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Kabila semble
s'être enfin rendu compte que son pouvoir est menacé
ON serait de mauvaise foi si on ne reconnaissait pas
les signes positifs venus de Kinshasa ces dernières semaines.
D'aucuns diront que le régime, à bout de souffle,
commence à jeter du lest.
Des signaux très clairs arrivés de Kinshasa
depuis qu'une dépêche de l'agence américaine
Associated Press datée de Kigali, du 15 juin, faisait
état des cinq conditions posées par la rébellion
pour un cessez-le-feu. "Les conditions des rebelles sont
les suivantes : l'arrêt des bombardements des villes qu'ils
détiennent, la libération des prisonniers politiques,
l'instauration du multipartisme, le désarmement des rebelles
du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi, alliés du président
Kabila et l'arrêt de la campagne visant à éliminer
les Tutsis du Congo." Soit les actes de génocide
et de crime contre l'humanité dont sont accusés
Laurent-Désiré Kabila et son régime. C'était
- il n'y a pas un autre mot - un ultimatum adressé à
Kabila. "Il a sept jours pour répondre. En attendant,
nous continuons les combats." L'agence mettait ces déclarations
dans la bouche de Kin-kiey Mulumba, membre du Bureau politique
et du Comité Exécutif du principal mouvement rebelle.
Elles étaient faites au lendemain d'une nouvelle prise
importante : la stratégique ville de Lusambo, près
des mines diamantifères du sud du pays. Très vite,
Kabila a réagi en ordonnant la libération du leader
des FONUS, Joseph Olenghankoy, détenu depuis dix-huit
mois dans la prison de haute sécurité de Buluwo,
dans le Shaba-Katanga, de même que deux de ses compagnons,
les udépesiens Raymond Kabanda et Kalele Ka Bila. Une
dizaine de jours plus tard, il ouvrait les camps de concentration
de Lubumbashi qui servaient de lieux de détention pour
Tutsis congolais et rwandais et donnait la liberté à
une centaine de compatriotes.
Signal positif. Au même moment, il annonçait que
500 Tutsis détenus après des rafles à Kinshasa
allaient également retrouver l'air libre et seraient mis,
comme le premier groupe, à bord d'un avion en direction
de Kigali. Kinshasa a aussi annoncé le 5 juillet la libération
d'un autre détenu politique, Christian Badibangi, autre
proche d'Étienne Tshisekedi. Tout cela est un bon début.
Face aux désertions massives enregistrées dans
ses rangs, face aux déboires qui s'accumulent avec Kabinda
à moins de 90 kms de Mbuji-Mayi et Gbado-Lité prises
par l'insurrection annoncée à Ilebo - ce qui serait
une voie ouverte vers Kikwit dans le Kwilu -, Mbandaka et Gemena,
alors que Kananga et Mbuji-Mayi sont assiégées,
face au désormais peu d'empressement dont font montre
ses alliés, le seul restant en place étant le Zimbabwé,
après le départ très médiatique du
Tchad, Kabila semble s'être donc mis à comprendre
qu'il s'est trompé dans ses analyses et qu'on ne gagne
une guerre ni en bombardant aveuglement des cibles civiles, ni
en poussant au front de la chair à canon que sont les
recrues trouvées dans les rues de la capitale. La production
du diamant qui lui permettait encore de continuer à financer
la guerre est de moins en moins évidente au fur et à
mesure que la province sous son contrôle se retrécit
chaque jour un peu plus et que la peur panique envahit les travailleurs
de la compagnie d'exploitation, alors que ceux-ci ne sont plus
payés depuis trois mois, situation inconnue jusqu'ici!
À Kinshasa où il pouvait encore se prévaloir
d'une certaine popularité après ses discours enflamés
anti-tutsi, la population gronde désormais, incapable
de supporter la misère.
Presse frondeuse. Elle est reliée par une presse désormais
frondeuse malgré les menaces répétées
d'emprisonnement que lui adresse le neveu du président,
le ministre de la Justice Mwenze Nkongolo. L'eau de la Régideso,
l'entreprise distributrice nationale, n'est plus garantie propre
à la consommation - un signe qui ne trompe pas. Des ministres
et des conseillers hier encore arrogants se font plus petits,
s'ils ne profitent pas d'une mission à l'étranger
pour se mettre prudemment à l'écart. C'est le cas
de l'ancien P-dg de la Gécamines Umba Kyamitala, un mobutiste
pur sang qui a changé de veste à l'entrée
de Kabila à Lubumbashi invoquant des relations coteriques
(il est mulubakat comme le président.) C'est le cas de
l'ancien ministre des Affaires étrangères Jean-Charles
Okoto, nommé gouverneur du Kasaï Oriental qui s'est
réfugié désormais à Toronto, au Canada
sans tambours ni trompette. L'homme a préféré
filer à la congolaise plutôt que d'attendre d'être
accusé "d'intelligence avec l'ennemi" et passer
devant un peloton d'exécution comme bon nombre d'autres.
Cela dit, le président a encore du chemin à faire
avant de redevenir fréquentable. À Kinshasa, on
sait désormais la situation désespérée
et les collaborateurs, pourtant des anticléricaux endurcis,
n'ont qu'une arme à brandir : ni machettes, ni gourdins,
ni fusils mitraillettes ou de chasse mais des séances
publiques de prières. Celui qui re-promettait encore tout
récemment de faire déclencher une "guerre
totale contre le Rwanda", accepte de faire jeûner
désormais ses proches au Palais du peuple afin d'implorer
le Très Haut qu'il daigne accepter de sauver "le
Mzee." Mais si, prudence oblige ! - lui-même, toujours
égal à sa réputation, ne se déplace
nulle part dans le pays, la cour au grand complet est présente
partout où on prie. Il s'est ainsi fait représenter
au Palais du peuple par son directeur de cabinet Georges Buse
Falay, qui a livré à la foule des croyants les
secrets qu'il avait partagés avec "le Mzee"
et au stade Kamanyola par son cousin Gaétan Kakudji, ministre
d'État en charge de l'Intérieur lors des manifestations
organisées le jour de l'Indépendance. Peureux,
Kabila se montre de moins en moins en public. Avant d'apparaître
- même devant la presse - il s'assure de la présence
d'un char.
T. MATOTU
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