La mort de "Ya Mungul" et de Marcel Lihau Ebua

Deux vétérans tirent leur révérence

Deux grands vétérans de la vie politique zaïro-congolaise viennent de tirer leur révérence. Le premier, Marcel Lihau Ebua, est mort le 10 avril à Boston où il enseignait.

Le second, Bernadin Mungul Diaka dit "Ya Mungul", a quitté la terre des hommes le 3 juin. Il avait 68 ans. La mort a surpris Lihau Ebua à Kinshasa de son ex-épouse Sophie Lihau N'kanza. L'ancien président de la Cour Suprême voulait se rendre dans la capitale afin de s'incliner sur la tombe de la mère de ses enfants. Né à Bumba, à l'Équateur, il est parmi ceux qui ont marqué intensément l'histoire post-coloniale de l'ex-Zaïre. Sorti de l'Université de Louvain, il participe à la table-ronde politique belgo-congolaise, est membre du Collège des commissaires généraux formé par Mobutu, se trouve à la création du MPR, parti-État qu'il abandonne très tôt pour combattre aux côtés d'Étienne Tshisekedi dans l'Udps, parti dont il est l'un des fondateurs mais finit par évoluer en solo. Condamné pour activisme politique, il est relégué dans sa province d'origine. Véritable tribun, il fait la pluie et le beau temps lors des assises de la Conférence nationale pro-démocratie et enrichit la lexicologie politique zaïroise avec le mot "coteries politiques" ou "mouvements coteriques" pour désigner des regroupements politiques fondés sur des bases tribales. Sa dépouille a été rapatriée à Kinshasa.

Même itinéraire. Bernardin Mungul Diaka était âgé de 66 ans quand il a été fauché. Compagnon historique et de cavale de l'ancien Premier ministre Patrice Lumumba, un des fondateurs du MPR-parti-État qu'il a combattu par la suite, son itinéraire politique ressemble à celui de Lihau. Après avoir été un des fondateurs du MPR-parti-État avec Mobutu, il connaît une éclipse, se réfugie à l'étranger en Belgique, bat campagne contre Mobutu, retourne au pays, crée son propre parti le RDR, devient un éphémère Premier ministre de Mobutu lors des émeutes et pillages qui secouent la capitale pendant lors des travaux de la Conférence nationale pro-démocratie, devient plus tard ministre d'État sur papier, puis gouverneur de la ville de Kinshasa. Originaire de la province de Bandundu, il ne cessait de dire que la capitale Kinshasa appartient au Bandundu pour 50 pc et au Bas-Zaïre pour 50 pc et qu'il s'y sentait bien chez lui. Les Kinois le lui rendaient fort bien qui l'écoutaient pieusement. Il n'a jamais ménagé le régime en place, ni celui de Mobutu, ni celui de Kabila. Au sujet des CPP, Comités de pouvoir populaire de Kabila, il déclarait récemment : "C'est une idée anachronique et dépassée. Pour les Congolais, c'était une expérience déjà vécue avec le Parti-État dont les résultats sont connus de tous. On ne peut reprendre une expérience qui a échoué et croire que ce sera un outil de redressement du pays." On l'a trouvé mort après une déclaration tonitruante contre le régime sur la chaîne privée Tkm. Ce qui a donné lieu à nombre de rumeurs dans une ville où l'élimination physique se banalise.

T.M