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UN an et demi après le déclenchement du mouvement
insurrectionnel qui a basculé l'ex-Zaïre dans une
nouvelle guerre, les insurgés congolais basés à
Goma n'arrivaient pas à communiquer de manière
adéquate même si, certes, depuis peu, on assiste
à quelques frémissements. Trois dirigeants se sont
succédés à la tête d'un Département
qui, à chaque changement de chef, a changé d'appellation.
Du Département de la Communication et Presse, la structure
est devenue aujourd'hui Département de la Communication
et de la Culture en passant par "Information, Presse et
Affaires culturelles." L'actuel responsable, le professeur
Kin-kiey Mulumba, a, aussitôt après sa nomination
au mois d'octobre, entrepris des concertations avec Cadres et
Journalistes. L'objectif étant de tâter du doigt
les problèmes spécifiques du secteur en se mettant
à l'écoute des professionnels eux-mêmes.
Il s'est rendu sur le terrain et a procédé à
l'échange de personnel et d'expériences. Une équipe
de la RTNC-Goma a séjourné pendant une semaine
à Bukavu auprès de la "station-mère",
alors qu'une équipe de la RTNC-Bukavu apportait, un mois
durant, son savoir-faire à la jeune station de Goma. Estimant
que le secteur de la communication relevait de "l'extrême
urgence", et en attendant un rapport exhaustif et une ligne
de conduite officielle moulée sous forme de "Politique
d'État" en majuscules, le Chef du Département
de la Communication et de la Culture a entrepris d'appliquer
quelques recettes extraites de son "Plan d'actions de politique
intérimaire de communication dans les territoires RCD"
présenté au Comité Exécutif. Pour
l'essentiel, les stations de radio-télévision en
territoire RCD ont été engagées dans une
voie de réforme volontariste qui se manifeste par le passage
à une antenne non-stop (6-22 heures pour la radio avec
un journal toutes les heures, les grandes éditions ne
dépassant pas les quinze minutes, 17-22 heures pour la
télévision.) Jusqu'à cette réforme,
les chaînes fonctionnaient de manière épisodique.
Une ligne éditoriale ferme a été imprimée
aux stations, à savoir :
1. une plus grande liberté de ton;
2. une plus grande responsabilité;
3. une plus grande indépendance;
4. un plus grand professionnalisme;
Un professionnel est un responsable. Il connaît son métier,
sa mission sociale; il comprend au quart de seconde; il entrevoit
les enjeux; cela évite des malentendus. Il sait jusqu'où
il peut aller dans le traitement de l'information.
5. la suppression du rite suranné de l'éditorial
pour une information de proximité, antithèse de
la langue de bois; ce qui fait gagner l'audiovisuel public en
audience et en crédibilité - les chiffres d'écoute
le témoignent;
6. l'activation du secteur commercial pour permettre l'auto-financement
d'un outil de production, qui ressemble désormais à
un objet de musée;
7. À terme, la mise en place d'une coordination et d'un
desk de contenu basés à Goma ou à Bukavu
réalisant des décrochages locaux. Au total, le
professeur Kin-kiey pense que l'espace RCD qui s'instaure doit
être un espace-témoin du projet de société
que le RCD entend entreprendre une fois arrivé au pouvoir.
Extraits.
Vous avez beau élaborer un message, le fignoler
autant que faire se peut, si celui-ci ne touche pas physiquement
sa cible (le public visé), cela n'est qu'un coup d'épée
à l'eau
Ci-APRÈS, des extraits du "Plan d'actions
de politique intérimaire de communication dans les territoires
RCD" élaboré par le Professeur Kin-kiey Mulumba,
Chef du Département de la Communication et de la Culture
du RCD.
I. Repères.
1.1. DANS SON ENSEMBLE, l'IMAGE DE LA RÉBELLION congolaise
et principalement celle du "principal mouvement rebelle,
le RCD-Goma" - pour paraphraser les médias - est,
un an et demi après le déclenchement des hostilités,
encore des plus désastreuses aussi bien à l'intérieur
qu'à l'extérieur du pays. De ce point de vue, l'unanimité
est totale dans toutes les strates de la population. Les grands
médias détestant l'effort de recherche de l'originalité
ou la sophistication, portés à suivre le courant
général ou la simplification (syndrome Timisoara),
séduits toujours par le camp de la victoire dont ils vantent
les hauts faits d'armes, il n'y a pas à ce jour un article
de presse, un reportage de radio ou de télévision
qui n'insiste sur cette révolte militaire que rien ne
justifie et n'explique et qui, par conséquent, n'est guère
populaire dans aucune strate de la population congolaise et qui,
par dessus le marché, connaît une "déroute"
attendue : l'impossibilité d'aller vers la prise du pouvoir
par la force. Fait gravissime : même les journalistes de
passage à Goma, quartier général de la rébellion,
repartent avec cette conviction, l'écrivent dans leurs
articles ou le reportent en direct à l'heure de grande
écoute (prime time) avec tous les effets destructeurs
que l'on peut imaginer dans l'opinion publique. Les images de
gueux ou gros bras défilant au Stade des Martyrs à
Kinshasa devant toutes les télévisions du monde
ont fait leur travail irradiateur dans l'opinion dans le sens
d'un Congo agressé mais uni comme un seul homme derrière
son Chef, le Mzee Kabila. Or, on sait que les dirigeants du monde
politique et financier prennent les décisions en fonction
de l'état de l'opinion et ces décisions sont évaluées
heure après heure, en tenant compte précisément
de l'évolution de l'opinion.
