Le Congo-Zaïre doit confirmer son ancrage à l'est

Des financiers des Grands lacs africains veulent ouvrir le grand chantier
S'IL n'est pas engagé officiellement, le débat se trouve dans toutes les bouches. À Goma, dans les salons feutrés, à Kinshasa et dans les chancelleries occidentales à Bonn, Paris, Bruxelles, Londres et Washington, il nourrit vivement les conversations.

En arrivant à la tête du pays en mai 1997, au lendemain de la victoire sur les Faz de la coalition armée de l'Afdl, Kabila avait rencontré ce débat en réorientant diplomatiquement l'ex-Zaïre et en procédant au plan économique à son ancrage à l'est du Continent. Confirmation sans équivoque de cet ancrage seront ses déplacements dans cette région et surtout l'inscription bien que maladroite du swahili, l'une des quatre langues nationales, sur les Francs congolais, la monnaie battue triomphalement en juin, une année après l'arrivée au pouvoir. Mobutu l'avait compris. Certainement le plus actif des pères-fondateurs de la CEPGL (Communauté Économique des États des Grands lacs) mise en sommeil par les diverses guerres qui endeuillent interminablement la région, le vieux léopard est resté attaché profondément à ce projet en y investissant ses forces sachant que le ventre mou du pays était bien ses provinces orientales : celui qui tient l'est du pays tient le pays. Après la CEPGL, il entreprit de conduire l'adhésion à la SADEC (Communauté économique et de développement de l'Afrique australe) qu'allait matérialiser le ministre du Commerce et de l'Industrie de naguère Jiby Ngoy. Kabila, en arrivant, n'a fait que confirmer - plus fortement - cette option. L'intervention des armées angolaise, namibienne, zimbabwéenne aux côtés de Kabila dans la nouvelle guerre du Congo est à inscrire dans ce cadre, tout comme la médiation zambienne et le rôle de la puissante Afrique du sud qui tient ici place du Nigéria dans les guerres de la Sierra-Léone et du Libéria : stabiliser la région. En deux ans, deux guerres éclatées à l'est, selon strictement le même modèle, ont mis à genoux le régime de Kinshasa, gelé tout projet de développement et enrayé l'empressement des bailleurs de fonds. Elles font aujourd'hui s'interroger intellectuels et économistes. Elles montrent les enjeux réels que représente la partie orientale du pays. Quelles relations le Congo-Zaïre entretiendra-t-il demain avec ses voisins de l'est? L'intégration sociologique, réelle, de ses populations qui s'est renforcée au fil des ans par l'intégration économique doit-elle être poussée en avant d'une manière plus volontariste par les politiques? Lors de son interview au Soft International (n°757, daté 10 mai 1999), le vice-président du Rwanda et ministre de la Défense Paul Kagame a dit sa préférence pour une intégration régionale des pays de l'est du Continent. Il précisait les déclarations diversement interprétées du président Pasteur Bizimungu qui appelait à la tenue de Berlin II et à la révision des frontières. Kagame : "Les frontières ont divisé les peuples habitués à vivre ensemble et qui sont devenus par la suite des ennemis mais nous les respectons dans le cadre de la Charte de l'OUA portant sur l'intangibilité des frontières. Le problème doit être envisagé sous différents angles. Comment pouvons-nous arriver à bout de ces problèmes créés par des frontières artificielles? Si nous oeuvrons pour l'intégration régionale, encourageons la coopération économique au sein d'organisations régionales et poussons à la libre circulation des biens et des personnes, alors, à la longue, les frontières sauteront d'elles-mêmes et ne constitueront plus aucun handicap d'aucune sorte. Les réflexions doivent être orientées dans le sens de ce processus qui consiste à mettre ensemble nos peuples. Beaucoup de pays se sont rassemblés sous forme d'organisations régionales et je pense que dans ces pays, aucun problème des frontières ne se pose plus. Grâce à la mise en oeuvre d'intérêts communs, aux échanges commerciaux, au partenariat, ils ont redessiné les frontières." Le Soft International ouvre un débat qui constitue certainement le grand chantier pour nos pays en faisant parler des représentants du premier secteur intéressé par cette question : celui de l'économie, des finances et généralement des affaires. Pour cela, le journal s'est déplacé à Kigali où il a interrogé celui qui est le premier banquier commercial du pays, John Nyombayire, un homme qui a aussi l'avantage d'avoir vécu une partie de sa vie dans l'ex-Zaïre, le pays considéré par sa taille et ses richesses comme la locomotive de la sous-région et d'y avoir exercé de hautes fonctions bancaires dans l'une des premières banques du pays et dans les milieux d'affaires. Le journal s'est aussi rendu à Gisenyi au Rwanda, siège sommeillant de la CEPGL, à Bujumbura au Burundi, à Goma au Congo, siège de la rébellion où un responsable du Département des Finances du RCD a été interrogé. La rédaction a interrogé à Bruxelles où il s'est réfugié l'ex-patron des patrons congolais José Endundo Bonongé. Le journal a laissé ces spécialistes parler librement autour de trois questions principales : 1. En attendant la fin de la guerre (ou des guerres) qui dévaste (nt) la région, quelles pistes préconiser pour le monde des affaires? 2. Au lendemaibn de la fin de la guerre (ou des guerres), quels chemins prendre? 3. L'intégration, est-ce le chantier d'aujourd'hui pour la sous-région? Au total, ce dossier ressemble à une sorte d'économie mode d'emploi dans les pays des grands lacs africains. Un dossier à surveiller au cours des prochains mois au rythme où avancent les conquêtes de la rébellion.

KIN-KIEY MULUMBA