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"L'échange
est une relation de confiance qui rapproche les parties et exclut
le conflit"
Alfred G. Kalisa, p-dg de la Banque de commerce, de
développement et d'industrie.
"LES MILIEUX d'affaires jouent un rôle-clé
dans les échanges commerciaux. Cela revient à dire
que c'est ce secteur qui oeuvre aujourd'hui dans le sens de l'intégration
économique et politique. Chaque jour, ces hommes et ces
femmes poussent en avant le nombre des échanges inter-pays.
De ce fait, ils mettent les autorités en situation de
signer les accords qui verront la consécration juridique
de l'intégration et faciliteront la libre circulation
des biens et des personnes. Il faut espérer que les dirigeants
politiques sauront aller plus avant et constituer une réelle
force d'impulsion. Quant aux banquiers, notre métier est
la recherche des opportunités. Nous nous attachons à
passer des accords entre nous, dans les différents pays
de la sous-région. En tout état de cause, le réalisme
joue pour l'intégration. Mais il faut commencer quelque
part. L'Europe dont la construction connaît aujourd'hui
un triomphe a débuté par le marché du charbon
et d'acier. Ils en sont aujourd'hui à l'étape finale."
Q. Par quels produits pensez-vous que la région
pourrait commencer?
R. C'est à voir. La sous-région recèle
des zones à caractère fortement agricole et d'autres
à caractère fortement industriel et minier. L'essentiel
est de réaliser des échanges, passer des accords
tarifaires, annuler des taxes douanières, donc faciliter
le développement et aller vers une spécialisation
régionale. Mais il faut être réaliste et
commencer par promouvoir les échanges commerciaux interdépendants
des peuples.
Q. Iriez-vous jusqu'à préconiser une monnaie
commune?
R. Certainement. Mais une fois de plus, soyons réalistes.
La monnaie est une matière technique. L'Europe a mis une
trentaine d'années avant d'arriver. Mais cela ne l'a pas
empêché d'avancer. À l'étape actuelle,
le plus important est d'arriver à la convertibilité
des monnaies. Il faut au préalable faire que nos monnaies
circulent librement dans cet espace économique en faisant
intervenir nos banques centrales dans les cotations. Finalement,
la monnaie n'est rien qu'un instrument qui pourrait attendre
la maturation du projet. Entre temps, les instruments monétaires
peuvent entrer en jeu.
Q. Voyez-vous l'intégration comme la clé
à la crise que connaissent les pays des Grands lacs?
R. C'est certainement l'une des clés. Car l'intégration
établit un système d'échange des biens et
des services. Or, l'échange, c'est-à-dire le commerce,
est une relation de confiance. Quand vous faites du business
avec quelqu'un, cela revient à dire que vous êtes
dans une relation de confiance avec cette personne. Le business
est basé sur des intérêts bien compris des
parties. Deux parties qui échangent des marchandises et
des services et qui permettent au système de fonctionner,
c'est-à-dire, faisant que chacun y trouve son profit,
ne peuvent se faire la guerre. L'échange aide à
se connaître et à se comprendre mieux.
Q. Voyez-vous cependant des préalables à
cette intégration?
R. J'en vois au moins deux : la paix et la sécurité.
S'il n'y a pas de paix dans une zone, personne ne peut entreprendre
une activité durable quelconque. L'homme d'affaires est
un gibier peureux. Donc, la sécurité des biens
et des services est primordiale. Elle rassure l'homme d'affaires
dans la mesure où elle permet le libre mouvement des biens
et des personnes.
Q. S'il vous était demandé de leur faire
des propositions, lesquelles feriez-vous aux dirigeants politiques
pour assurer le développement de la région?
R. Un homme d'affaires a pour vocation de prospérer. Il
est à la recherche des marchés porteurs. Comme
banquier, je suis évidemment intéressé par
les échanges. Il faut donc pour cela la sécurité.
L'Allemagne et la France se sont affrontées lors des deux
guerres mondiales. Cela ne les a pas empêchés de
construire l'Europe. Je crois que nos dirigeants doivent commencer
par créer la sécurité. À partir de
la, tout devient possible. L'avenir économique de la région
n'est que porteur des lendemains meilleurs. Dans cette région,
il y a de la main d'oeuvre, il y a des matières premières,
il y a un bon climat. Reste la sécurité. C'est
à ce défi que doivent s'attaquer nos dirigeants.
