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"Le Rwanda
s'engage dans la deuxième phase en s'attaquant aux problèmes
de fond"
Q. Quelle est la configuration du budget de l'État?
R. Dans les finances publiques, nous avons fait beaucoup
de progrès, malgré de nombreuses difficultés.
Le budget ordinaire est financé par nos ressources intérieures
à hauteur de 85 pc, le reste 15 pc est financé
par des ressources extérieures. Ce n'est pas anormal pour
un pays qui sort de la guerre et surtout qui paie sa dette. Après
la restructuration de la dette, le Rwanda n'a plus d'arriérés.
Si on n'avait pas d'arriérés à payer, le
Rwanda aurait financé lui-même son budget ordinaire
entièrement. Le Rwanda a aussi des dépenses exceptionnelles
qui résultent du génocide de 1994 y compris 5 pc
du budget ordinaire destiné au Fonds d'assistance aux
survivants du génocide. Donc, non seulement le budget
est affecté par la dette mais il continue à être
affecté par les conséquences du génocide.
Le budget de développement est financé à
92 pc par des ressources extérieures. Nous souhaitons
dans les années qui viennent pouvoir petit à petit
équilibrer le budget ordinaire et générer
progressivement un excédent qui puisse aller dans les
infrastructures sociales et économiques.
Q. La dette est d'un peu plus d'un milliard. Cela n'est-il
pas énorme?
R. Elle est exactement de 1,2 milliard. Soit 65 pc
de notre PIB. C'est énorme. Il a presque doublé
entre 1980 et 1990 sous l'ancien régime. Le pays dépense
40 à 42 millions de dollars par an pour rembourser sa
dette qui est en grande partie multilatérale que bilatérale.
Pour ce qui concerne la dette bilatérale, nous avons négocié
au sein du Club de Paris et nous avons obtenu une réduction
conformément aux "termes de Naples." Un certain
nombre de bailleurs de fonds nous ont aidé à établir
un fonds fiduciaire pour le remboursement de la dette, géré
par la Banque mondiale. Aujourd'hui, le Rwanda n'a plus d'arriérés
mais cela pèse sur les progrès entrepris. Car ce
sont des ressources qu'on aurait pu investir dans l'éducation
et la santé. Raison pour laquelle le Rwanda a choisi de
se préparer pour le programme HIPC, Highly Indebted Poor
Countries Initiative ou PPTE, Pays Pauvres Très endettés.
On espère que d'ici trois ans, on pourra accéder
à ce programme qui va nous aider à réduire
ce fardeau de la dette. Le dernier sommet de Cologne de G-8 nous
semble prometteur dans le cadre de la recherche des solutions
appropriées aux problèmes des pays comme le Rwanda.
Mais il faut que ce programme HIPC soit financé car maintenant
on en est aux intentions. Vous avez certainement entendu qu'un
des moyens proposé par ce sommet de G-8 pour financer
cette initiative est la vente des réserves d'or. Ce qui
pose problème pour des pays producteurs de l'or. Il faudra
peut-être chercher d'autres moyens. Quoi qu'il en soit,
le Rwanda espère bénéficier de toute initiative
multilatérale sur la dette. Le Gouvernement travaille
dans ce sens dans le cadre du programme "ESAF" avec
le FMI. Nos relations avec les institutions de Bretton Woods
sont excellentes. Nous avons aujourd'hui un programme de réformes
économiques soutenu par la Banque mondiale et le FMI.
Nous venons de terminer la première année de ce
programme avec le Fonds Monétaire et tous les critères
tant macro-économiques que structurels sont atteints.
Une mission du FMI est annoncée mi-août afin de
négocier avec le Gouvernement la deuxième année
du programme. On espère que cela va bien se passer. Il
y a deux semaines, M. le Vice-Président a conduit une
délégation à Londres où il a rencontré
tous les bailleurs de fonds du Rwanda. Tout le monde a reconnu
les progrès accomplis par le Rwanda dans les domaines
économique et social. Alors, il faut aller de l'avant.
Les réformes économiques sont difficiles mais également
nécessaires. C'est le chemin par lequel le Rwanda doit
passer afin d'assainir ses finances publiques et son économie.
