Barbe grisonnante, cheveux poivre sel mais heureux d'être partis

Séances de reconditionnement à hauts risques pour les cadres

FINALEMENT, ils sont tous revenus, heureux - ou presque - d'être partis ! Alors qu'au départ, le 14 avril, lorsqu'ils s'enfoncèrent dans la forêt vierge et prirent leurs quartiers à une dizaine de kilomètres de Goma, non loin de la jungle aux lions, ils étaient un peu anxieux, les cadres du RCD sont revenus sourire en coin, d'un petit mois de reconditionnement politico-militaire, les membres ayant laissé pousser qui, une barbe grisonnante, qui, les cheveux poivre sel, brandissant comme un trophée un treillis qu'ils portent désormais lors de manifestations héroïques ou de défiance organisées à travers le territoire.

Soumis aux privations diverses - conditions de jeune recrue obligent ! - ce premier groupe conduit par Me Moïse Nyarugabo, alors 1er vice-président du Conseil politique (au retour 2ème vice-président du Bureau politique et du Comité exécutif) avait dans ses rangs le prof. Lunda Bululu, au départ coordonnateur du très puissant Comité Exécutif (à l'arrivée membre du Bureau politique.) Aux dires des séminaristes, "les hommes se sont encore mieux connus, découverts ou redécouverts des talents et des faiblesses; ils se sont familiarisés", ce qui est certainement le résultat le plus attendu. Si deux ou trois ont tôt brisé les rangs, réjoignant "le camp d'en face", d'autres, faisant montre d'une témérité exemplaire ou se lançant un petit défi à eux-mêmes, ont bu le calice jusqu'à la lice, estimant qu'il était exclu de montrer au grand jour des menues faiblesses physiques ou morales. Il a fallu tenir en effet, coûte que coûte, ces quatre semaines qui n'en finissaient pas alors qu'alentour, la crise du RCD frappait encore et davantage mais les instructeurs, dont certains venus des pays alliés, se sentaient non concernés par les vacarmes, veillaient, comme à la prunelle de leurs yeux, froidement au programme de formation.
"Droits de l'homme?" Retour à Goma de matelas confortables emportés subrepticement - tout le monde devant se mettre aux mêmes conditions de vie pour affiner l'esprit de camaraderie, pas de boîtes de sardines ni de corned beef oubliées (par mégarde?) au fond d'un sac de couchage - renvoyées aussi vite qu'elles sont venues si elles ne sont pas consommées par défi par les maîtres -, ni surtout d'alcool mais un repas de guerre pour tout le monde fait de riz-haricot pris dans des gamelles. Cela n'a pas empêché quelques petits incidents de se déclarer. Tel a dû disjoncter (heureusement pour deux ou trois jours) invoquant qu'il tenait le lit suite à une fatigue généralisée ou un lumbago si ce n'est pas une petite incommodation aux pieds, résultat de l'attaque d'une goutte, si l'on ne faisait état d'une méchante hypertension maintenue la veille en sommeil. Un autre a craqué carrément, estimant (ou prétextant!) une violation des droits de l'homme le fait de lui demander de suivre au pied la marche des instructeurs à laquelle il n'arrivait pas à se faire. Au moins, s'en est-il tiré avec un doux sobriquet, précisément "Monsieur Droits de l'homme!" Un autre a supporté l'appellation de "Ghost Walk" (Mwondo ya shetani en langue swahili), la raideur exponentielle de ses muscles le mettant dans l'impossibilité de se plier à la marche, sans se briser ! La marche - ou parade militaire - était l'un des cinq points inscrits au programme, avec la manipulation de l'arme (la kalachnikov, la Akm7, la launcher 7, le pistolet, etc., étaient au rendez-vous), la formation politique, le "Field craft" (camouflage en temps de guerre sur le terrain de combat et attaque par surprise de l'ennemi), et la tactique militaire (identification de la cible, "target".) Dans la jungle aux lions laissés en liberté, les meilleurs n'étaient pas toujours les plus puissants mais parmi les hauts cadres, trois se sont distingués au tir de précision : Mes Moïse Nyarugabo et Alexis Thambwe Mwamba ainsi que Lambert Mende. Lors des séances de formation politique, des expériences ont été partagées sur les mouvements révolutionnaires dans le monde, particulièrement en Afrique. Quelques exposés au titre évocateur : "les stratégies de résistance dans la mobilisation des masses", "le code de bonne conduite dans les institutions et les mouvements révolutionnaires", "la sécurité des personnes et de leurs biens", "le leadership et les méthodes révolutionnaires du travail" mais aussi, tout à fait utilement, "la coopération et l'intégration de la R-dC dans la sous-région", toujours d'actualité (lire pp19-27.) Le deuxième groupe conduit sans doute par le président Émile Ngoy ou par le 1er vice-président Jean-Pierre Ondekane, comprenant les membres du Bureau politique et du Comité exécutif Bizima Karaha, Emmanuel Kamanzi, Jean-Marie Emungu, Kin-kiey Mulumba Tryphon, Mudumbi Mulunda, Ruberwa Manywa, etc., s'apprêtait à s'enfoncer à son tour dans la forêt, la chansonnette à la bouche.

JK