Message sans frais à Likulia

Sueurs froides pour le général Bolongo à Kinshasa

KINSHASA.
Correspondance.

LES ÉVÉNEMENTS se sont accélérés samedi 21 août pour l'ancien et dernier Premier ministre de Mobutu, le général d'armée Likulia Bolongo.

Celui qui a mystérieusement rallié le régime Kabila en se rendant, contre toute attente, à Kinshasa sous la protection des officiers de Kabila partis le chercher en Europe, a été arrêté et jeté en prison. Il aura fallu de vives protestations des chancelleries occidentales invoquant une loi d'amnistie récente pour permettre à celui qui avait juré en février 1997 de conduire contre Kabila une "contre-offensive totale et foudroyante" de recouvrer le lendemain l'air libre. Une vingtaine de militaires avaient été mandatés par le régime pour arrêter le général la nuit tombée à l'appartement où il résidait et qui avait été mis à sa disposition par Kabila.

Altercation dangereuse. Le lendemain après sa mise en liberté, le commandant Charles Alamba, président de la Cour d'ordre militaire, expliquait que l'officier avait été "interrogé sur une affaire ne le concernant pas directement avant de regagner son domicile" sans rien préciser. À Kinshasa, Bruxelles et Paris, on rappelait que ce ne sont pas des plaintes qui manquaient contre l'ancien Premier ministre, dont nombre pour indélicatesse. On rappelle la récente "aventure de Bolobo" où des militaires congolais, d'anciens membres de la Dsp, la fameuse Division spéciale présidentielle, ont été envoyés sans "base arrière ni couverture quelconque" alors que, selon les classiques du Mobutisme, un fond important reçu d'un Chef d'État "ami" était détourné! Beaucoup de soldats, abandonnés, trouvèrent ainsi la mort. Leurs familles chercheraient justice. À Paris, un début d'altercation dans le lobby de l'hôtel De Crillon, non loin du palais de l'Élysée et de la place de la Concorde, peu après l'arrivée du général Likulia en France, avait déjà montré que l'ancien Premier ministre zaïrois vivait dangereusement son exil français. Il aurait signé des contrats, promis des fonds à plus d'une personne mais jurait ne devoir rien à personne. Kabila lui-même aurait, estimaient ses proches, plus d'une raison de poursuivre l'ancien Premier ministre de Mobutu si l'on sait dans quel état il a trouvé les caisses de l'État à la prise de la Capitale. L'arrestation du général a cependant jeté le régime dans l'embarras. Le ministre Abdoulaye Yérodia Ndombasi qui se serait reconverti tardivement dans la recherche de la paix dans l'ex-Zaïre a présidé une conférence de presse à laquelle assistait le commandant Alamba par ailleurs ancien étudiant en Droit du général Likulia. Le commandant Myra Ndjoku, officier au Conseil national de sécurité qui fut chargé de convoyer Likulia de Paris à Kinshasa était également à la réunion de presse, de même qu'Édi Kapend, aide de camp de Kabila. À son double titre de chef de la diplomatie congolaise et de président du Comité organisateur du Débat national que Likulia a invoqué pour faire le voyage retour, Yerodia a présenté ses "regrets publics pour ces incidents", alors que Likulia accablait le régime et l'accusait de ne pas tenir parole. "Il faut respecter votre signature si vous voulez être pris au sérieux", déclarait-il au ministre devant les journalistes, ajoutant : "Comment voulez-vous que les gens reviennent quand les textes sont violés?" Il faisait allusion au décret-loi sur le Débat national accordant l'immunité aux participants, à la loi d'amnistie et aux Accords de Lusaka. À cela Yérodia ripostait : "C'est eux (allusion faite aux rebelles) qui violent les textes. Dès le lendemain des Accords de Lusaka, ils ont pris Gbadolité, Gemena, etc. Nous, nous ne violons pas les textes", ajoutant en lingala, en direction des exilés politiques, majoritairement d'anciens Mobutistes : "Bozonga, Bozonga" (revenez, revenez...) Le commandant Myra a été plus dure expliquant que l'arrestation de Likulia est "un torpillage de l'action du président de la République." Si officiellement, tout le monde s'est jeté dans des bruyantes lamentations, personne n'a rien entendu des suites judiciaires qui seraient données à l'affaire. Kabila a-t-il voulu adresser un message voilé à Likulia?

K.N