Dès lors, trois questions se posent:
1.1.1. Y a-t-il une politique de communication adéquate
ou cohérente (pratique de relations publiques d'État)
mise en place par la rébellion dans les zones qu'elle
contrôle et à l'étranger?
1.1.2. La population locale, dont les réactions vont être
déterminantes pour la suite des événements,
est-elle informée (peu ou pas?) du bien-fondé de
l'action engagée par la "nouvelle" rébellion?
1.1.3. Les journalistes étrangers qui se rendent à
Goma sont-ils préalablement informés, brieffés,
encadrés (peu ou pas?), pris en compte afin de les aider
à mieux exercer leur métier dans la plus totale
indépendance, sans être influencés par leurs
confrères qui auraient partie liée avec nos adversaires?
N'oublions pas que la relève régulière des
journalistes étrangers sur un site est un gage d'indépendance
pour les organes de presse, le journaliste ayant séjourné
trop longtemps sur un même théâtre pouvant
constituer un danger pour l'objectivité de sa rédaction.
De ce point de vue, la confirmation de la perception éditoriale
d'un journaliste permet à la rédaction en chef
de confirmer sa ligne éditoriale. Ce qui semble s'être
passé dans le cas de la rébellion. Il est, dans
tous les cas de figure, très clair, même aux yeux
de nos enfants, que dans la guerre médiatique fratricide,
les dirigeants de Kinshasa ont su à ce jour faire montre
- de très loin - de plus de professionnalisme que la rébellion
et ont su rallier allégrement à leur cause aussi
bien le pays dans son ensemble que l'étranger.
Les dirigeants de Kinshasa ont su, par des frappes précises
et chirurgicales, mobiliser le plus grand nombre de gens autour
de la cause qu'ils défendent avec acharnement. S'il y
a encore une opinion qui leur est défavorable, celle-ci
est à rechercher dans le dernier bastion des irréductibles
qui est, par principe, opposé au régime et qui
ne changera pas d'avis, quoi qu'en fasse le régime mais
qui, en revanche, ne menace en rien celui-ci !
1.2. POURQUOI, UN AN ET DEMI APRÈS LE DÉBUT
DE LA GUERRE, la "nouvelle" rébellion n'a
pas su se rendre plus chaleureuse, plus sympathique, plus séduisante,
pour être acceptée par la population malgré
ses succès militaires importants? Pourquoi n'a-t-elle
pas su captiver, charmer l'opinion sur le bien-fondé réel
de sa lutte? Cet échec cuisant de communication se pose-t-il
au niveau :
1.2.1. de la capacité de communication des dirigeants
de la rébellion notamment le manque de visibilité
de la lutte et des hommes qui la conduisent (problème
de notoriété ou de charisme, la querelle des Chefs)?
1.2.2. de la perception que le public a de cette nouvelle lutte
et/ou de ses dirigeants (manque de bien-fondé de la lutte)?
1.2.3. de la transmission du message (problème professionnel
des "techniciens" chargés d'exploiter le discours
politique de la nouvelle rébellion)? Il reste, semble-t-il,
qu'il y a absolue urgence de redresser la barre médiatique
par une action forte aussi bien en direction de nos concitoyens
que vers l'extérieur. Puisque la nouvelle rébellion
a, sinon été vaincue au plan politico-médiatique,
tout au moins perdu des batailles décisives, il faut concevoir,
organiser et conduire aujourd'hui et maintenant, systématiquement
et techniquement, une contre-offensive médiatique si les
dirigeants de la rébellion ne veulent pas voir mourir
dans l'oeuf ce grand espoir qu'ils ont suscité dans l'opinion
mais qu'ils n'arrivent pas présentement à vendre
comme modèle de société. La période
qui s'ouvre et au cours de laquelle tout est permis avec les
nouvelles déclarations boute-feu du régime de Kinshasa
donne au RCD une occasion inattendue pour affiner sa communication.
