Dissensions internes et recherche d'un modèle d'adéquation

Le mouvement rebelle se penche à nouveau sur son destin

Janvier-février 2000, le cycle des rumeurs était à nouveau d'actualité à Goma, siège du principal mouvement rebelle, où des analystes faisaient état de nouvelles querelles de leadership qui conduisaient le mouvement rebelle à la croisée des chemins. "En réalité, il n'est pas à la croisée des chemins, il est à la veille de grands bouleversements", expliquaient d'aucuns. Depuis la démission fracassante du 3ème Vice-président du mouvement, Arthur Z'Ahidi Ngoma en février 1999, le départ en force du président Ernest Wamba dia Wamba en mai de la même année, la désignation, à la même date, comme président, du Dr émile Ilunga Kalambo, le RCD n'a réussi à sauver qu'une cohésion de façade. Chaque jour qui passait, le RCD semblait s'enfoncer un peu plus dans des conflits inextricables de personnes et l'ambiance se détériorait jour après jour à la suite de graves accusations de mauvaise gestion et de détournement des fonds publics. La restructuration du Comité exécutif, en octobre dernier, ayant clôturé des travaux houleux mais démocratiques du Bureau politique, n'avait pas apporté la paix nécessaire. Bien au contraire, elle avait exacerbé des dissensions internes marquées notamment par le départ, certes éphémère, de deux membres originaires du Shaba-Katanga, Rutong Sambam Muyey et Floribert Kilanga Bungwe, les délégués de leur province ayant estimé en bloc dans une pétition que la province était insuffisamment représenté(sic.) Les prises de position et déclarations de différents responsables, faites à cette occasion, n'avaient pas toujours respecté la dignité nécessaire d'un mouvement appelé à être une alternative valable au régime de Kinshasa. L'approche du round politique inter-congolais qui faisait dire à certains que la phase militaire du conflit est terminée, que le jeu va désormais être politique et qu'il faut se positionner pour des batailles politiques ou politiciennes à venir, a donné lieu à toutes les surenchères, jetant le RCD dans le chaos et les pays alliés de la rébellion dans le désarroi le plus total. Comme réponse à cette crise, le Rwanda et l'Ouganda dont les armées (APR, Armée Patriotique Rwandaise pour le premier, UPDF, Uganda People's Defense Forces pour le second) s'étaient affrontées militairement les 14, 15 et 16 août dernier à Kisangani, chacun d'eux s'étant rangé derrière une faction considérée comme "pure", avaient résolu d'enterrer définitivement la hache de guerre et de normaliser leurs relations fraternelles. Ils suggéraient l'unification des mouvements rebelles (MLC de Jean-Pierre Bemba, RCD-Goma et RCD-ML de Ernest Wamba Dia Wamba) selon le processus entamé sous la médiation tanzanienne, à Kabalé, petite ville ougandaise sur la frontière avec le Rwanda, peu avant les affrontements sanglants de Kisangani. C'est ainsi qu'une nouvelle rencontre, appelée Kabale-2 réunissait en décembre, du 16 au 21, les trois mouvements. Le Rwanda était représenté par le Dr Charles Murigande, secrétaire général du FPR (dont on lira par ailleurs les déclarations en pages 29-30) mais aussi par le conseiller à la présidence en charge des Affaires étrangères Mike Rwigema, le porte-parole de l'APR, le major Emmanuel Ndahiro, l'ancien ambassadeur du Rwanda en R-dc, Emmanuel Kaitana et l'honorable député, Dr Tito Kutarimara. L'Ouganda l'était notamment par James Wapakhabulo, commissaire politique national du parti au pouvoir à Kampala et par le colonel Kahinda Otafire, conseiller du président Museveni en charge du dossier Congo. La Tanzanie, qui avait présidé Kabale 1, était également de la partie. Outre ces trois pays, on comptait trois nouveaux venus aux pourparlers, le Mozambique et la République Sud-Africaine, de même que la SADC, la Communauté des états d'Afrique australe. Un front commun politique et militaire appelé à tenir tête à Kabila lors du dialogue inter-congolais prévu par Lusaka, a été décidé. Les trois mouvements insurrectionnels ont également convenu de développer une approche commune de leurs politiques à la fois militaire, diplomatique et régionale. Ils ont dénoncé "l'exploitation", "l'injustice" et les "longues et inutiles souffrances" dont les Congolais sont victimes de la part de leurs dirigeants respectifs. En vue de mettre fin à cette situation dégradante, les trois mouvements ont dit leur détermination à établir un nouvel ordre politique, économique et social basé sur des valeurs morales devant permettre au peuple congolais de prendre son destin en charge et de garantir sa sécurité ainsi que celle de ses voisins. S'ils gardent chacun son identité, les trois mouvements ont expliqué que le Front commun à venir accepterait d'autres adhésions à ce qui ressemble une plate-forme. Une nouvelle rencontre était prévue mi-février, au Congo et à Kisangani, ville jadis disputée et symbolique. à petits pas, soutenu par des alliés de plus en plus nombreux, le mouvement anti-Kabila paraissait avancer vers un nouveau projet de configuration porteur d'espoir.

T. MATOTU