Le début est difficile mais il faut absolument s'y engager.
Cela concerne tous les secteurs économiques : aller à
la privatisation, augmenter la compétitivité de
notre industrie, revoir le système fiscal, tarifaire,
rééquilibrer les finances publiques et augmenter
le taux d'investissement. C'est la seule façon de créer
la croissance. Notre gouvernement a élaboré un
plan à long terme allant jusqu'à l'an 2020, année
où la population du Rwanda aura doublé. Avec ce
programme déjà en exécution, le Rwanda jette
les bases d'une croissance saine pour demain même si c'est
vrai, le début sera douloureux.
Q. Quel rôle jouent encore les ONG aujourd'hui?
R. Un rôle moins important qu'en 1994. Elles
sont toujours concentrées dans le social, l'éducation,
l'eau potable, la santé.
Q. Donc, on peut dire que le Rwanda se porte bien?
R. Non, les problèmes sont encore énormes.
65 pc de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté.
Le nombre des familles vullnérables reste très
élevé et le VIH SIDA n'est plus un problème
médical mais de l'économie Aujourd'hui, nous essayons
d'assainir la situation, aller vers les réformes de l'appareil
économique, jeter les bases de la croissance économique,
seul moyen de lutter contre la pauvreté. On ne ne réglera
pas tous les problèmes sociaux du Rwanda en deux ou trois
ans mais il faut créer un encvironnement qui incite les
gens à s'aider eux-mêmes. Celui qui règle
les problèmes économiques dans nos pays, ce n'est
pas le gouvernement. C'est la population elle-même. Le
gouvernement crée les conditions, l'incitation, fait les
interventions particulières qui donc créent l'environnement
propice au secteur privé. Ceci dit, l'État peut
toujours intervenir là où le secteur privé
n'est pas très attiré si cela est nécessaire
afin de lutter contre la misère de la population pour
donner un coup de pouce au secteur privé. Je peux citer
l'exemple de l'habitat, du développement de notre richesse
naturelle encore inexploitée. C'est le cas par exemple
du gaz méthane. Je reste persuadé que pour lutter
efficacement contre la pauvreté dans notre pays, il faudra
redynamiser l'économie rurale par une productivité
agricole plus accrue, le développement des infrastructures
de base telles les routes primaires et secondaires ainsi que
l'eau potable, la création d'emplois et la luttre contre
le VHIH-SIDA.
Q. Peut-on mesurer l'impact de la guerre dans l'économie
rwandaise?
R. Il faut poser cette question différemment
: quel était l'impact de l'instabilité dans le
nord-ouest sur l'économie rwandaise, causée par
la mauvaise gouvernance au Congo? Il y a un an et demi, l'activité
économique dans le nord-ouest était complètement
instabilisée. L'inflation était montée de
7 à 17 pc. Les infiltrés venaient détruire
les écoles, les hôpitaux, les routes, etc. Aujourd'hui,
la situation économique de notre pays, notamment dans
la région de nord-ouest, est nettement mieux qu'elle ne
l'était avant. Je dirais même qu'aujourd'hui, dans
toutes ces régions, l'activité économique
a complètement repris. L'inflation est retombée
à moins de 5 pc et cette année, la croissance économique
est estimée à 10,5 pc. Je conçois que toute
guerre pèse sur les dépenses publiques et l'économie
dans son ensemble. Toute guerre a un prix pour l'économie.
Mais si la situation avait continué comme il y a un an,
l'apocalypse n'aurait pas été loin. La population
rwandaise comprend cela. Nos amis de la région aussi.
Je pense que l'avenir de notre sous-région dépend
essentiellement de la bonne gouvernance. C'est une région
qui recèle d'énormes potentialités. La coopération
entre pays des grands lacs, l'intégration régionale,
voilà l'avenir. Mais il faut d'abord qu'il y ait une bonne
gouvernance dans chacun de nos pays qui crée la confiance,
la sécurité et une volonté réelle
de sortir notre région de l'instabilité, du sous-développement
et des conséquences néfastes de quatre décennies
perdues.
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