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Des Ougandais
ont fait payer rubis sur
l'ongle à Baramoto son projet de retour au Congo
KPAMA
BARAMOTO Philémon avait-il payé comptant en Ouganda
avant de rallier au Congo le mouvement armé rebelle luttant
pour chasser du pouvoir le président Laurent-Désiré
Kabila? Combien a-t-il mis dans l'affaire? Un million de dollars?
Cinq cents mille? Moins?
À qui a-t-il remis ces fonds? À des proches
du président Yoweri Museveni appartenant à la haute
hiérarchie militaire et aux services de sécurité?
À des personnes privées voulant jouer les relations
publiques et fixer des rendez-vous? L'affaire fait grand bruit
à Kampala, la capitale grouillante ougandaise où,
certes, tout se fait mais aussi se sait et se met à la
une des journaux. Déjà, l'un de ces "intermédiaires",
Humphrey Babukika, directeur des services de sécurité
extérieure (ESO) est aux arrêts sur ordre du président,
rapporte jeudi 15 avril, à sa première page, le
journal The New Vision, gouvernemental certes mais dont la liberté
de t est manifeste.
Un footballeur nigérian. Le journal donne les détails
d'une affaire bien encombrante pour l'ancien général
d'armée mobutiste qui n'a pas fini de faire parler de
lui depuis son départ en exil en Afrique du sud au lendemain
de la chute du régime de Mobutu en mai 1997 en compagnie
de plusieurs malles remplies de pierres précieuses, son
arrestation avec deux autres officiers généraux
mobutistes, Nzimbi Ngbale, ex-patron de la DSP et Mavua Mudima,
ex-ministre de la Défense et le procès au cours
duquel ils furent défendus par l'avocat français
Jacques Vergès, dit "l'avocat du diable", dont
les clients sont aussi célèbres que controversés
(Klaus Barbie, Carlos, Moussa Traoré mais aussi Bongo,
Éyadéma, Campaoré, etc.), la gigantesque
exfiltration d'Afrique du Sud par un avion de la compagnie congolaise
Scibe-Airlift, (appartenant à l'homme d'affaires Jean-Pierre
Bemba), l'arrivée en catastrophe à Niamey au Niger
du président Ibrahim Bare Mainassara assassiné
le 8 avril dernier, après être refoulés du
Mali, puis de Côte d'Ivoire ! Au centre de cette nouvelle
affaire, le nom d'un Nigérian, ex-vedette de football
d'un club britannique : John Fashanu. Ambassadeur pour les oeuvres
de charité de l'UNICEF, cet ancien international acquitté
en Angleterre dans une affaire de corruption dans le championnat
de Premier league avec l'ex-gardien de Southampton Bruce Grobbelaar,
est cité avec l'épouse de Salim Saleh, frère
cadet du président Museveni, général de
l'armée ougandaise et patron des services de sécurité.
En compagnie de Fashanu, Jovia, l'épouse de Salem, se
serait rendue en novembre dernier à Bruxelles en vue de
"recevoir" une "contribution à la guerre
au Congo" versée par Baramoto qui voulait également
obtenir un rendez-vous chez Museveni et joindre la rébellion
par l'Ouganda. Auraient également été du
voyage : Merab, une soeur de l'épouse de Saleh, assistante
du directeur de l'ESO; Humphrey Babukika lui-même; Gefumba
Baramoto, fils de l'ex-général zaïrois; et
un certain Roger Mwanangele, homme d'affaires congolais, ex-propriétaire
d'une boîte de nuit à la mode à Kinshasa
"Makumba" et associé de Jovia. Selon des sources
de l'enquête conduite par des agents des services des Renseignements
militaires, de la Police militaire et de l'ESO, l'ancien joueur
nigérian qui effectue de fréquents voyages à
Kampala, aurait obtenu de Baramoto qu'il verse 1 million ou 500
mille dollars comme participation à l'effort de guerre
au Congo. Baramoto s'est rendu effectivement l'année dernière
à Kampala où Jovia lui aurait réclamé
les fonds dès son arrivée à son hôtel,
le Holliday Hotel. Il sera par la suite reçu à
déjeuner deux fois chez les Saleh avant d'être conduit
chez le président et, ultime consécration, se rendit
au Congo à Kisangani où il fut reçu par
son ami Jean-Pierre Bemba qui dirige une aile de la rébellion,
le MLC (Mouvement de libération du Congo.) Mais peu après
son arrivée dans le chef-lieu de la province Orientale
en compagnie d'un autre général, Mukobo, Baramoto
en sera chassé par une manifestation hostile organisée
par des sympathisants du principal mouvement rebelle, le RCD
(Rassemblement congolais pour la Démocratie) auprès
de qui les Mobutistes ne sont pas toujours en odeur de sainteté.
