Cinq ans après la Libération : forces et faiblesses de l'économie rwandaise
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Comment faire passer l'économie de la phase d'assistance
humanitaire, suite à l'odieux génocide de 1994,
à celle du développement durable ? Cinq ans après le génocide de 1994 et la mise en place du Gouvernement d'Union nationale, le Rwanda se trouve à la croisée des chemins. La disparition violente d'un million d'êtres humains dans ce qui est dans l'histoire de l'homme la deuxième campagne reconnue d'élimination d'un groupe humain a suscité un élan de sympathie dans une communauté internationale d'autant plus pressée de faire un geste en direction du Rwanda qu'elle reconnaît s'être déconsidérée pour n'avoir pas pu empêcher l'horreur absolue. Kigali, la capitale, est une ville envahie par les coopérants avec leurs énormes tout terrain surmontés d'antennes télescopiques. Ils opèrent dans tous les secteurs mais sont surtout
proches de l'homme dans un pays où le tissu social est
en lambeaux et la cellule familiale a éclaté avec
des milliers d'enfants abandonnés ou séparés
de leurs familles avec une population composée majoritairement
de femmes : 65 à 70 pc de la population globale. Clairvoyants,
les dirigeants politiques qui avaient déjà mis
à la porte une centaine d'ONG (Organisation non gouvernementale)
jugées inadaptées savent que le moment viendra
où cette commisération du monde s'arrêtera
s'il n'est pas déjà arrivé. Ce jour-là,
le Rwandais se retrouvera face au Rwandais. Si l'État
reçoit une enveloppe financière de l'étranger
pour boucler son budget, il s'empresse de régler ses factures
extérieures afin de réduire le poids de la dette.
Les Rwandais n'entendent pas rester d'éternels assistés.
Sur le modèle du grand frère du Nord, l'Ouganda,
le pays veut passer pour l'élève modèle
des institutions de Bretton Woods. Mi-août, une délégation
de haut rang du Fonds monétaire international a débarqué
à l'aéroport international de Kanombe. Mission
: plonger dans les comptes et préparer un round qui aura
lieu le mois prochain à Washington. Kigali considère
ces échéances comme cruciales. Et s'y prépare
fiévreusement. Le départ en avait été
donné fin juillet par l'homme fort du Rwanda lui-même,
le général-major Paul Kagame qui avait rencontré
à Londres les bailleurs de fonds du pays. La délégation
de Kigali avait fait très forte impression. Depuis le
génocide, tous les indicateurs sont positifs. Le taux
de croissance du PIB a été de 9,5 pc en 1998. Certes
bien moins face au taux enregistré en 1995 : 34,4 pc.
C'est vrai que depuis, il n'a fait que dégringoler d'année
en année : 15,8 pc en 1996, 12,8 pc en 1997. Ce qui est
mauvais signe. Si l'inflation a été de 22 pc au
sortir du génocide, elle est de 6,8 pc en 1998. Avec un
taux de dépréciation de 16 pc entre 1995 et 1998,
le franc rwandais, la monnaie nationale, est restée quasi
stable, passant de 262,2 FRW à 312 FRW pour 1 dollar américain.
En 1995, le déficit du compte courant a été
de 19,1 pc ; il est de 17,2 trois ans plus tard. Le pays doit produire et passer de la phase d'assistance humanitaire
suite au génocide à la phase d'un développement
durable. Or, le Rwanda est scandaleusement pauvre. Ses recettes
d'exportation, un peu plus de 100 millions de dollars, proviennent
principalement de deux produits : le café pour près
de 44 pc en 1998 et le thé pour 36 pc pour la même
année. Soit un total de 80 pc. Comment, sur cette base,
construire l'avenir? C'est la question à laquelle répondent
les experts rwandais dans un document-clé, "les grandes
lignes de la stratégie du Rwanda pour le développement
national de l'an 2020" publié en mars 1998 sous les
auspices de la Présidence de la République. Le
Rwanda "se doit de réexaminer son approche à
l'égard de l'agriculture, apprendre et savoir pourquoi
les politiques antérieures ont échoué et
adapter une nouvelle réorientation des politiques de développement
qui visent la productivité agricole, mais également
d'autres secteurs-clé de l'économie. La stratégie
doit consister en la rupture avec le passé qui, tout en
insistant sur l'agriculture comme moteur principal du développement,
a adopté de mauvaises politiques dans ce secteur et n'a
pas réussi à développer une stratégie
d'ouverture." Le pays s'emploie à mettre désormais
le cap sur : C'est donc tout naturellement que l'État se dégage
progressivement des activités de production et de commerce.
Il lance à pas de charge la privatisation des entreprises
publiques, vend ses actions dans les entreprises mixtes et laisse
désormais aux forces du marché la fixation des
prix et du taux de change. T. MATOTU |