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C'EST certainement l'un des mythes de l'APR, l'Armée
Patriotique Rwandaise. Il a été celui qui a mené
les combats de la fête de l'Assomption, l'année
dernière, à Kisangani contre son alter ego, le
général de brigade ougandais James Kazini. Il a
été celui qui a commandé, à en croire
les médias, les opérations de l'aéroport
de Kitona, dans le Bas-Congo, au tout début de la guerre,
en août 1998. Il a fait la marche, dans la jungle, à
la tête de ses hommes jusqu'aux faubourgs de Kinshasa,
manquant de peu d'anéantir la flotte zimbabwéeenne
qui se trouvait à l'aéroport de N'Djili, ce qui
aurait permis la prise de la capitale et la chute du "mzee"
Kabila. Il avait alors pour compagnons deux hommes, le commandant
Ilondo Hugo Ibos, aujourd'hui chef d'état-major général
de l'ANC, l'Armée Nationale Congolaise-RCD et le commandant
Sylvain Buki, chef d'état-major général
en second en charge des opératons. Il a été
celui qui a conduit la guerre victorieuse contre Mobutu avant
de se voir confier les fonctions de chef d'état-major
général de la nouvelle armée congolaise,
les FAC - Forces Armées congolaises de Kabila. Le colonel
James Kabarebe est un militaire exceptionnel. Dans l'une de ses
rares interviewes accordées à la presse, il juge
ce que fut l'armée congolaise : celle de Mobutu mais aussi
celle de Kabila qu'il a vue de l'intérieur. Son jugement
est sans appel : Mobutu avait su envoyer ses officiers dans les
meilleures Académies militaires mais n'avait pas su les
former politiquement. Kabila, lui, a carrément confondu
les genres : au lieu de créer une armée nationale,
il a mis en place une milice tribale. Au déclenchemnt
de la guerre de "rectification" du RCD, le président
congolais, qui avait son propre agenda, comptait dans l'armée
40.000 hommes venus de sa seule province d'origine, le Shaba-Katanga,
mais surtout de la région de Manono, dont il est ressortissant.
Le Soft International reprend ci-après des passages d'une
interview du colonel parue dans la revue Ingabo, n°51. Réalisée
par nos confrères rwandais Nzaramba JP., Bangira E., et
Rurangwa A., elle a été publiée en kinyarwanda.
La traduction en a été assurée pour le Soft
International par Pancrace Rwiyetera que nous remercions sincèrement
ici.
"Kabila a sapé tout effort de construire au
Congo une armée nationale et républicaine"
Q. Des soldats rwandais se battent au Congo. Cela n'est
plus un secret. Tous les Rwandais savent pourquoi nos soldats
se trouvent là-bas. On se demande cependant si l'esprit
de sacrifice, le courage et le moral qui caractérisent
nos soldats, sont toujours en place?
R. Jamais le moral, la discipline, le don de soi, l'excellent
comportement n'ont fait défait à l'armée
rwandaise. Là, au Congo où elle se bat, l'armée
sait pourquoi elle se trouve. Elle connaît l'ennemi et
connaît ses objectifs. Les soldats se trouvent là
avec leurs commandants, à tous les niveaux : depuis le
chef d'état-major jusqu'aux commandants des brigades.
Toutes les actions qu'ils entreprennent, partout où ils
se trouvent, sont des actions militaires issues du programme
d'état-major. S'il y a des questions d'ordre familial,
ils obtiennent la permission de se rendre au pays pour les régler.
Le commandement militaire leur vient également en aide.
Donc, ce ne sont pas des personnes isolées, oubliées
qui combattent au Congo. Ce sont des militaires qui sont dans
leurs positions. Au Congo, chaque soir, ils jouent, chantent
et dansent et s'intègrent ainsi mieux parmi la population
locale. Le moral de l'armée est très bon.
Q. Vous avez été chef d'état-major
de l'armée congolaise sous Kabila. Du point de vue de
la discipline, du courage et de l'esprit de sacrifice, quels
commentaires faites-vous des militaires congolais?
R. Cette armée est différente de l'Armée
Patriotique Rwandaise. Le contexte dans lequel les deux armées,
congolaise et rwandaise, sont nées, se sont formées,
se sont développées, n'est pas le même. L'APR
est une armée née pour une cause, qui a livré
une guerre, qui s'est développée dans et pour ce
but. Il s'agit d'une armée qui combat pour une cause et
qui est, par nature, une armée révolutionnaire.
A contrario, l'armée congolaise, que j'ai connue, est
une armée de profession. Les militaires ont fait de solides
études, ont fréquenté des Académies
militaires réputées en Belgique, en France, aux
États-Unis. En revanche, dans sa façon de comprendre,
dans sa façon de se comporter, l'armée congolaise
laisse à désirer. Le Congo a été
détruit par trente ans de règne de Mobutu. Tous
les niveaux de pouvoir se sont désintégrés,
le secteur militaire plus que d'autres, a pataugé dans
le vol, le pillage et la corruption. C'est une armée caduque,
totalement déstructurée et difficile à rectifier.
La jeune armée que nous avons mise en place, quand nous
sommes arrivés au Congo, et que nous appelions "Kadogo",
est, de très loin, la meilleure armée du Congo.
C'était une armée composée de jeunes, obéissants
et disciplinés mais qui demandaient à être
mieux encadrés, à être mieux entraînés.
