Brillant succès de la diplomatie sud-africaine

Le RCD signe l'accord de Lusaka

Franc succès diplomatique pour l'Afrique du Sud : le Bureau Politique du Rassemblement congolais pour la Démocratie réuni en session extraordinaire le 25 août à Goma a entériné la décision prise la veille par le Collège des Fondateurs de signer l'accord de cessez-le-feu paraphé le 10 juillet à Lusaka par les Chefs d'État de la région.

Cet accord avait été négocié par le président zambien Frederik Chiluba aidé par la diplomatie sud-africaine que conduisait directement lui-même à Lusaka le nouveau président sud-africain Thabo Mbeki. Mais ce n'est plus le président du RCD Émile Ilunga Kalambo qui signera seul l'accord. Ce sont les membres fondateurs du mouvement, près de cinquante (mais les militaires ont donné mandat à leur chef d'état-major Jean-Pierre Ondekane, 1er Vice-président du RCD, de les engager tous.) Les fondateurs du RCD - il s'agit de la vingtaine d'hommes (et deux femmes), d'anciens mobutistes, d'anciens kabilistes, d'anciens lumumbistes, qui s'étaient réunis fin juillet 1998 dans le petit village rwandais de Kabuga, dans la périphérie Nord de Kigali au tout début de la guerre auxquels se sont joints des membres cooptés dont certains avaient très tôt manifesté leur sympathie au mouvement insurrectionnel - sont arrivés à Lusaka le 29 août pour le groupe de Goma et le 30 pour celui de Kisangani et ont signé les accords le 31 août. C'est le compromis trouvé par les alliés de la rébellion, le Rwanda, l'Ouganda et la Tanzanie. Même s'il ne dispose pas de troupes en R-dC, ce dernier pays manifeste plus qu'une sympathie pour les rebelles qui combattent le président Laurent-Désiré Kabila. L'Afrique du Sud, géant économique de la région, a pesé de tout son poids en dépêchant aussi bien à Kigali qu'à Kampala sa ministre des Affaires étrangères Nkosazana Diamini-Zuma, après la première visite de travail en Afrique du Sud, du 26 au 28 juillet, du président Kabila. Visite inattendue, Kabila qui passe pour un excellent séducteur, se trouvait à la tête d'un mini-gouvernement : les ministres des Finances Mawapanga Mwana Nanga, des Mines Frédéric Kibassa Maliba, de l'Économie Bemba Saolona, des Affaires étrangères et de la Coopération Yerodia Abdoulaye Ndombasi, le gouverneur de la Banque Centrale Jean-Claude Masangu et le gouverneur du Katanga Kumba Mwanke. Au menu : le règlement politique de la guerre et la reconstruction du pays. Kabila a évoqué la question lors d'une rencontre avec Mbeki. Avec sa suite, il a rencontré plusieurs ministres et des représentants de groupes sud-africains dont ceux de la société minière Anglo American et de la compagnie de transport publique Spoornet. À Kigali, Mme Nkosazana avait pour mission de trouver une voie de sortie à l'imbroglio surgi après que le professeur Ernest Wamba Dia Wamba, président limogé du RCD, se soit emparé à Lusaka du fauteuil réservé au RCD. Il s'agissait surtout d'empêcher l'entrée dans le processus de paix en R-dC du leader libyen Muammar Kadhafi qui s'était fait signaler par un texte signé le 18 avril à Syrte. Ce que l'on appelle "l'aile-RCD Kisangani", appuyée par l'allié ougandais et l'ex-président tanzanien Julius Nyerere, dont le poids moral dans la sous-région est certain, tenait mordicus à la signature de l'accord par le professeur Wamba alors que les dirigeants basés à Goma ne l'entendaient pas de cette oreille. À Lusaka, les Chefs d'État avaient chargé leur homologue zambien de vérifier quelle "aile" de la rébellion contrôlait effectivement la ville disputée de Kisangani. Après un voyage à Goma et à Kisangani d'une délégation ministérielle zambienne, conduite par le ministre délégué à la Présidence, Éric Silwango, accompagné de ses collègues des Affaires étrangères et de la Défense, des combats ont éclaté dans le chef-lieu de la province Orientale opposant le contingent ougandais et les rebelles congolais du commandant Jean-Pierre Ondekane, les troupes rwandaises ayant pris fait et cause pour les hommes d'Ondekane. Bilan : au moins 200 morts. Même si les rebelles contrôlent à nouveau Kisangani, réussissant à en chasser Wamba et le contingent ougandais commandé par le général de Brigade ougandais James Kazini, ces combats n'ont, politiquement, pas résolu le problème de leadership. La rébellion a besoin du soutien politique de tous ses alliés, rwandais mais aussi ougandais, tanzanien autant qu'elle doit susciter de nouvelles sympathies régionales si elle veut atteindre son but: changer le pouvoir à Kinshasa. Wamba a donc été admis à la signature mais au titre de fondateur. Conséquence : tous les autres fondateurs ont donc été admis à signer l'Accord. Ce compromis ouvre la voie à des nouvelles tractations politiques inter-rebelles. Les deux ou trois rébellions (avec le MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo soutenu aussi par Kampala) devraient reprendre des pourparlers engagés autrefois à Kabale, en Ouganda, déjà avant Lusaka. Objectif : présenter face à Kabila un front commun lors du round politique inter-congolais qui s'annonce déjà.