
et l'arrestation d'officiers congolais par l'armée ougandaise,
ce qui constituait une humiliation pour l'armée et un
cas de haute trahison, et, in fine, d'avoir bloqué le
transfert de fonds de la province Orientale, ce qui mettait les
combattants au front, privés de nourriture, en situation
délicate. Mais en même temps, le président
se serait rendu coupable de détournements de fonds, ce
qu'il niait. La fronde brandissait des preuves de retraits illicites
de fonds auprès de comptoirs de diamants à Kisangani.
À son tour, Wamba disait détenir des "documents
compromettants" sur des "affaires financières
louches." Si à l'issue de cette rencontre, on pouvait
prévoir le prochain acte, rien cependant n'était
perdu pour le président qui disposait de l'appui, au moins,
d'une bonne moitié de membres de l'assemblée tenus
en laisse par le très activiste Willy Mishiki. Celui-ci
se faisait appeler "prince" et disait être à
la tête de guerriers "Maï-Mai" prêts
à attaquer, lesquelles bandes "Maï-Mai"
essaiment la province du Sud-Kivu et disent lutter contre "l'invasion
du pays par les étrangers." S'il avait été
un homme avisé, Wamba aurait joué à fond
le jeu et tiré son épingle. Convaincu - à
tort? - du soutien ougandais, il refusait de s'expliquer sur
ces griefs. Ses adversaires qui se réunissaient pourtant
en présence des représentants des pays alliés
(Rwanda, Ouganda, Tanzanie, ces deux derniers pays comptaient
parmi ses soutiens) en profiteront le 19 mai, à l'issue
d'une réunion houleuse, pour l'exécuter, convaincus
que le président était perdu à jamais pour
le RCD. Ils élisaient président le Dr Émile
Ilunga, alors chef de département de la Santé.
Et pour bien faire, ils mettaient de côté celui
qui officiellement lui disputait le pouvoir, Lunda Bululu qui
fit cependant montre d'une exemplaire modestie, acceptant de
faire bon coeur contre mauvaise fortune et se rendant pieusement
à toutes les réunions de l'assemblée. L'éviction
attendue mais spectaculaire de Lunda montrait le souci des fondateurs
de ne pas laisser triompher un camp contre un autre. Il fera
refléchir ceux qui, selon un observateur, pensent "avoir
maîtrisé un mouvement révolutionnaire."
"Nul, dans un mouvement révolutionnaire, n'est indispensable,
seuls comptent les intérêts supérieurs de
l'État qui se met en place." Une dépêche
publiée dans un journal français Afrique Express
(n°190, daté 27 mai 1999, page 5) commente comme suit
les événements de mai : "Seul problème
: la purge a sans doute éconduit l'un des plus "purs"
et des plus idéalistes du RCD, Wamba Dia Wamba, qui a
payé, outre son incompétence évidente à
dynamiser la rébellion sur le plan politique, sa volonté
d'opérer un nettoyage dans les instances dirigeantes du
RCD à la suite d'affaires financières ou de gestion
douteuse." En attendant la publication des textes fondateurs
issus de cette assemblée, il faut signaler que celle-ci
a créé quatre organes : le Congrès, le Collège
des Fondateurs, le Bureau politique et le Comité exécutif.
Contrairement au précédent système plus
horizontal et donc démocratique qui distribuait le pouvoir
à divers organes, le système issu de l'assemblée
du mois de mai est vertical et confie le pouvoir à un
triunvirat comprenant un président, un 1er vice-président
et un 2ème vice-président. Ce triunvirat exerce
le pouvoir suprême et préside, sous la coordination
du Dr Émile Ilunga, tous les organes du RCD. Ci-après
les listes disponibles à la date de notre publication.
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| Le
Commandant Jean-Pierre Ondekane, 1er vice-président du
RCD, du Bureau politique et du Comité Exécutif. |
Me
Moïse Nyarugabo, 2ème vice-président du RCD,
du Bureau politique et du Comité Exécutif. |
Le
Président Ernest Wamba Dia Wamba. Mis hors jeu.
Pour l'instant. |
Le
professeur Vincent de Paul Lunda Bululu. Également hors
jeu.
Pour l'instant. |
Le
Dr Bizima Karaha. A mis tout
son poids dans la réforme de l'appareil insurrectionnel. |
LE BUREAU POLITIQUE.
BUREAU.
PRÉSIDENT.
1. Dr Émile Ilunga Kalambo.
Province du Katanga (Nord.)
PREMIER VICE-PRÉSIDENT
2. Commandant
Jean-Pierre Ondekane.
Province de l'Équateur.
DEUXIÈME VICE-PRÉSIDENT
3. Me Moïse Nyarugabo,
Province du Sud-Kivu.
REPRÉSENTANTS
DES FONDATEURS.
Vingt-huit membres ont été choisis pour représenter
les fondateurs ou affiliés au Bureau politique. Ci-après
par ordre alphabétique de provinces.
Province de Bandundu.
4. Jean-Claude Tansia.
Province de l'Équateur,
5. M. Antoine Mundjo,
6. M. José Endondo Bononge.
Province du Kasaï Oriental.
7. Me J. M. Emungu Ehumba,
8. M. Roger Lumbala.
Province du Katanga (Sud.)
9. Prof. Lunda Bululu.
Province du Maniema.
10. Me Alexis Thambwe Mwamba,
11. Dr Gertrude Kitembo.
Province du Nord-Kivu.
12. M. Baitsura Musowa,
13. M. Déogratias Bugera,
14. M. Dévote Gashinge,
15. Mme Élysée Munembwe,
16. M. Eugène Serufuri,
17. Jean-Bosco Barihima,
18. M. Kambale Bahekwa,
19. M. Stanislas Kananura,
20. M. Sylvain Mutumbi.
Province du Sud-Kivu.
21. Dr Bizima Karaha,
22. Me Balamage N'kolo,
23. Me Kalenga Kyalumba,
24. Me Joseph Mudumbi Mulunda,
25. Me Ruberwa Manywa,
26. Prof. Étienne Ngangura K,
27. Nyongolo Alimasi,
28. Tomy Tambwe.
REPRÉSENTANTS
DES PROVINCES.
Entrent au Bureau politique trois membres par province non encore
libérée, quatre par province partiellement libérée
et cinq par province entièrement libérée.
À noter que la notion de cumul n'ayant pas été
retenue, on peut être à la fois membre du Bureau
politique et membre du Comité exécutif. Ces hommes
ont été désignés par leurs corégionnaires.
Ci-après par ordre alphabétique de provinces.
Province de Bandundu.
29. M. Jacques Kabamba,
30. Prof. Kin-kiey T. K. Mulumba,
31. M. Mandaka Ndoy.
Province du Bas-Congo.
32. M. A. Tufwansoni Mbwaki,
33. M. André Kisieti Bila,
34. M. Donatien Mabiala Nsimba.
Province de l'Équateur.
35. M. Bedi Makhubu Mabele,
36. M. Bondjuka,
37. Bomnwenga Mbange Te,
38. M. Léon Mondole.
(SUITE)
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