Q. La BCDI, votre banque, investit fortement dans l'innovation.
S'agissant du Rwanda, ne mettez-vous pas la charrue devant le
boeuf?
R. Je ne pense pas. Le monde navigue déjà dans
l'ère du tout informatique alors que nombre de nos concitoyens
n'en sont pas encore à l'ère industrielle. Je pense
qu'il est de notre devoir de donner à nos populations
des services bancaires de haute qualité, chaque fois que
c'est nécessaire et là où c'est nécessaire.
Dans les grandes villes, il est grand temps qu'un système
de banque moderne soit en fonction. Là où n'existe
pas encore un système de banque, nous avons l'obligation
de créer des succursales et d'y installer de la technologie
moderne. Le niveau de développement de nos populations
ne devrait en aucune manière constituer un frein. En Afrique
du Sud, des banques ont introduit une technologie appropriée,
qui recourt aux empreintes digitales pour capter les non-lettrés
qui ne peuvent s'identifier autrement. Ce n'est pas parce que
ces populations n'ont pas étudié qu'il faut les
exclure des circuits bancaires. Je pense que nous devons allier
l'ancien et le moderne pour approcher les besoins de développement
de nos populations. On ne va pas réinventer la charrue.
Je pense que nous devons avancer et, s'il le faut, sauter rapidement
les étapes. Nous avons un challenge : il nous est demandé
d'être un peu plus innovatifs.
Q. Votre banque occupe le troisième rang au Rwanda.
Etes-vous satisfait de cette position?
R. Nous n'avons que quatre ans d'existence et déjà,
nous contrôlons 20 pc du marché. C'est important.
Cette situation fait de moi un homme heureux. La BCDI est la
première banque au Rwanda à avoir utilisé
des moyens modernes de gestion. Elle est la première banque
à avoir informatisé et mis en réseau toutes
ses opérations. Nous voici, toujours nous, à être
les premiers à introduire au Rwanda la billetterie (le
distributeur automatique des billets de banque), le système
électronique de paiement, la carte bancaire de plus en
plus acceptée dans les échanges. Ici au Rwanda,
vous n'avez pas besoin d'aller faire la queue devant les guichets.
C'est terminé tout cela puisque vous avez la banque qui
ne ferme pas, qui fonctionne jour et nuit, et qui est prête,
à tout moment, de jour comme de nuit, à vous servir.
De même, vous n'avez pas besoin de vous trimballer avec
du cash puisque la simple présentation de votre carte
bancaire vous permet d'enlever la marchandise. Or, vous savez
que ces services modernes existent depuis une dizaine d'années
en Europe mais ils n'ont jamais été introduits
en Afrique, surtout dans notre région. N'est-ce pas cela
du progrès cela? Le souci de la BCDI est d'amener l'opérateur
économique et le consommateur en général
à avoir une utilisation optimale de services bancaires.
Nous y sommes.
Q. Votre réseau dans la région marche-t-il
aussi bien ?
R. Dans le cadre de l'ouverture régionale et de la recherche
des marchés, nous disposons d'une banque au Congo. C'est
la Banque de commerce et de développement, BCD. En dépit
de problèmes politiques, nous restons en contact. D'après
le dernier rapport, cette banque fonctionne toujours. Elle a
des agences à Lubumbashi et à Goma. Elle a même
réalisé un petit profit. Évidemment, dans
la situation actuelle de crise politique très aiguë,
il est difficile de prédire l'avenir de cette banque.
En tout état de cause, il s'agit d'une banque moderne.
Elle est informatisée et nous croyons qu'une fois l'hypothèque
politique résolue, elle aura un rôle important à
jouer dans le paysage bancaire du pays. Nous pensons pouvoir
la redynamiser afin qu'elle devienne réellement un instrument
de développement pour le Congo et la région. Outre
le Congo, nous avons des correspondants en Afrique de l'est et
australe. Nous nous proposons de nous déployer vers d'autres
pays sous forme d'alliance ou de succursales.
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