1.3. L'ACTION MÉDIATIQUE EST UNE ACTION PSYCHOLOGIQUE:
elle agit sur la psychologie des gens. Elle prépare le
terrain de l'Action forte. Pour cela, elle devance toute action
en préparant et légitimant celle-ci. Or, dans le
cas de notre rébellion, il n'y a pas eu la moindre préparation
de l'opinion qui aurait rendu la guerre évidente. Plus
grave, la guerre semble avoir éclaté au plus mauvais
moment, soit au lendemain des mesures politiques, irresponsables
indiscutablement, de Kabila : le régime de Kinshasa a
ainsi eu beau jeu de prendre l'opinion nationale à témoin
en faisant vibrer la fibre nationaliste. Le discours de Kinshasa
a été à ce jour d'une simplicité,
d'une limpidité et d'une visibilité effrayantes
(ce qui fait sa force et en facilite la consommation.) Ce discours
se résume en ceci : "ils m'ont attaqué parce
que je les ai chassés de notre cher et beau Congo qu'ils
ont voulu à tort coloniser." Traduisez : "si
je perds cette guerre, c'est le pays entier qui aura perdu, et
deviendra esclave. Donc, ma lutte est la vôtre." Donc,
ce n'est pas Kabila qui est en jeu. C'est la Patrie. Le pays
a compris le sens de l'appel - hautement patriotique ! - de Kabila.
De là se réactivent tous les vieux réflexes
et mythes. Bref, Kabila a su prêcher sur un terrain conquis
en expliquant : "ils veulent m'abattre parce que j'ai décidé
enfin de vous écouter en répondant à votre
demande, de chasser ces étrangers spoliateurs." En
tout cas, Kabila et ses hommes (Sakombi, Yerodia, Mumengi, etc.)
rendent à merveille cette politique simplificatrice national-hitlérienne
("le petit peuple rwandais veut coloniser le grand peuple
congolais.") De coupable, Kabila est ainsi devenu, en un
tournemain, la victime expiatoire des Rwando-Ougandais que le
peuple se doit de protéger et de défendre. D'où
le rappel des troupes, même dans les milieux qui étaient
par principe opposés à Kabila. Question : Pourquoi
la rébellion n'a-t-elle pas contré et/ou anéanti
ce discours faussement nationaliste? Un mécanisme de communication
systématiquement pensé et mis en oeuvre aurait
pu entrer en action et trouver la réplique.
1.4. EN VUE DE REDRESSER LA BARRE et pour parer au grave
et funeste déficit médiatique, un mécanisme
du type "Cellule de Coordination de la Communication",
CCC en sigle, doit être envisagé. Il doit avoir
pour but de concevoir, organiser, anticiper, produire et conduire
le discours politico-médiatique officiel du RCD.
1.4.1. Il s'agit d'entreprendre une action forte de communication
destinée à centraliser toutes les informations
officielles devant être traitées et éventuellement
publiées notamment dans les médias au pays et à
l'étranger. Ce mécanisme est l'élément
clé de l'outil politique et diplomatique de l'État
transnational en gestation. Il décide de la ligne médiatique,
en élabore le discours (contenu) et en détermine
les canaux de diffusion.
1.4.2. Étant donné que toute action appropriée
de communication relève, dans toute organisation publique
ou privée, de la plus haute hiérarchie, la CCC
doit être placée sous la présidence de la
première autorité du Mouvement, c'est-à-dire
la Présidence du RCD et fonctionne sous la direction du
Chef de Département ayant la communication dans ses prérogatives.
1.4.3. Il comprend en son sein les responsables chargés
de la communication des secteurs politique, militaire et sécuritaire,
qui se réunissent et se concertent en permanence. Il s'agit
des Départements ci-après : AT, AE, DH, SR, CC.
Parallèlement à cette action d'information, une
action de séduction (Relations publiques d'État)
doit être menée sans délai en direction des
médias nationaux et internationaux. Cette action a besoin
de moyens logistiques et politiques forts. Elle doit notamment
assurer l'accueil, les déplacements, l'encadrement et
la canalisation des journalistes. Un budget doit être arrêté
et un fonds de départ débloqué pour lancer
les premières opérations d'urgence.
1.4.4. L'action de séduction doit se déployer dans
trois directions :
1.4.4.1. Presse étrangère. Multiplier les points
de presse, les interventions (au moins chaque jour à une
heure précise, en tenant compte des deadlines des journaux),
les rencontres informelles, l'encadrement, les visites (par exemple
partout où la situation au front le permet.) Les journalistes
étrangers qui viennent chez nous viennent pour travailler
et non pour prendre des vacances; ils ont besoin d'informations,
de matériaux, d'images, de preuves. Ils ne sont généralement
pas des responsables des rédactions : d'où la nécessité
pour eux de disposer d'assez de matériaux pour convaincre
leurs rédactions en chef. Nous devons les occuper le plus
possible en faisant chaque fois montre de créativité
et d'imagination; sinon, ils quittent notre site et comme, par
principe, le chômage leur est interdit, ils vont se tourner
vers l'adversaire dont ils vont montrer les images. Nous ne devons
pas nous empêcher de séduire les télévisions
"rapides" (CNN, Reuters Television, AP Television qui
interviennent en direct depuis les théâtres des
événements et influent ainsi plus rapidement sur
le cours des événements, contrairement aux reportages
qui attendent le départ d'un avion ou le retour des équipes
pour être diffusés) et, le cas échéant,
nous ne devrions pas écarter l'hypothèse d'achat
d'espaces, de même qu'obtenir chaque fois que nécessaire
le passage à des émissions clé (...).( SUITE)
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