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Une victoire
ne vient jamais seule
Soudain, tout le pays se met à rêver : désormais,
grâce au foot, le monde parlera du Rwanda, pas seulement
en larmes
LES collines du Rwanda ont vibré et dans tous les bars
du pays, on a avalé plus d'hectolitres que d'habitude
de Mutzig, la bière culte du pays mais aussi d'Ikigage,
l'alcool fait à base du sorgho et surtout d'Urwagwa, plus
fort lui, fait à base de banane mûre, lorsque l'une
des deux équipes rwandaises engagées dans la compétition,
l'Équipe Nationale B, a remporté le 7 août
à Kigali la coupe de la COCAFA, Confédération
des associations de football d'Afrique centrale et orientale
(FECAFA, en anglais.)
Amahoro éclate comme jamais. Pays prenant part à
la Coupe : Burundi, Djibouti, Érythrée, Éthiopie,
Kenya, Ouganda, Rwanda, Somalie, Soudan, Tanzanie, Zanzibar.
L'une des deux formations rwandaises, Rwanda B, venait de battre
en finale le 7 août la redoutable équipe kenyane
(3-1), après que Rwanda A ait sorti les Ougandais, en
quart de finales (1-0) qui étaient champions en titre
depuis Soudan 96' où ils avaient battu l'équipe
de Khartoum. Le démarrage le 24 juillet avait d'ailleurs
été sur le chapeau des roues pour le Rwanda dont
l'équipe A avait battu Djibouti sur un score sans appel
de 4 à 1. Le stade national Amahoro à Remera, à
proximité de l'aéroport, a chanté comme
jamais auparavant, en tête, le vice-président Paul
Kagame qui éclatait de joie comme rarement. Après
le triomphe de ses armées contre le régime Habyarimana,
contre les ex-FAR et les Interahamwe dans les camps des réfugiés
dans l'ex-Zaïre, contre l'armée de Mobutu et aujourd'hui
contre le régime de Kabila, le Rwanda du Général-Major
Paul Kagame venait de confirmer l'adage selon lequel une victoire
ne vient jamais seule. Les expéditions armées étaient
une chose. Il fallait au pays une victoire "civile"
afin de normaliser le Rwanda qui n'a jamais été,
depuis le génocide de 1994, un pays comme les autres.
À l'ouverture comme à la clôture comme lors
de différentes rencontres disputées à Kigali,
les Rwandais ont suivi religieusement les équipes, surtout
les leurs. Le lt-colonel Ceaser Kayisari, président de
la FERWAFA, la fédération de football, avait compris
les enjeux.
Victoire politique. "Cette finale a une plus grande signification
qui va au-delà d'une simple finale de football. C'est
une chance offerte au Rwanda, non seulement de faire connaître
son image dans le monde mais aussi de montrer que la vie se normalise
dans ce pays après la guerre et le génocide",
a-t-il déclaré. Depuis le 24 juillet, le jour du
coup d'envoi de la finale quand le Premier ministre Pierre-Célestin
Rwigema a déclaré ouverte la 23ème Coupe
de la CECAFA, jusqu'à la clôture, le Rwanda a donné
le/la de sa capacité d'organisation. Le Kenyan Mzee William
Yeda, un vétéran de la COCAFA qui se trouvait à
Kigali au titre d'observateur de la CAF, la Confédération
africaine de Football, a déclaré à notre
confrère rwandais The New Times que la COCAFA 1999 est
"l'une des mieux organisées et des plus réussies
à laquelle j'aie jamais assisté." Cette finale
aurait dû se tenir l'année dernière mais
elle a été postposée à la suite d'un
conflit opposant le président de la CAF, le Camerounais
Issa Hayatou et le président kenyan de la COCAFA, le Kenyan
Sammy Obingo remplacé par un autre Kenyan, Sam Nyamwea.
Le report a fait perdre au Rwanda la chance d'accueillir l'ancien
président de la FIFA (Fédération internationale
de Football Association), le Brésilien Joao Havelange
et aux équipes de la région de prendre part au
Brésil à un tournoi de charité pour les
survivants du génocide. Avantage : la COCAFA 1999 a fait
le plein des participants, ce qui n'était pas sûr
en 1998.
JK
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