La rébellion congolaise mise devant ses responsabilités

La cacophonie "rebelleuse" a conduit à l'affaiblissement de la position diplomatique du mouvement

Vu de l'extérieur (aussi bien que de l'intérieur), le principal mouvement rebelle congolais continue de s'entre-déchirer. Du coup, elle affaiblit sa position diplomatique. Le front diplomatique n'étant pas (ou étant mal) tenu.

À Lusaka, le RCD est perdant suite à une opération sans doute mal engagée depuis Gaberone. À New York aux Nations Unies, échec absolu. La communauté internationale fait mot à mot siens les voeux de Kinshasa, présentées par l'OUA. Les forces du RCD, si elles ne sont pas citées, sont réduites aux simples "groupes armés non-gouvernementaux" qu'il faut désarmer. À Genève, siège de la commission des Nations Unies pour les droits de l'homme, alors le RCD s'émerveillait des "succès" obtenus, la condamnation est sans équivoque. L'image déplorable qu'envoie le mouvement n'est pas étrangère à ces déboires. Devant chaque événement, les dirigeants du RCD ont pour mot d'ordre la cacophonie. Ce fut le cas lors de l'annonce de la fameuse fausse offensive militaire généralisée avec 60.000 hommes envoyés sur tous les fronts. L'information-piège venait du Q.G de l'état-major conjoint des armées pro-Kabila à Harare au Zimbabwe. Partout, tout le monde le savait sauf... à Goma, ville enclavée prise dans le panneau de l'intox en confirmant l'information! La ville est pourtant dotée de quatre réseaux de communication : Télécel, RwandaTél, le satellitaire, Internet. C'est à se demander à quoi ils servent.

La remontée du diable. Gênés, les Alliés démentent chaque jour. Énième démenti, rien que...Balbutiement à Goma. Le désastre médiatique est total. Mais... ce n'est qu'un incident diplomatique de plus! C'est le cas de la participation ou non au dialogue annoncé par Kabila à la paroisse romaine Sant'Egidio. À Kisangani, on dit oui, à Goma on dit non. Puis, oui oui! La direction du Mouvement est-elle assurée? C'est le cas lors du cessez-le-feu signé par Yoweri Museveni à Sirte. Chaque haut dirigeant y va de son coup de téléphone satellitaire. Le guêpier. On imagine que parler au micro c'est travailler, s'exposer à travers les médias, sans élaborer le contenu, c'est contribuer à faire avancer la cause commune. Il faut pourtant commencer par le commencement : connaître comment fonctionnent les médias, la meilleure et la pire des choses. Le RCD expose trop publiquement ses dissensions. À l'étranger comme à Kinshasa, dans les salles de rédaction comme dans les chancelleries, on s'esclaffe de rires. Le Mouvement manque trop de pros. Trop d'apprentis-sorciers. La vie a horreur du vide. Devant l'inconnu, on va vers la sécurité. Devant deux diables, on dîne avec celui que l'on connaît. D'où la remontée de Kabila et celle surprenante de l'autre chef rebelle Jean-Pierre Bemba que d'aucuns insultent en public sans constituer une alternative valable.

J. K