Mais, qu'importe! En attendant la reprise de la ville par des
armées dirigées par Kampala, c'est-à-dire
proche du MLC, Baramoto reste redevable à l'épouse
du général Saleh et à son groupe.
Message très clair. L'ex-joueur nigérian et
l'épouse Saleh demandent que Baramoto les paie pour "le
service rendu." C'est eux qui ont présenté
Baramoto au général Saleh et l'ont convaincu de
lui fixer un rendez-vous avec le président et de l'y accompagner.
Selon les dépositions du fils de Baramoto, Saleh ne fut
guère intéressé par l'argent. Seul comptait
le service. Entre autres résultats, Baramoto s'est vu
délivrer des passeports et des visas ougandais. Il reçut
également mission de Museveni de recruter d'autres généraux
mobutistes en vue de combattre Kabila. Malgré tout, Baramoto
ne se serait pas montré particulièrement pressé
pour payer ses engagements. Le groupe use de pressions qui finissent
par faire céder l'homme. L'argent sera versé en
espèces mais le sera à Bruxelles. Le groupe au
complet doit faire le voyage de la capitale belge. Baramoto ne
fait pas les choses à moitié. Il paie des places
en classe Business, le top niveau sur Entebbe, l'aéroport
de Kampala, pour lui-même et pour ses amis, sur vol Sabena.
Mais, arrivé à Bruxelles, Baramoto hésite.
Il se demande s'il doit remettre les fonds. Et, en direct ou
pas? En effet, l'affaire s'est ébruitée à
Kampala. Baramoto ne veut donc courir aucun risque. Jovia comprend.
Elle quitte la capitale belge en compagnie de ses amis en laissant
à Baramoto son numéro de compte à Nile Bank
à Kampala. Fashanu fait de même et laisse le sien
à Londres et les autres dont Babukika et Mwanangele les
leurs à Chicago. Deux jours après leur retour à
Kampala, Fashanu reprend l'avion pour Bruxelles. Ce qu'il n'est
pas sûr que le "Congoman" va s'exécuter
promptement. Il est porteur d'un message clair de Jovia en forme
de menace : ou Baramoto verse rubis sur l'ongle l'argent ou il
met une croix sur l'Ouganda et sur le Congo. Baramoto a tout
compris. Il s'exécute. Sur le champ, Fashanu reçoit
40.000 dollars, Mwanangele 20.000. À Kampala, les rumeurs
sur l'affaire prennent de l'ampleur et mettent directement en
cause Saleh. Baramoto, qui ne veut laisser aucune trace, annule
le transfert bancaire pour payer Mme Saleh. Il fait partir à
Kampala son fils Gefumba avec dans l'attaché-case 200.000
dollars en cash. Soit 150.000 pour Jovia et 50.000 pour Babukika.
Le 19 décembre, Babukika lui-même embarque à
l'hôtel Sheraton à bord de sa voiture le fils Baramoto.
Direction : la villa des Saleh à Mbuya. Là, Gefumba
Baramoto ne sort pas 200.000 dollars qu'il avait dans l'attaché-case
depuis Bruxelles. Il ne remet que 190.000 pour Jovia et Babukika.
Il balbutie quelques mots qui montre sa gêne... Jovia ne
renvoie pas la mallette. Elle fait réceptionner les fonds
par Babukika. Jovia ne nie pas totalement les faits. Elle explique
seulement n'avoir pas "extorqué" les fonds à
Baramoto.
D'autres hommes d'affaires? Elle explique avoir reçu
l'argent à Kampala en septembre 1998 des services d'Intelligence
et s'être rendue à Londres pour discuter avec Baramoto
qui voulait rejoindre la guerre en compagnie d'autres hommes
d'affaires - des généraux sans doute. Elle nie
avoir reçu 190.000 dollars mais explique que Baramoto
lui doit 150.000 dollars. Selon les sources de l'enquête,
l'ancien footballeur nigérian fut présenté
par Mme Saleh comme le "coordonnateur" de toute l'opération
et expliqua que Baramoto devrait verser 500.000 dollars pour
sa "participation à la lutte armée" et
le reste pour rémunérer son groupe. Selon The New
Vision, le chef d'état-major de l'UPDF, les forces armées
ougandaises, James Kazini a expliqué que les fonds versés
à Jovia et à son groupe ont permis l'achat d'armes
et de munitions dans la guerre du Congo. D'autres sources rapportent
que l'ancien général zaïrois aurait versé
depuis son compte bancaire 34.400 dollars à un homme d'affaires
ougandais Andrew Rugasira, propriétaire d'une compagnie
aérienne Busy Bee pour l'acheminement d'armes à
Kisangani où le fret fut réceptionné en
toute confiance par Kazini.
T. MATOTU
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