La célébration à Goma de la Journée internationale de la femme

Wamba dénonce le phénomène de "2ème bureau" qu'il compare à la "chosification mobutiste de la femme"

PRÉSIDANT les manifestations de célébration de la Journée internationale de la Femme, Ernest Wamba Dia Wamba, qui s'est dit "fils de femme", a vigoureusement condamné la pratique de concubinage pratiqué dans le pays et qui n'est rien d'autre, a-t-il dénoncé, que "la chosification de la femme", qui a pris une forme institutionnelle sous Mobutu, à savoir "deuxième bureau.

" Saluant "chaleureusement" la femme congolaise, le président du RCD (Rassemblement congolais pour la Démocratie) a expliqué le 8 mars qu'elle "est une partie importante de la communauté des femmes dans le monde" en soulignant que cette journée marquait l'aboutissement "d'âpres luttes de femmes, de par le monde, depuis qu'existe la discrimination contre la femme." Le discours du président du RCD était prononcé à l'hôtel Karibu alors que le programme des manifestations culminait lors d'une journée qualifiée de politico-scientifique animée par une équipe de l'UNESCO. Le programme mis au point par le mouvement associatif féminin de Goma sous les auspices du Chef de Département des Affaires sociales, Femme et Famille, le professeur Kin-kiey Mulumba qui avait prononcé lui-même la veille 7 mars dans la soirée un message radio-télévisé à la Nation, faisait suite à une décision du Conseil de l'Exécutif du RCD, placant les manifestations sous le haut patronage du président du Conseil politique et du RCD. Kin-kiey a souligné la "place-clé" qu'occupe la femme dans la vie comme "indispensable compagne de vie de l'homme, la mère qui nourrit, élève et éduque, modèle et construit la société." Il a estimé que "l'État doit encore plus - et davantage - venir en aide à la femme" en mettant à sa disposition "les infrastructures qui rendent la vie encore plus facile et encore plus belle." Dans le cadre du budget - en cours d'élaboration - de l'Exécutif du Rassemblement, Kin-kiey a présenté les objectifs de son département en expliquant que "nous devons activer les centres de formation, de promotion, de protection sociale. Nous devons activer - et dynamiser - les centres de nutrition et les crèches, qui permettent à la femme de s'adonner à ses métiers de façon optimale. Nous devons encourager le mouvement associatif féminin, les regroupements des femmes, par l'accès à des micro-crédits. Nous devons appuyer et accompagner ce dynamisme - et ce génie immense - que manifeste chaque jour la femme du Congo, ce qui a fait qu'en dépit de la crise aiguë, ce pays ne s'est pas désintégré. Nous devons intimement concevoir la femme dans le développement économique et social. Nous devons plus que jamais appuyer le capital humain, ce fonds qui manque le moins. Plus que jamais, nous devons nous occuper de façon forte et volontariste des choses de la vie, des droits de la personne humaine à vivre mieux, à vivre libre dans la société, à trouver un emploi rémunérateur, à élever ses enfants - nos enfants - dans la dignité absolue, à leur apporter les soins de santé requis, à les envoyer à l'école - et à la bonne école - avec des enseignants motivés parce que payés convenablement."
Partage des richesses. Il a poursuivi : "La démocratie pour laquelle notre Rassemblement se bat suppose qu'il y ait partage des richesses; qu'il y ait solidarité nationale; que ceux qui ont un peu plus donnent à ceux qui ont un peu moins. Nous devons combattre, furieusement, l'exclusion, la pauvreté, la misère, les souffrances de toutes sortes." "Le Congo qui vient sera social - donc économique - ou le Congo ne sera pas", a par ailleurs déclaré le chef de Département. Le programme qui avait commencé samedi 6 mars par des visites d'associations et ONG féminines de Goma, s'est poursuivi le lendemain dimanche par des célébrations eucharistiques et des visites au Centre hospitalier de la Communauté Baptiste du Kivu (CBK), au mess des officiers, à l'hôpital général de Goma et dans des centres mères et enfants. Lors de ces visites surtout dans des centres hospitaliers où sont soignés des blessés de guerre et au camp Kantindo qui abrite des épouses des soldats partis au front, Wamba et Kin-kiey qu'accompagnaient divers autres dirigeants du RCD, notamment les deux mamans chefs de départements du Comité Exécutif, Gertrude Kintembo du Développement rural et Élysée Munembwe de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel, ont passé