Cinq ans après la Libération : forces et faiblesses de l'économie rwandaise

Où manger et dormir à Kigali?

L'absence de concurrence pousse les hôteliers à faire peu de cas du service mais la situation évolue

IL Y A à proprement parler deux hôtels dans la capitale rwandaise. Le premier est l'ancien français le Méridien passé à un groupe égyptien depuis la fuite des Français en 1994 au lendemain du déclenchement du génocide. Le groupe exploite la marque britannique Royal Windsor aussi bien que l'étiquette bien classée Resort et a donné de la couleur locale Umubano (entente, solidarité) à l'immense bâtisse construite en 1981 par les pétrodollars du colonel Kadhafi à l'époque du régime Habyarimana. Le second est le belge Sabena qui fait vivre bon an mal an son Mille Collines, sur l'une des collines haut perchées de la ville, protégé par d'immenses arbres à proximité du centre des affaires, que des pilotes belges imaginatifs travaillant pour des petites compagnies locales ont baptisé... Mille Combines. En dehors de ces deux établissements, rien de fondamentalement attrayant. Peut-être ira-t-on voir du côté de Chez Lando, lieu d'hébergement très africain sur le chemin de l'aéroport avec son géant barbecue typique quasi en plein air ou le tout récent et trop exigu Okapi, sur un chemin en terre aux pieds du grand rond-point de la ville, Place Mandela? Faute donc de choix, le touriste ou l'homme d'affaires qui débarque à Kanombe, le coquet aéroport international, aura tendance à arbitrer entre Umubano et...les "Mille Com/l..." C'est qu'ils offrent le strict minimum. Avec une réelle préférence cependant pour Umubano, qui se relifte au pas de charge avec sa brasserie très hight-tech Jambo Jambo, où on vous sert en continu, jusqu'à 4 heures du mat au moins, des mets très exquis avec des couverts non d'alu mais d'étain et de géants verres de bière pendant que l'écran CNN collé au mur officie ses breaking news, et le night-club le Maxim's qui ne décolère pas avant 6 heures. Umubano a monté à ce point la barre qu'au Jambo Jambo, les Kinois retrouveront le sourire décapant des vraies pros avec la gérante-adjointe Tété, une ancienne de la Savana et du prestigieux Caf'Cons et Judith, chef de rang qui prestait auparavant à la Villa, autre lieu prisé de la jet set kinoise.

Résultat Catastrophe. Entre-temps, aux Mille Com/l..., malgré une piscine qui vous invite sans modération au plongeon, on vous servira interminablement ce que vous n'avez pas commandé : café Arabica à la place du thé au citron, merguez au lieu d'une cuisse de poulet. On le savait mais aujourd'hui les lieux sont encore plus horribles, pendant ces vacances marquées par le départ en congé du jeune et dynamique directeur général Scharken Herbert. Alentour, en semaine ou en week-end, une énorme niveleuse Caterpillar vous réveille dès 7 heures, signe que la direction revisite le parking ou qu'elle aménage un court de tennis pour faire comme Umubano. Si à Kigali, on trouve des écoles d'hôtellerie comme Apehot (la chaîne de l'Association des parents d'élèves de l'hôtellerie et du tourisme) et que le pays regorge de filles finito a mano, tant elles sont ravissantes, les "Mille Com..." recourent à la première élève qui descend de la colline et qui accepte d'être corvéable à merci. Résultat catastrophe. Il n'est pas rare de se faire dévaliser dans sa chambre sans que cela n'émeuve particulièrement le directeur général a.i, trop fier de lui, ni ne déclenche le moindre début d'enquête, tout comme ce chauffeur de taxi particulièrement irascible qui tient un pilote au collet devant d'autres clients ébahis sans qu'il n'ait été banni du parking de l'hôtel alors que les plaintes affluent de partout et expliquent que le parking devient chaque jour un peu plus casse-cou. Alors qu'une chambre simple vous fait dépenser 120 dollars, le professionnalisme fait grandement défaut chez le Belge. Mais les choses bougent avec la privatisation déclarée par le Gouvernement et le lancement du tourisme. Il faut appeler l'arrivée d'une deuxième compagnie aérienne capable de décongestionner le trafic passagers sur l'Europe et aider les malheureux voyageurs à ne pas se faire détrousser chaque jour un peu plus par la traditionnelle ... Sabena.

T. MATOTU