Il a fallu à cette armée des dirigeants pour la
conduire. Pour cela, il lui a fallu du temps pour se mettre vraiment
en place. Mais l'armée que nous avons trouvée sur
place et que nous avons versée dans celle de Kabila, faite
des "Kadogo", était une armée indisciplinée,
n'obéissant pas aux ordres. De ce point de vue, on ne
peut la comparer à celle de l'APR. Si donc, au plan de
la technique, l'armée de Mobutu avait la connaissance
nécessaire - encore que cette technique n'a aucune valeur
si elle n'est pas au service de la discipline militaire -, au
plan de la discipline, elle était médiocre . Kabila
aurait pu aider à la fondation d'une nouvelle armée
congolaise. Malheureusement, dès le départ, il
a conçu l'armée nationale comme une armée
de sa tribu, de son clan, de sa maison. On a vu des natifs de
Manono, sa région d'origine, qui n'avaient aucune formation,
affluer en grand nombre l'armée, à l'instar des
miliciens. Quand nous avons quitté le Congo, l'armée
congolaise comptait 40.000 frères de tribu de Kabila,
tous des "Balubakat", parlant la même langue.
Tous nos efforts pour doter le Congo d'une vraie armée
nationale et qui s'annonçaient prometteurs ont été
ainsi sapés par Kabila qui avait son propre agenda. Surtout
depuis qu'il avait fait appel aux Interahamwe. Les efforts que
nous avons entrepris sont aujourd'hui comme vains. Aujourd'hui,
c'est l'armée dissidente de Kabila que nous appuyons au
Congo.
Q. Vous vous occupez de la formation au sein de l'APR.
Nous savons que certains de nos militaires ont suivi ou suivent
une formation à l'étranger, aux États-Unis
d'Amérique, en Europe et dans des pays africains. Comment
cette formation s'organise-t-elle?
R. Nos soldats sont essentiellement formés sur
place au Rwanda. Nous les formons ou les recyclons au sein de
la 305ème Brigade de Gitarama et de Kibuye, mais également
au sein de la 211ème Brigade de Gisenyi et au sein de
la 408ème Brigade de Ruhengeri. D'autres suivent la formation
au sein de la 301ème Brigade de Gikongoro. Nous avons
des militaires en entraînement à d'autres niveaux.
Comme au camp militaire de Gabiro où nous formons des
sous-officiers. Nous avons des officiers cadets au camp militaire
de Gako. Nous organisons des séminaires de formation politique
destinés aux commandants des bataillons, des brigades
ou d'état-major. Ceux-ci se rencontrent pendant une ou
deux semaines pour échanger des expériences. Ce
programme nous occupe actuellement qu'il y a arrêt des
combats avec l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka. Il est vrai
que nous avons des officiers et des sous-officiers formés
ou ont été formés à l'étranger.
Étant donné l'offre qui est faite par nos partenaires,
étant donné aussi nos propres capacités
de faire partir nos soldats à l'étranger, les départs
en formation à l'étranger ne sont pas nombreux.
Chaque fois cependant qu'il est nécessaire d'augmenter
l'apport de connaissances par une formation à l'étranger,
nous n'hésitons pas. Il s'agit pour ceux qui partent à
l'étranger de ramener assez de connaissances qui vont
servir à la formation d'autres collègues qui ne
peuvent partir. Dans la sélection des candidats, nous
mettons un accent particulier sur les aptitudes du candidat d'emmagasiner
ces connaissances et de les ramener telles quelles voire de dépasser
ce qu'il a appris. Ceux qui partent doivent être le reflet
de notre pays.
Q. Le Rwanda reçoit-il en formation des soldats
étrangers?
R. Jusqu'à présent, le Rwanda n'a pas
encore la capacité d'accueil des militaires étrangers.
Je pense à la logistique. Nous ne nous y sommes pas encore
préparés. Il y a sans doute ce que nous savons
et connaissons et que l'étranger aimerait savoir ou connaître.
Si nos aptitudes militaires sont encore petites, il y a des expériences
que nous accumulons chaque jour et qui sont dignes d'intérêt.
Mais le Rwanda n'a pas encore atteint le niveau qui pourrait
lui permettre de dispenser cette formation aux étrangers.
Q. Où en est le projet d'unité et de réconciliation
au sein de l'armée?
R. Notre armée est une. Elle a un même
comportement, consent les mêmes sacrifices, applique les
mêmes règles politiques, appréhende les problèmes
de la même façon. Ceci aussi bien dans les opérations
à l'intérieur qu'à l'extérieur du
pays. De sorte que le comportement des ex-FAR a cessé
d'être une préoccupation pour l'armée. Les
soldats intégrés se retrouvent à tous les
échelons de notre armée, que ce soit dans le commandement
des bataillons, dans celui des brigades, des compagnies, des
pelotons ou des sections. Il arrive qu'un cas d'indiscipline
ou d'incompétence se produise. Cela est normal mais il
ne faut guère généraliser. Dans notre armée,
vous ne rencontrerez aujourd'hui personne qui soit ex-FAR. Tout
le monde a été intégré et les ex-FAR
sont les premiers à louer notre modèle d'armée.
Notre armée a posé un grand pas sur la voie de
la réconciliation et constitue certainement un modèle
à suivre
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