|
"Les
Nations qui doivent se reproduire, assurer leur perpétuation
et leur pérennité, ont l'obligation de se préoccuper
de l'enfant", estime Kin-kiey
Ci-après le message à la Nation radio-télévisé
prononcé par le professeur Kin-kiey Mulumba, membre du
Bureau politique et du Comité exécutif du RCD.
Madame, Monsieur,
Voici vingt-trois ans, le 16 juin 1976, lors de sanglantes émeutes
de Soweto, des enfants étaient sauvagement assassinés
par la violence barbare de la soldatesque du régime d'apartheid
qui sévissait alors en Afrique du Sud depuis 342 ans.
Ils ne demandaient qu'une chose : la reconnaissance dans les
écoles de l'enseignement des langues africaines. L'OUA,
l'Organisation de l'Unité Africaine, décidait,
il y a une dizaine d'années, que cette journée
serait dédiée à l'enfant africain et que
des manifestations diverses lui seraient consacrées. Ces
manifestations permettent, chaque année, de faire le bilan
sur les progrès réalisés dans la voie de
la protection et de la défense de nos enfants mineurs.
Madame, Monsieur,
Cette année, le thème arrêté par l'UNICEF,
l'agence des Nations Unies qui s'occupe de l'enfance, est "l'éducation
à la paix." Depuis une semaine, diverses manifestations
ont lieu chez nous à travers les provinces du Rassemblement,
autour de ce thème. Elles se déroulent à
l'échelle de nos divisions provinciales. C'est le lieu
de remercier tous les intervenants à ces manifestations.
Madame, Monsieur,
Il n'y a pas de vie sans enfant. Il n'y a pas d'avenir sans enfant.
L'enfant permet de croire en l'avenir. Là où il
y a un enfant, là où il y a l'éternité.
Les États et les Nations qui doivent se reproduire, et
qui ne veulent donc pas se désintégrer, qui doivent
assurer leur perpétuation et leur pérennité,
ont l'obligation de se pencher sur cette question cruciale de
l'enfant, mais surtout, de la qualité de l'enfant et d'en
faire leur socle de vie. Car de la qualité de l'enfant
- qualité physique, qualité intellectuelle, qualité
morale - dépend l'avenir physique, intellectuel et moral
de nos Nations. Aussi, la pratique du sport et des loisirs ainsi
que le civisme doivent-ils être des matières enseignées
dans nos écoles aussi bien que les matières dites
classiques pour faciliter ce que l'on appelle la socialisation
de l'enfant. En assurant les soins requis à notre enfant
- afin qu'il grandisse en excellente santé -, l'éducation
qui convient - afin qu'il puisse se mouvoir et développer
en toute liberté son inventivité au sein de la
société et pour la société, l'État
et la Nation se donnent la chance et et se dotent de moyens de
se reproduire, donc de continuer à exister. Dans nos pays,
on l'oublie trop souvent, les enfants ont aussi des droits :
droit à la vie, donc à une nourriture et à
une croissance saine; droit à la santé; droit à
l'éducation, donc à la scolarisation; droit à
la liberté. Les grandes nations sont celles qui ont su
prendre en charge leur avenir et la seule façon pour ce
faire est, non seulement d'avoir une progéniture, c'est-à-dire
de mettre au monde des enfants, mais de s'en occuper le plus
sérieusement.
Madame, Monsieur, cher enfant,
Une crise socio-économique des plus aiguës déferle
sur notre pays. Débutée sous le régime Mobutu,
accentuée pendant la guerre de Kabila et sous son règne
frappant particulièrement les mineurs, elle est exacerbée,
il faut le reconnaître, avec la guerre de libération
du Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Deux guerres
en deux ans, c'est beaucoup. Le désastre de cette crise
se lit notamment par:
la paupérisation de nos populations entraînée
par le non paiement des salaires dans certains secteurs, notamment
public, ce qui complique la tâche des parents ;
la raréfaction des denrées alimentaires découlant
de l'impraticabilité des routes de desserte agricole;
l'abandon des établissements hospitaliers,
la recrudescence de la délinquance et du vagabondage engendrée
par le chômage, notamment celui des jeunes;
les tensions ethniques issues des déplacements des populations.
Les enfants sont ceux qui paient au prix fort et comptant cette
guerre. On les voit en situation particulièrement périlleuse.
Trop d'orphelins, des malades, des ENA (enfants non accompagnés),
des victimes de la malnutrition et du Sida. Trop d'enfants sans
famille ou issus de familles nombreuses et pauvres. Des associations
de bénévoles s'efforcent de s'en occuper dans nos
quartiers. Elles se heurtent à d'énormes difficultés
financières. La conjoncture ne permet pas toujours à
leurs membres de verser une cotisation et l'appui extérieur
n'existe pratiquement plus. Pour ce qui est des orphelins, leur
placement dans des familles d'accueil est devenu difficile du
fait de la raréfaction des moyens. La scolarisation des
lépreux demande des dispositions particulières
étant donné qu'ils ne peuvent étudier en
compagnie d'autres enfants sains. Le Département des Affaires
sociales, Femme et Famille estime que l'enfance en situation
d'urgence extrême comprend 300.000 âmes dans les
provinces du Rassemblement. Il faut signaler à ce chiffre
2.000 enfants de nos vaillants militaires. Pour leur scolarisation,
il nous faut trouver cahiers, bics, uniformes, ardoises, crayons,
touches. La crise qui frappe notre pays appelle des pouvoirs
publics la prise d'un train de mesures sociales d'urgence. Nous
n'avons pas le droit d'attendre - et attendre quoi ? - pour commencer
à actionner des mesures, si timides soient-elles.
Madame, Monsieur,
C'est ainsi que mon Département a présenté
à l'Exécutif du Rassemblement un Plan d'actions
d'urgence qu'il défend et va défendre. Malgré
les difficultés financières que rencontrent nos
provinces, l'Exécutif du Rassemblement s'oriente vers
la prise en charge de 40 pc de la somme totale des dépenses
d'actions sociales d'urgence notamment en direction des jeunes,
le reste, soit 60 pc, devant être financé par des
donateurs gouvernementaux et des organismes et ONG humanitaires.
Le Rassemblement pense que l'État qui s'installe au Congo
a l'obligation d'envoyer un signal fort au pays et à l'étranger
sur ses priorités, la priorité des priorités
étant, me semble-t-il, la recherche constante du bien-être
des habitants. Mon Département considère - c'est
un acte de foi - le territoire libéré comme espace-témoin
d'une politique sociale volontariste que le Rassemblement entend
mener une fois installé au pouvoir à Kinshasa.
Réduire la grande misère, l'énorme fracture
sociale, promouvoir la solidarité nationale et internationale
: tels sont les objectifs de mon Département.
Madame, Monsieur, cher enfant, que vive le Congo,
que vive le Rassemblement Congolais pour la Démocratie,
que vive notre jeunesse.
Je vous remercie.
Goma 16 juin 1999.
|