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Le maître d'école était
heureux lorsque son fils s'est engagé dans l'armée
zimbabwéenne en janvier. Avec un taux de chômage
élevé et un énorme taux d'inflation, le
revenu en plus rendu possible par cet enrôlement sera le
bienvenu. Mais une petite semaine plus tard, le petit est envoyé
se battre au Congo et, peu de temps après, il a été
demandé à la famille d'identifier le corps. Le
maître a été conduit à la morgue où
on lui a présenté un corps mutilé dans un
sac de grains. Il y avait deux têtes, toutes deux détachées
des corps et on lui demanda d'identifier celle qui appartenait
à son fils. Mais l'identification se fit sous la menace
d'un officier de l'armée de Robert Mugabe, qui lui dit
: "Surtout, ne raconte cela à personne. Sinon tu
finiras tes jours dans un sac comme celui-ci." Une histoire
comme celle-ci suffit pour jeter en prison un journaliste zimbabwéen
qui la rapporte dans son journal. Quatre journalistes sont actuellement
en attente d'un procès pour avoir publié des témoignages
similaires et il y a des preuves que deux d'entre eux ont été
torturés à la suite des reportages sur le grand
malaise qui règne désormais dans le pays et au
sein de l'armée. Le gouvernement du président Robert
Mugabe dissimule l'information sur le coût exact de l'implication
du Zimbabwe dans la guerre au Congo, financièrement et
humainement. En mars dernier, les rebelles ont fait état
d'une défaite cinglante qu'ils venaient d'infliger aux
troupes zimbabwéennes dans l'est du pays. Les journalistes
étrangers qui se sont rendus sur le champ de bataille
à Eshimba, à l'est du centre minier de Mbuji-Mayi,
ont identifié plus de 80 soldats zimbabwéens morts.
Malgré cela, le gouvernement a prudemment évité
d'admettre des pertes dans le conflit. "Les rebelles ont
essayé de nous débusquer mais nous leur avons infligé
beaucoup de pertes", disait le ministre de la Défense,
Moven Mahachi, moins arrogant cependantr que d'habitude. S'adressant
au Financial Gazette, il dit que les pertes zimbabwéennes
étaient "supportables."
Lourdes pertes. Supportables d'un point de vue militaire, les
pertes zimbabwéennes sont considérées comme
politiquement dangereuses. De même, le coût financier
de la guerre est étouffé. Toujours, au même
mois de mars, le Zimbabwe a expliqué au Fond Monétaire
International (FMI) que la plupart des frais occasionnés
par la guerre étaient payés par le président
congolais, Laurent-Désiré Kabila ainsi que le gouvernement
angolais. Les experts militaires et les diplomates ont rejeté
cette explication et le FMI lui-même ne semble pas convaincu,
postposant une décision sur un prêt d'une valeur
de 53 millions de dollars. Selon le Financial Gazette, le gouvernement
est en train de négocier avec la Russie l'achat de dix
hélicoptères Hind MI-24 gunships pour un montant
estimé à 27 millions de dollars. Moven Mahachi
dément l'information mais ne donne pas plus de précision
sur le pays où le Zimbabwe achète ses équipements
militaires. "Nous n'avons pas encore acheté des armes
à la Russie. Cette information est confidentielle. Nous
ne voulons pas faire le jeu de l'ennemi en révélant
des informations confidentielles", explique-t-il. Cependant,
plusieurs pilotes de l'armée de l'air et des équipes
chargées de la maintenance de ces hélicoptères
tueurs se sont rendus en Russie pendant des mois pour s'entraîner.
L'on sait également que des officiels zimbabwéens
se sont rendus à Moscou pour négocier des affaires.
Mugabe, entre-temps, ne cesse de voyager. Il a séjourné
récemment en Angola où il a eu des entretiens avec
les chefs d'État angolais, namibien et congolais. Les
alliés pro-Kabila sont soit en train de planifier une
nouvelle offensive, après l'échec de la précédente,
soit en train de discuter de la manière de négocier
pour mettre fin au conflit afin de se délocaliser au profit
de Luanda considéré comme plus stratégique.
Le président Eduardo Dos Santos doit en effet se battre
contre ses rebelles, ceux de l'Unita de Jonas Savimbi. Bien que
de bonne foi, San Nujoma n'est pas préparé à
faire plus qu'un engagement symbolique et la performance des
troupes de Kabila a été peu impressionnante, laissant
les soldats zimbawéens soutenir tout le poids. "L'implication
du Zimbabwe n'a plus le même sens qu'il avait auparavant
maintenant que Mugabe a annoncé que les troupes partiront
dans huit mois. La situation est mauvaise et personne ne sait
comment Mugabe va s'en sortir", écrivait Michael
Quintana, éditeur de Africa Defence Journal. "Plus
que d'autres raisons économiques ou militaires, il semble
que le président Mugabe a engagé son pays pour
s'imposer comme l'un des plus puissants leaders africains, pour
relever sa position parmi d'autres têtes africaines. Mais,
comme cette guerre s'éternise, cela pourrait lui coûter
politiquement."
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