Dissensions internes et recherche d'un modèle d'adéquation

Les combats faisaient rage à la veille d'une
réunion à New York considérée comme un tournant

Malgré Lusaka, des combats continuaient d'opposer les rebelles aux forces de Kabila appuyées par leurs alliés notamment dans le nord-ouest du pays. Jean-Pierre Bemba, dirigeant du MLC a accusé les Fac et leurs alliés d'avoir rompu le fragile cessez-le-feu en vigueur depuis cinq mois en prenant contrôle du petit village de pêcheurs de Kwalungu sur le fleuve Congo. En guise de représailles, le MLC a alors reconquis la localité voisine de Konya, à 440 km au nord-est de Kinshasa, tuant 21 soldats et faisant 15 prisonniers. "Il y a beaucoup d'îles sur le fleuve et l'ennemi s'y cache. Nous les en chassons", a déclaré Bemba au correspondant à Kigali de l'agence américaine Ap, Associated Press, Hrvoje Hranjski, qu'il a joint au téléphone dans son Q.G de Gbadolite, la ville natale de Mobutu Sese Seko. Konya avait été reconquise par le régime de Kabila le 12 décembre. Parallèlement, le ministère namibien de la Défense, dont le gouvernement soutient Kabila, a accusé la rébellion de masser des troupes près des villes de Debendele, Kabinda, Ikebo (Kasaï) et de bloquer l'approvisionnement en eau de Bodende, occupées par les Fac et leurs alliés. De plus, les rebelles tireraient sur les avions larguant de l'aide aux forces alliées près d'Ikela (700 km au nord-est de Kinshasa.) Cette recrudescence des combats est intervenue à la veille de l'ouverture à New York d'une session spéciale du Conseil de sécurité des Nations Unies, convoquée par la présidence américaine. Les combats avaient lieu également alors que les chefs d'État des pays membres de la SADC, Communauté de développement d'Afrique australe, se réunissaient à Maputo en sommet extraordinaire sur la R-dC. Le sommet a lancé, le 16 janvier, un appel à une réunion urgente des belligérants sur les retards du processus de paix.

Fausses bouderies de Kabila. Parmi les membres de la SADC, trois, le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie, soutiennent militairement le régime de Kabila alors que les autres sont, outre la R-dC, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, l'île Maurice, le Mozambique, les îles Seychelles, l'Afrique du Sud, le Swaziland, la Tanzanie et la Zambie. L'Ouganda et le Rwanda, aux côtés de la rébellion, mais qui ne sont pas membres de la SADC, ont pris part au sommet auquel le président congolais, dont le pays est pourtant membre, n'a pas participé, ni envoyé de délégué. Le président mozambicain Joaquim Chissano, qui préside la SADC, a affirmé n'avoir reçu aucune explication officielle sur l'absence de Kabila. Il s'est contenté de déclarer, en faisant sourire les observateurs, que son homologue "pourrait avoir eu d'autres occupations étant donné la situation dans son pays." L'accord de paix signé en juillet et août à Lusaka, mettant fin à quinze mois de conflit armé, est resté théorique. Son calendrier n'a jamais été respecté, rebelles et forces gouvernementales s'accusant mutuellement de violations de l'accord. L'accord prévoit un cessez-le-feu et un retrait des troupes étrangères présentes au Congo, ainsi que le désarmement et le départ des miliciens hutus rwandais et le déploiement de casques bleus dans le cadre de la MONUC, la Mission des Nations unies pour le Congo. Chissano a précisé que la SADC souhaitait que la rencontre des belligérants ait lieu avant la réunion du Conseil de sécurité dont l'objectif était, selon Richard Holbrooke, ambassadeur américain auprès des Nations Unies, de relancer le processus de paix et de promouvoir une solution africaine au conflit congolais. Il a déclaré que les pays de la SADC appelaient le Conseil de sécurité de l'ONU à "envoyer les effectifs complets de la force de maintien de la paix en R-dC" prévue dans le cadre de l'accord de paix. Plusieurs pays africains ont accusé l'ONU de ne pas faire diligence dans l'envoi des hommes en R-dC, soulignant que les crises en Afrique ne suscitent pas de réactions d'urgence comme celles qui peuvent se produire sur d'autres continents. Après avoir fait entretenir le doute - comme à son habitude - sur sa présence à la session spéciale du Conseil de sécurité notamment en déclarant début janvier à Harare, après un entretien avec le président Robert Mugabe, qu'il ne savait pas encore s'il se rendrait à New York, le président congolais a finalement fait le déplacement des États-Unis où il est arrivé le 22 janvier à la tête d'une forte délégation, composée notamment d'une importante équipe de presse écrite et audiovisuelle. Tous les autres chefs d'État dont les pays sont impliqués dans le confit, étaient également à New York : l'Angolais José Eduardo Dos Santos, le Zimbabwéen Robert Mugabe, le Mozambicain Chissano, le Zambien Frederick Chiluba, l'Ougandais Yoweri Museveni, le Rwandais Pasteur Bizimungu, de même que le secrétaire général de l'OUA, le Tanzanien Salim Ahmed Salim et l'ex-président botswanais sir Ketumile Masire, émissaire de l'OUA au Congo (lire par ailleurs page 25.) Considérée comme un tournant, de par même l'importance de chefs d'État ayant fait le déplacement, cette réunion a surtout permis, après que chacun des pays ait rappelé son bon droit, de "secouer le tamis" d'un conflit qui risquait d'être oublié, selon l'expression du ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel et que la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright a qualifié, lors de la cérémonie des discours, de "première guerre mondiale d'Afrique" que la réunion du Conseil de sécurité avait pour tâche de tenter de reléguer "à l'histoire."

Reste à attendre. Le secrétaire général de l'ONU, le Ghanéen Kofi Annan a, pour sa part, appelé les belligérants à démontrer qu'ils étaient "politiquement prêts" à appliquer l'accord de Lusaka. "Le reste découle de ce point", a-t-il dit. Une résolution rédigée par les États-Unis était attendue début-février permettant l'envoi de 500 observateurs onusiens protégés par 5.000 militaires - le projet de 15.000 soldats défendu par la Belgique - qui n'enverra aucun soldat, pas plus que la France ni les États-Unis - n'a trouvé aucun défenseur. La question reste de savoir le statut de cette force : force d'interposition ou pas? Se placera-t-elle aux frontières, comme le demande Kabila ou loin de celles-ci? Et le statut de cette force? Relèvera-t-il du chapitre 7 de l'ONU avec possibilité de s'imposer par la force? Relèvera-t-il au contraire du chapitre 6, avec la seule possibilité de se défendre? Sera-ce un statut bâtard ("chapitre 6 et demi"), comme celui de la MINUAR de triste mémoire au Rwanda?

T. MATOTU