des moments très durs, approchant de plus près la réalité sociale prévalant dans les territoires sous contrôle du RCD. Parlant des révoltes de la femme, Wamba a regretté néanmoins que "toutes ses révoltes, ses rébellions, ses protestations et même ses levées de masses contre les moeurs issues du chauvinisme masculin" et pour "une société égalitaire et réellement libérée" ne connaissent pas leurs héroïnes. Au Congo, a-il déclaré, "c'est à peine qu'on peut mentionner quelques noms associés à la révolte victorieuse pour les droits, encore chancelants, de la femme congolaise. On peut remonter jusqu'à la traite négrière, la femme congolaise s'est montrée de grand courage. On peut se rappeler des femmes refusant d'avoir des enfants pour éviter de voir ceux-ci vendus comme esclaves. On peut se rappeler les femmes qui ont refusé d'être prises en otage dans la police du travail forcé autour du caoutchouc rouge. À la colonie, les femmes ont pris la charge de compléter le salaire inhumain de leurs époux pour faire vivre les familles. Malgré tout ce courage et toute cette générosité, la femme congolaise n'a su bénéficier de l'amour digne de ce nom que bien rarement."
Regrets rien que regrets. Wamba a cité néanmoins la mémoire "de celle qu'on nomme la dame de fer : Mme Pakasa", estimant cependant qu'"il y a eu plusieurs Mme Pakasa qui ont exigé, en femmes déterminées, la dignité de la femme, ses droits et surtout l'exigence de créer une société qui leur donnerait libre cours." Militante du Palu (Parti lumumbiste unifié, aile Antoine Gizenga), Thérèse Pakasa a pris la tête de moult manifestations de protestation à Kinshasa sous le régime Mobutu qui a fini par la frapper d'une mesure d'éloignement administrative dans sa province d'origine, le Bandundu. Wamba a également cité le cas de ces femmes qui ont, en 1988, marché nues dans les villes du pays, ce qui, a-t-il dit, est une forme de protestation ultime contre le Mobutisme. Il a regretté qu'aucun nom de ce groupe ne soit "entré dans l'histoire." Parlant du RCD, Wamba a regretté que "les idéaux que nous proclamons faisant foi à notre engagement à la rébellion démocratisante intégrale - notre fidélité donc - restent creux" expliquant que "c'est à peine qu'on voit au RCD des figures de femmes. Et pourtant, c'est ici que s'esquissent les contours d'une société qu'on veut démocratique." De 147 membres à l'Assemblée du RCD, "il n'y a qu'à peine six femmes, a-t-il dit, très critique du RCD comme à son ordinaire. Le Conseil politique, l'organe d'orientation politique du RCD, brille de l'absence éclatante de la femme. À tort, on dira toujours que ce sont les femmes qui ne s'intéressent pas à la politique. Et pour cause? Ce fils de femme que je suis est souvent mieux conseillé par les femmes qui ne se retrouvent pas au Conseil politique.Il faut qu'on corrige cette situation." Tirant les leçons de deux jours de visites d'associations féminines et des centres hospitaliers, Wamba a fait part de son horreur de voir des femmes "vivant presque comme des animaux dans des épaves de bus mais s'auto-organisant malgré elles, ne fût-ce que pour vivre. C'est honteux pour nous de voir ainsi vivre celles-là mêmes qui sont, j'ose le dire, la source même de la détermination rebelleuse. On ne peut pas, on ne doit pas laisser des vies entières ainsi délaissées." Wamba a expliqué avoir également vu "fort heureusement des grandes oeuvres de femmes, démontrant à qui veut le savoir, que la femme de Goma, non seulement porte avec détermination la Société de Goma mais aussi et souvent dans l'ombre, les problèmes que les hommes créent. Nous avons été édifiés de cette prise en charge responsable, par la femme de Goma, les filles mères, les veuves, les vieilles, les malades. Oui, la Journée internationale de la femme nous a permis ici à Goma de mesurer l'ampleur de la question de la femme, du retard qu'elle a dans la jouissance des droits insuffisants, certes, dont jouissent mieux leurs soeurs de par le monde. Nous avons eu l'occasion de connaître les bonnes volontés qu'incarnent les femmes de Goma pour se tenir fortement les mains pour que cessent la haine, la violence, enfin la guerre. Nous voulons reconnaître et porter notre main forte à toutes ces marques de grand espoir, le levain de la Société de demain." Wamba a enfin exprimé "notre honte pour n'avoir pas su nous hisser à la hauteur de ce grand espoir aujourd'hui" tout en prenant l'engagement de "ne jamais décevoir ce grand espoir."

D. DADEI