Une rencontre avec le Dr Charles Murigande, Secrétaire général du FPR

IL a grandi au Burundi. Ses parents y ont fui en 1960, dès les premières poussées de fièvre rwandaise. Charles Muringande a alors douze ans. Il va grandir dans les camps des réfugiés burundais et entreprendre ses études qu'il poursuit en Belgique, où il prépare une licence en Mathématiques, puis un doctorat. Il se rend ensuite aux États-Unis pour des études de post-doctorat. Il obtient, une année plus tard, un poste de chercheur, puis celui d'enseignant. En 1994, quand sonne la fin du génocide, Dr Charles Murigande regagne un pays dévasté. "Le FPR venait de lancer un appel à la diaspora rwandaise pour l'aider à reconstruire le Rwanda, détruit par le génocide. Je me suis senti interpellé et j'ai accepté d'abandonner la vie confortable que je menais à l'étranger pour apporter ma petite contribution", nous déclare-t-il. La cinquantaine à peine entamée, allure modeste d'éternel universitaire, il parle calmement avec ce flegme tout britannique qu'il dit plutôt rwandais, expliquant, que s'il y a un flegme britannique, il y en a bien un qui soit rwandais. "Dieu qui a créé les Britanniques, les Rwandais et les Congolais, n'a pas fait de distinction entre les races", nous dit Murigande. À Kigali, il est d'abord conseiller aux Relations Internationales à la Présidence de la République, ensuite ministre des Transports et Communications. Il a été recteur de l'Université du Rwanda. Élu en février 1998 Secrétaire général du FPR, le Front Patriotique Rwandais, Charles Murigande est certainement - bien que n'appartenant pas à la génération de Byumba, celle des figures historiques - l'une des plus grosses pointures du Rwanda aujourd'hui. Il vanter les mérites de son parti : "Quand on y entre et qu'on y apporte une contribution, il n'est pas nécessaire d'avoir été membre fondateur. Ce qui importe, c'est la contribution qu'on apporte indépendamment du fait qu'on soit de la première ou de la dernière heure. Ceci rappelle l'histoire de la Bible : celle de l'homme qui avait un champs à labourer. Il y a ceux qui sont venus à 8 heures, d'autres à 10 heures, d'autres à 16 heures. À la fin de la journée, tous ont été rétribués de la même manière. De ce point de vue, le FPR dispose d'une organisation très juste et très correcte à l'égard de ses membres." Murigande a en charge le délicat dossier politique de la région des Grands lacs et échafaude l'avenir des relations rwando-congolaises. Il veut se sentir prêt le jour - à propos duquel personne ici ne veut faire le moindre pronostic mais que tout le monde espère proche - où la paix reviendra dans la région. S'il regrette la nouvelle guerre du Congo, il la juge néanmoins juste. Jadis traumatisées par "les épisodes des infiltrations", les préfectures rwandaises de l'Ouest, Ruhengeri et Gisenyi, avaient été désertées par la population. "Il était pratiquement impossible de nous y rendre sans escorte militaire et, parfois, sans les blindés. Depuis cette guerre, ces préfectures sont redevenues des terres paisibles; la population y cultive à nouveau ses champs et ses terres sont redevenues les greniers de notre pays, au moment où ailleurs, la famine sévit suite à la sécheresse." Une équipe de la radio-télévision congolaise, RTNC-Goma l'a rencontré à Kigali. Extraits.