"Le Congo qui vient sera social, donc économique ou ne sera pas", prévient le chef de département Kin-kiey Mulumba

Ci-après en intégralité, le message radio-télévisé prononcé par le professeur Kin-kiey Mulumba, Chef du Département des Affaires Sociales, Femme et Famille à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la Femme le 7 mars à Goma.

"Madame, Chère compatriote,
C'est un grand moment pour moi, au nom du Comité Exécutif du Rassemblement congolais pour la Démocratie, de vous adresser ce message, dans votre foyer.
Le 8 mars, comme à cette date depuis une vingtaine d'années déjà, nous célébrons, de par la volonté de l'Organisation des Nations-Unies, la Journée internationale de la Femme.
Cette année, la Journée porte le thème "Violences faites à la Femme."
Il s'agit d'une journée pour réfléchir, sur la place qu'occupe la femme, dans notre société et sur le rôle qu'elle y joue.
Cette place et ce rôle dépendent de la femme elle-même mais aussi, bien entendu, de l'homme, son conjoint et son équivalent, et des espaces qu'il est en mesure de dégager dans la société.
Il s'agit donc d'une matière infiniment conceptuelle sur laquelle le mouvement associatif féminin lui-même va se pencher lors d'une journée qu'elle a qualifiée de politico-scientifique. C'est le lieu de l'en remercier vivement et de remercier, de tout coeur tous ceux, personnes physiques et morales, qui ont rendu cette célébration possible, par des gestes divers auprès des Associations et ONG.

Madame, Monsieur,
L'État à qui revient la mission d'établir des cadres, de faire des tracés, de jeter les fondations pour bâtir la vie, a l'obligation absolue de dégager des espaces qui favorisent l'expression libre des identités.
La femme est l'une de ces identités. Elle occupe dans notre pays une place-clé. Elle est l'indispensable compagne de vie de l'homme, la mère qui nourrit, élève et éduque, modèle et construit la société. Elle est aussi celle qui travaille. Mais cela n'est pas suffisant.
L'État doit encore plus - et davantage - venir en aide à la femme. Comment? En mettant par exemple à sa disposition, les infrastructures qui rendent la vie encore plus facile et encore plus belle.
Dans le cadre du Budget - en cours d'élaboration - de l'Exécutif du Rassemblement, nous devons activer les centres de formation, de promotion, de protection sociale. Nous devons activer - et dynamiser - les centres de nutrition et les crèches, qui permettent à la femme de s'adonner à ses métiers de façon optimale. Nous devons encourager le mouvement associatif féminin, les regroupements des femmes, par l'accès à des micro-crédits. Nous devons appuyer et accompagner ce dynamisme - et ce génie immense - que manifeste chaque jour la femme du Congo, ce qui a fait qu'en dépit de la crise aiguë, ce pays ne s'est pas désintégré. Nous devons intimement concevoir la femme dans le développement économique et social. Nous devons plus que jamais appuyer le capital humain, ce fonds qui manque le moins.

Madame et Monsieur,
Plus que jamais, nous devons nous occuper de façon forte et volontariste des choses de la vie, des droits de la personne humaine à vivre mieux, à vivre libre dans la société, à trouver un emploi rémunérateur, à élever ses enfants - nos enfants - dans la dignité absolue, à leur apporter les soins de santé requis, à les envoyer à l'école - et à la bonne école - avec des enseignants motivés parce que payés convenablement.
C'est l'objectif de mon Département; c'est l'objectif du Rassemblement. Il ne s'agit guère de slogans. Il s'agit d'un acte de foi. Nous avons à cet égard des propositions précises que nous allons soumettre sous peu au Conseil de l'Exécutif, déjà très sensible sur ces questions.
La démocratie pour laquelle notre Rassemblement se bat suppose qu'il y ait partage des richesses; qu'il y ait solidarité nationale; que ceux qui ont un peu plus donnent à ceux qui ont un peu moins.
Nous devons combattre, furieusement, l'exclusion, la pauvreté, la misère, les souffrances de toutes sortes.
Nous devons travailler, avec nos partenaires, qui sont le mouvement associatif et les ONG, pour plus de justice sociale et donc pour plus de paix.

Lundi 8 mars, il ne restera que 297 jours avant que la terre ne bascule dans l'an 2000, le troisième millénaire. Le Rassemblement s'est battu pour que notre pays s'apprête et se pare pour ce grand rendez-vous. Dans moins de 300 jours, le monde sera encore davantage ce grand village imaginé par les savants. Tout sera globalisé ou, si vous voulez, mondialisé. Les débats de société, les débats sur le bonheur des gens, interpelleront encore plus les hommes publics.
Le monde sera plus que jamais transparent avec des moyens de communication encore plus puissants, nous parvenant - j'allais dire - en temps réel amélioré. Nous avons l'obligation de donner sa chance au Congo, à l'homme et à la femme qui y vivent. Le Congo qui vient sera social - donc économique - ou le Congo ne sera pas.
La femme est le creuset de l'humanité. Si nous donnons à la femme la place qui lui revient, nous aurons fait l'économie des conflits majeurs qui guettent tant notre société.

Dans un pays qui a connu les pires atrocités, c'est à la femme que l'homme doit se confier encore plus, pour que, comme épouse, comme mère, comme éducatrice, elle refreine les élans divers, elle travaille plus que jamais à l'éradication de la haine ethnique et rapproche - au contraire - les gens.
C'est autour de la femme que nous devrions pouvoir nous retrouver pour être encore plus unis et encore plus forts.

Madame, Chère compatriote, bonne fête.
Vive la République Démocratique du Congo,
Vive le Rassemblement Congolais pour la Démocratie,
Vive le mouvement associatif féminin,
Vive la femme du Congo,
Vive la Journée mondiale de la Femme."

Goma, dimanche 7 mars 1999.